GIUSEPPE BERGMAN T1 : AVENTURES VéNITIENNES
HP et Giuseppe Bergman - France / Italie - 1978
Image de « Giuseppe Bergman T1 : Aventures Vénitiennes »
Dessinateur : Milo Manara
Scenariste : Milo Manara
Nombre de pages : 104 pages
Distributeur : Drugstore
Date de sortie : 19 janvier 2011
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Giuseppe Bergman T1 : Aventures Vénitiennes »
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site officiel
LE PITCH
Giuseppe Bergman en a plus qu’assez de l'étroitesse de la vie que notre société lui impose et rêve désespérément de vivre libre et sans entraves. Aussi quand il est sélectionné par une société de production pour partir à l'aventure, il n'hésite pas une seconde et plaque tout. Première étape : retrouver HP, qui sera son maître d'aventure. Bienvenue dans un rêve éveillé…
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Eldorado

A contrario des autres bandes-dessinées illustrées ET écrites par Milo Manara (il a travaillé avec Jodorowsky, Fellini ou Hugo Pratt), Les Aventures de Giuseppe Bergman n'est pas à proprement parler une œuvre érotique ou pornographique. Pas de délires sexuels exacerbés ici, mais toujours cette manière exquise de représenter des femmes au corps parfait et aux poses hautement suggestives.

Celles-ci ne sont pourtant pas les héroïnes du présent album, réédition - enfin - en un seul volume (Les Humanoïdes associés l'avaient en 2005 injustement scindé en deux albums) de HP et Giuseppe Bergman, publiés pour la première fois à la fin des années 70 dans les pages de la revue (A suivre). Seul héros masculin de la bibliographie du bonhomme, et simple prolétaire un peu gauchiste aux traits d'Alain Delon, Giuseppe Bergman se décide donc du jour au lendemain à partir pour l'Aventure. Epaulé, ou baladé, par un certains HP (Hugo Pratt, mentor et ami de Manara), l'italien pure souche traverse ici Venise la maudite, se retrouve sur un fleuve d'Amérique du sud, entrevoit un diable ricanant, rencontre un peuple aborigène hautement lettré, manque de se faire bouffer par guépards et autres alligators et passe systématiquement à deux doigts de culbuter les superbes créatures féminines qu'il croise... Rien de bien glorieux là-dedans, le pauvre héros étant constamment tourné en ridicule (cf.le coup volontairement poussif du râteau dans la tronche), tout en étant parfaitement conscient d'être observé par un lecteur avide de dépaysement mais aussi de rebondissements improbables, voire rocambolesques.

 

Aventure : Découverte passionnée de l'inconnu (Milan Kundera)


Sorte de méta-œuvre jouant la connivence en détournant et en accumulant les attentes d'un certain « public », cette « aventure vénitienne » n'est pas toujours une grande pantalonnade, mais rejoue néanmoins avec classe les enjeux universels de la quête initiatique propre aux années « révolutionnaires ». Gardant en tête les remous politiques de l'Italie sous la chape de plomb, Manara moque les militants occasionnels et les passifs de tous les instants, montrant au détour d'une scène d'orgie finale délirante l'image de la vraie révolte et la fine frontière qui mène au chaos... sans vraiment en dénoncer la finalité, d'ailleurs. Clairement construit comme un cadavre exquis dont seul l'esprit sinueux de son auteur relie les différents passages, les sauts abrupts et les ruptures de ton, l'oeuvre passant sans transition de l'humour le plus lourdingue aux références littéraires les plus exigeantes (parallèles avec le futuriste Maïakovski, L'Odyssée d'Homer, Corto Maltese...), en passant par des visions métaphysiques d'une grande fulgurance, cette BD se joue de la BD, et se déguste comme un trip onirique sous acide, combinant en une centaine de pages toute la beauté de l'effervescence créatrice des années 70. Un projet sublimé par le dessin de Manara, aux détails plus réalistes que jamais, d'une finesse rare (avec ce petit quelque chose de Jean Giraud qu'il abandonnera malheureusement par la suite), où les femmes jouant avec leur corp et leurs désirs ne sont pour une fois pas les seules à enivrer les sens.

Nathanaël Bouton-Drouard


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