I AM A HERO T1&2
Japon - 2009
Image de « I am a Hero T1&2 »
Dessinateur : Kengo Hanazawa
Scenariste : Kengo Hanazawa
Nombre de pages : 246 pages
Distributeur : Kana
Date de sortie : 27 avril 2012
Bande dessinnée : note
Jaquette de « I am a Hero T1&2 »
portoflio
LE PITCH
Hideo Suzuki, 35 ans, est un assistant de mangaka en manque de succès. Sa petite amie, Tetsuko, ne cesse de parler de son ex, un talentueux mangaka très en vue. Hideo est un homme craintif et souffre d’hallucinations : il parle avec un ami imaginaire... Cet homme est ce qu’on appelle un loser. Tellement absorbé par sa médiocre vie, il ne remarque pas qu’il se passe des choses suspectes autour de lui... Tokyo va soudainement sombrer dans le chaos et être envahi d’humains qui n’en s...
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i am a zero

Après sa comédie romantique en quatre tomes Ressentiment, lauréate de plusieurs prix pour ses qualités esthétiques et scénaristiques, Kengo Hanazawa, spécialisé dans le Seinen (manga pour adultes), débarque enfin sur le marché du manga français avec les deux premiers tomes de sa série d'horreur I am a Hero, déjà acclamée et maintes fois nominée au Japon.

 

Alors que vient de sortir le deuxième volume de Undead, un gentillet petit Shonen zombiesque sorti chez Delcourt dont le premier volume a été chroniqué ici il y a de ça quelques semaines, mais également Highscool of the Dead, autre manga horrifique dont les personnages féminins aux formes voluptueuses font flirter la licence Pika avec le Hentai, I am a Hero, déjà paru en huit tomes au Japon, tente de se faire une place sur le marché culturel du zombie très prolifique depuis le succès de la BD et de la série télévisée The Walking dead. Pour cela Kengo Hanazawa affine sa plume ainsi que son coup de crayon dans le but d'adopter un style très réaliste. Les décors sont détaillés, à la limite du photoréalisme, et de nombreuses cases sont dotées d'un sens de la lumière incroyable qui évoque les plans les plus emblématiques du cinéma d'horreur japonais (les sombres ruelles des films de Takeshi Shimizu ou d'Hideo Nakata), mais c'est véritablement les traits des personnages qui bénéficient du plus grand soin. Que ce soit le protagoniste, Hideo, les personnages plus secondaires et même ceux dont l'importance est de l'ordre de la simple case, tous bénéficient d'une attention remarquable perceptible à travers la rigueur et la précision de leur caractérisation émotionnelle. L'auteur dessinateur se démarque ainsi du parti pris esthétique de nombreux mangas du lissage expressif qui rend habituellement plus iconiques ou charismatiques leurs personnages. Ce réalisme va alors prendre une dimension considérable dès la fin du premier tome, dès que l'histoire bascule dans l'horreur et où surgit le premier « zombie » qui dévoile le design très particulier des infectés, très charnels (rappelant les monstres du one-shot de Ki-oon, Hideout), causant des blessures viscérales à l'occasion de planches extrêmement gores.

 

japan Horror story

Mais c'est véritablement le naturalisme et la maturité de la narration qui fait tout le sel de ce début de série. À l'image de nombreux autres Seinen, comme dernièrement Billy Bat, la dernière bombe de l'auteur de 20th Century Boy sortie chez Pika, I am a Hero prend le temps d'installer son histoire et de caractériser solidement ses personnages, au risque d'y consacrer l'intégralité de son premier tome et donc de lasser les lecteurs davantage friands d'action. En effet, à travers la peinture du quotidien misérable de cet auteur de manga raté qui essaye désespérément de se convaincre qu'il est le héros de sa propre vie, I am a Hero, tout au long du premier tome, nous propose une plongée pessimiste au cœur de la société japonaise et de son système de travail aliénant. Le découpage des cases, très lourd au plus près du personnage principal et de ses déambulations ainsi que les très nombreux dialogues, sont à ce sujet représentatifs de cette volonté d'ancrer ce récit horrifique au cœur d'une réalité sociale et de ce monde du travail impitoyable qui ostracise ses citoyens les moins débrouillards, en les vouant à la solitude et la folie.
Une fois cette réalité palpable installée, l'auteur dessinateur, lors des dernières cases du premier tome, laisse alors la place à une horreur sans précédant qui va permettre à son personnage principal d'évoluer et d'enfin devenir le héros de sa propre vie, intrigue somme toute un peu grossière, commune, mais qui a le mérite de se développer toute au long d'une course effrénée qui traverse tout le second tome. Grace à un rythme soutenu (les cases s'enchainent de façon beaucoup plus fluide) et une dose d'horreur considérable, ce deuxième volet saura alors contenter les amateurs de gore ainsi que les lecteurs les moins réceptifs à lenteur du premier. À la lecture de ces deux volumes de I am a Hero, la décision de Kana de les sortir conjointement, apparait alors parfaitement calculée, tant ils forment une entité indissociable, introduction totale à cet univers et à cette œuvre dont on attend la suite avec impatience.

Quentin Boutel




 

 

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