CAPTAIN SWING ET LES PIRATES éLECTRIQUES DE CINDERY ISLAND
Captain Swing and the Electrical Pirates of Cindery Island - Etats-Unis - 2010
Image de « Captain Swing et les pirates électriques de Cindery Island »
Dessinateur : Raulo Caceres
Scenariste : Warren Ellis
Nombre de pages : 128 pages
Distributeur : Milady
Date de sortie : 17 février 2012
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Captain Swing et les pirates électriques de Cindery Island »
portoflio
LE PITCH
Londres, 1830. Le jeune flic Charlie Gravel ne cesse d’être témoin de choses qu’il ne devrait pas voir : un navire volant, des pirates armés d’étranges artefacts électrique… et un capitaine qui nargue la police. Un révolutionnaire qui défie le la loi pour remettre au peuple la science et ses miracles et les libérer du joug des puissants. Dans les rues, on murmure le nom de Spring-Heeled Jack… Mais il préfère qu’on l’appelle Captain Swing.
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Circuit alternatif

Après une trilogie initiée par un excellent Black Summer mais suivie par des moins emballants No Hero et Supergod, le scénariste star Warren Ellis (Authority, Planetary) oublie momentanément les encapés pour une aventure rétro en apparence moins « bourrinement » introspective.

 

Lorsqu'il ne travaille pas à réécrire une nouvelle relecture du mythe super-héroïque, Warren Ellis détourne son regard des créatures américaines et s'offre un retour sur sa terre natale : la fameuse Angleterre de sa majesté la Reine. Nourri et toujours fasciné par la verve d'Alan Moore, il en profite d'ailleurs pour effectuer un petite tour de passe-passe mêlant l'uchronie littéraire - à la manière de la fameuse Ligue des gentlemen extraordinaires - à l'idéologie anarchique des débuts du siècle dernier (voir V pour Vendetta), tout en saupoudrant le tout d'un zeste de Terry Pratchett et de philosophie steampunk. Ou plutôt d'Electric-punk, puisque le Capitaine Swing parcourt le ciel à bord d'un navire électrique et ce, bien avant la découverte de Nikola Tesla. Swing : un personnage issu des légendes prolétaires du vieux pays (a priori un prête-nom pour quelques activistes gauchistes du milieu rural), croisé à une légende urbaine toute aussi locale (Jack Talons-a-ressort). Déjà au centre de quelques évocation littéraires (Pratchett dans Ronde de nuit, William Gibson dans La Machine à différences), il prend ici les atours d'une figure mythique et aventureuse (le capitaine Nemo ?), secouant le ciel et la plèbe tel une émanation du Hollandais volant, et discourant comme un révolutionnaire avant-gardiste.

 

Piles rechargeables

 

Ces traits annoncent autant les doléances des mouvements sociaux du siècle suivant que certaines visions d'un monde contrôlé par un obscur groupuscule franc-maçonnique gouvernemental. Cette ambiance un brin parano, mais surtout très pulp, Ellis l'expose avec une grande énergie, voire une certaine frénésie qui bouscule parfois les évènements. Pas toujours le temps de vraiment faire connaissance avec les personnages, de creuser ce Londres crépusculaire ou d'embrasser le potentiel d'un tel melting-pot de références historiques et culturelles lorsque toute l'histoire se déroule comme une course-poursuite de deux nuits. Efficace c'est sûr, mais le récit se montre finalement trop court, non pas à cause d'une fin ouverte parfaitement logique (le récit rejoint la « vraie » chronologie), mais à cause d'une narration extrêmement riche et dense. Une épaisseur dont a autant de mal à se dépêtrer Raulo Caceres (Gravel, Crecy déjà avec Ellis) dont les visages déjà épais, grimaçants, et les décors baroques sont constamment alourdis par un encrage loin d'être subtil. Une manière de rappeler les ténèbres d'une ville perdue sous un nuage de charbon, mais qui donne presque à certaines pages un aspect brouillon craspec. Des défauts bien réels, mais qui n'entament pas une lecture souvent enthousiasmante, originale et électrique... Dommage qu'une fois encore, le lecteur ait l'impression que l'auteur ne va pas jusqu'au bout de sa vision.

Nathanaël Bouton-Drouard


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