BêTES DE SOMME T1 : MAL DE CHIENS
Beasts of Burden : Animal Rites - Etats-Unis - 2003/2010
Image de « Bêtes de somme T1 : Mal de chiens  »
Dessinateur : Jill Thompson
Scenariste : Evan Dorkin
Nombre de pages : 184 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 6 juin 2012
Bande dessinnée : note
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LE PITCH
Lorsque des événements surnaturels commencent à se produire dans les environs de Sommers Hill, chiens et chats de la ville s'enfoncent dans les profondeurs de la forêt pour éclaircir ce mystère. Entre esprits maléfiques, animaux zombies et jeunes garçons pas si inoffensifs qu'ils ne le paraissent, ces investigateurs du paranormal, au péril de leur vie, vont avoir un mal de chien à mener l'enquête...
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Demain les chiens

Les américain ont un gros problème avec leurs chiens (les chats ce n'est pas noté pareil, ils sont méchants de toute façon). Il faut donc se fader leurs créations mielleuses où le meilleur ami de l'homme prouve son amour pour son maître en poussant la chansonnette ou en bavassant sans répit. Comme un antidote aux Chihuahuas de Beverlly Hills (pour ne citer que l'un des pires), Bêtes de somme réconcilierait presque le lecteur avec la promenade-pipi du soir.

 

Les plus belles idées naissent souvent par hasard. En tout cas lorsqu'Evan Dorkin imagine pour la première fois sa petite troupe d'animaux familiers, c'est pour remplir quelques pages dans l'une des anthologies horrifiques de l'éditeur Dark Horse. A côté des zombies, monstres et autres Hellboy, l'auteur de quelques épisodes du parodique Bizarro World veut donner sa vision d'une maison hantée - en l'occurrence d'une niche hantée. Apparaissent alors Carl, Cador, Bégueule ou Sans-famille (le seul chat de la troupe) qui tentent de résoudre l'origine des longs hurlements qui résonnent dans la nuit. En résulte un petit conte amusant, où chaque animal impose immédiatement son caractère, ses petites particularités, mais surtout où cette petite rue de banlieue s'imprègne immédiatement d'une aura de mystère. Esquissée en arrière plan, une mythologie avec sa propre logique se laisse deviner, faisant du « Grand Berger » un shamane poilu, de la mort une réalité philosophique et des pauvres humains, des maîtres incapables de sentir le vent tourner. Une personnification exemplaire, une poésie fraîche et immédiate qui doivent énormément aux peintures de Jill Thompson (Death, Books of Magic, Swamp Thing, Wonder Woman... que du lourd) dont le coup de pinceau aussi réaliste qu'imagé présente ces bêtes à l'instinct malmené comme de véritables animaux et non de quelconques créatures anthropomorphisées. Une réussite de moins de dix pages qui sera rejointe les années suivantes par trois autres nouvelles aux récits de plus en plus travaillés, et finalement par une première minisérie de quatre épisodes.

 

familiers

 

L'artiste s'y montre d'un talent constant, mais d'une amplitude de plus en plus virtuose, transformant les mignonnes maisonnées, les jardins et le bois alentours en véritables décors gothiques, tandis que le scénariste creuse plus avant ses personnages, les transforme en véritables détectives, affine les dialogues et fait de chaque aventure un véritable régal d'humour, de suspense, de magie... et plus rare encore, réussit à ceullir le lecteur en amenant un sentimentalisme touchant. Pendant ce temps, la petite bande aura exorcisé les fantômes de petits chiots assassinés par un sérial killer, stoppé une messe noire, fait face à une pluie de grenouilles, aidé un pauvre loup-garou et combattu une armée de rats dirigée par une voix venue d'ailleurs... On n'est jamais très loin des X-Files. On est surtout de plus en plus près des créations de Mike Mignola dans cette réanimation du fantastique à l'ancienne qui n'a aucunement l'intention de s'apparenter à une lecture pour les tout petits : les zombies perdent des bouts de chair et mangent les enfants, les victimes de sortilèges gerbent du sang... Bêtes de somme est une vraie bande-dessinée horrifique, un petit bijou graphique, qui méritait bien l'imposant volume que lui offrent les éditions Delcourt : 180 pages épaisses en grand format, comportant en outre un joli cahier de croquis en fin de pavé, sous une couverture dure et revêtue elle-même d'une jaquette classieuse. On espère voir très rapidement traduite en France la rencontre entre ces héros pleins de puces et un certain Hellboy. Obligé ! Ah oui, l'adaptation cinématographique est déjà en préparation sous la houlette d'Andrew Adamson (Le Monde de Narnia 2), ce qui est tout aussi logique.

Nathanaël Bouton-Drouard




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