DEEP T.1 : ALPHA PREDATOR
France - 2012
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Dessinateur : Federico Pietrobon
Scenariste : Stéphane Betbeder
Nombre de pages : 52 pages
Distributeur : Soleil
Date de sortie : 20 juin 2012
Bande dessinnée : note
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portoflio
LE PITCH
Cela fait 400 000 ans que l’Homme s’est hissé au sommet du règne animal. Aujourd’hui, il est menacé par une révolution globale, une révolution d’origine animale. Partout dans le monde, différentes espèces ont des comportements agressifs à l’encontre de l’être humain. Ces attaques coordonnées répondent à un signal inconnu émis du fin fond de l’océan Pacifique, dans un lieu réputé inaccessible, Horizon Deep. La société Innerspace, spécialiste de la technologie de p...
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Leviathan

En France on n'a pas de pétrole, mais on a des idées. On n'a pas de cinéma de SF non plus, mais reste heureusement un bon cheptel d'auteurs de bandes-dessinées qui montrent qu'avec un peu d'huile de coude et une imagination certaine, le genre peut tout de même aboutir chez nous à de belles réussites.

 

Scénariste prolifique ayant œuvré chez tous les éditeurs et dans tous les genres, Stéphane Betbéder (Hôtel particulier, Deus, Highgate) accepte même de réorganiser le monument Sanctuaire de Christophe Bec et Xavier Dorison avec Sanctuaire Redux. Une première plongée dans les fonds marins qui d'une certaine façon, allié avec les thématiques environnementalistes développées dans Inlandsis, aboutit au nouveau Alpha Prédateur, premier tome de la trilogie sobrement intitulée Deep. A la manière du calamiteux Phénomènes de M. Night Shyamalan, il y imagine un monde animal se révoltant contre l'envahisseur humain suite à un message envoyé du fond des mers. Une vengeance méritée, souvent très violente (excellent passage avec les requins), qui s'amuse forcément à citer quelques classiques cinématographiques (les Oiseaux, Les Dents de la mer, Abyss) sans jamais s'y perdre, mais plutôt en y puisant des images d'une puissance immédiate. Deep inquiète, installe dès les premières pages une tension savamment dosée entre une longue introduction presque muette et la présentation progressive et convaincante des personnages.

 

eaux troubles

 

Loin de n'être que de simple témoins, ces derniers ont un passé (présenté en quelques images rêvées), un présent, un futur et surtout une vraie personnalité qui semble tisser derrière ce récit catastrophe une véritable dramaturgie à échelle humaine. Quels sont les liens entre la société écologiste Innerspace et l'objet tombé dans les mers il y a des millénaires ? Quel drame relie Nathan et le reste de son équipe ? Ces rêves qui les hantent ne sont-ils vraiment que des rêves ? Certaines ramifications laisseraient même entrevoir des connections avec les écrits d'Arthur C. Clarke (2001, l'odyssée de l'espace).  Le scénariste solide de Dogma impose une nouvelle fois sa précision d'écriture et sa maîtrise du rythme, laissant le soin à l'illustrateur italien Federico Pietrobon (jusqu'ici uniquement coloriste sur Wisher ou La Compagnie des Ténèbres) de mettre le tout en image comme un blockbuster démesuré. Loin de n'être qu'un intermède platement présentés, chaque nouvelle attaque est découpée à la manière d'une séquence à part entière, démontrant un véritable talent dans la mise en scène et confrontant le lecteur à des images chocs aux moments les moins prévisibles. Entre ses designs d'anticipation aussi discrets que crédibles, sa reconstitution photographie des mondes animal et maritime, et ses personnages aux visages empruntés à quelques célébrités (Winona Ryder, Lawrence Fishburne pré-obésité), on s'imagine régulièrement assister là à un possible cinéma de SF à la française, aussi intelligent, voire intellectuel, que spectaculaire. Un doux rêve.

Nathanaël Bouton-Drouard



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