LES ONZE MILLES VERGES + LES FEMMES DE LIBERATORE
France / Italie - 1907 / 1997 / 2011
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Dessinateur : Tanino Liberatore
Scenariste : Guillaume Apollinaire
Nombre de pages : 112 pages
Distributeur : Drugstore
Date de sortie : 15 juin 2011
Bande dessinnée : note
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LE PITCH
En 1907, Guillaume Apollinaire publie un roman érotique appelé à devenir son œuvre la plus connue : Les Onze Mille Verges ou Les Amours d’un hospodar. Il y narre les tribulations de Mony Vibescu, prince roumain à la virilité volontaire, qui voyage de Bucarest à Paris, de Paris en Chine, et explore les diverses facettes de la sexualité : sado-masochisme, hétérosexualité, homosexualité, bisexualité, nécrophilie, pédophilie, gérontophilie, onanisme et sexualité à plusieurs… av...
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120 jours de plus

Artiste rare, ayant consacré une grand partie de sa carrière aux aventures délurées et destructrices de Ranx, Liberatore revient à l'édition cinq ans après le magnifique Lucy, l'espoir (sur un scénario de Patrick Norbert), pour donner corps aux élucubrations pornographiques d'un certain Guillaume Apollinaire.  

 

Vendu en toute illégalité au début du XIXème siècle sous un quasi-anonymat, Les Onzes Mille Verges ou les Amours d'un Hospodar est devenu, autant pour son aspect sulfureux que pour son style très marqué, l'une des œuvres les plus célèbres de Guillaume Apollinaire. Comment le poète consacré a-t-il pu en arriver là, la question reste en suspens, mais chaque ligne frappe par une rage grandiose, une indécence rare et mortifère. S'inscrivant dans la lignée des textes du Marquis de Sade et en particulier  Salo ou les 120 jours de Sodome, Apollinaire explore page après pages tous les tabous... et les explose en plein vol : homosexualité (c'en était un à l'époque), partouze, pédophilie, scatophilie, nécrophilie... Beaucoup de « philies » peu recommandables qui aujourd'hui encore ont de quoi choquer les bonnes gens qui n'auraient toujours pas compris le statut d'exutoire de l'œuvre d'art. Mais si l'on imagine bien que par ce texte, le poète délivre nombre de ses fantasmes et ses questionnements sur les mœurs possibles, il use de ce défouloir de fluide comme d'une métaphore frontiste sur la dégénérescence de l'aristocratie politique de son temps. En résultent beaucoup d'allusions peu reconnaissables pour les lecteurs d'aujourd'hui, qui installent d'emblée une frontière ardue avec le lecteur « moderne » et font ressentir une certaine lourdeur d'effet et de sens.

 

créatures de chair


Gageons que d'une certaine façon le créateur du cyborg-punk Ranx, est là pour réduire cette distance. Ses illustrations pleine page donnent corps aux mots et en soulignent la brute indécence, avec un traitement monochrome (omniprésence de l'ocre) qui n'entame en rien une violence crue dévastatrice. Une infirmière à peine majeure qui monte les restes d'une victime de guerre, une femme qui défèque sur son amant, un jeune homme violé, un décapité devenu témoin d'une fellation endiablée... Certaines pages démontrent certes une nouvelles fois le parfait sens plastique de Liberatore, mais d'autres nécessitent d'avoir le cœur bien accroché. Ce brûlot d'une rage tour à tour élégante et immaitrisable n'est pas à mettre entre toutes les mains. Bien plus accessible, l'art-book Les Femmes de Liberatore (comme il existe Les Femmes de Manara) fait son grand retour dans une nouvelle édition plus luxueuse qu'autrefois. Compilant les visons de créatures féminines élaborées tout au long de sa carrière avec des approches et des techniques différentes, l'ouvrage met en lumière les particularités d'un artiste ne recherchant pas forcément la perfection du corps, plutôt une sensualité par contrastes. A priori offertes, lascives, voire exposées, lesdtes femmes dégagent dans leurs attitudes et leurs regards une fierté et une indépendance désarmantes. Que ce soit en crayonné, retouchées numériquement, peintes directement sur la toile ou issues de commandes publicitaires (festivals, couvertures...), qu'elles soient en pleine lumière, dans l'ombre ou tout juste esquissées, les femmes de Liberatore ne manquent pas de volonté, et c'est ce qui les rend si belles.   

Nathanaël Bouton-Drouard




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