ANAMORPHOSIS
Japon - 2010
Image de « Anamorphosis »
Dessinateur : Shintaro Kago
Scenariste : Shintaro Kago
Nombre de pages : 208 pages
Distributeur : Imho
Date de sortie : 4 octobre 2012
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Anamorphosis »
portoflio
LE PITCH
Anamorphosis est une sorte de jeu secret auquel a été invité un groupe de personnes. Ces derniers doivent passer 48h dans un bâtiment qui abrite une maquette d’un quartier résidentiel de Tôkyô. Un défi qui n’a a priori rien de bien compliqué sauf que ce bâtiment est en fait l’ancien plateau de tournage d’une émission télévisée qui aurait été annulée suite à la mort d’un des participants… Les joueurs d’Anamorphosis devront donc passer 48h avec le fantôme de cet ho...
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Compositing

L'auteur de Carnets de massacre et Fraction, l'artiste Shintaro Kago revient pour un troisième ouvrage chez IMHO. Et si les deux premiers essais pouvaient en laisser certains circonspects devant un tel déballage de gore et de déviances, Anamorphosis se montre bien plus accessible, mais pas moins réussi.  

                

Auteur installé d'une certaine vision du manga horrifique, Shintaro Kago ne peut être au gout de tout le monde avec ses visions gores ou se mêle avec déliquescence mort et sexualité dans une orgie aussi dénuée de bon gout, que manipulatrice et bizarrement colorée d'un humour parfaitement absurde. Après les délires à la mode samouraï et l'étrange et frontal Fraction, il semble pourtant délaisser une grande partie de l'artillerie lourde de l'Ero Guro dans ce nouvel opus : Anamorphosis, qui est aussi le titre de l'histoire composant l'essentiel de l'album.  Un thriller parfaitement calibré et dans l'air du temps qui suit les participant à un jeu étrange, financé par un milliardaire, où le gagnant sera celui qui aura survécu à la cohabitation avec un fantôme. Personnages bien campés dans leurs stéréotypes, mise en place parfaitement chorégraphiée, opposition de réactions, omniprésence des caméras (genre téléréalité snuff)... tout cela pourrait sentir le rabâché si le fantôme en question n'était pas un ancien acteur comique mort par accident dans un costume de latex alors que des productions de caméra-caché lui faisait croire qu'il s'était transformé en monstre géant.

 

y a un truc !

 

Les fans de Godzilla et autres Gamera sont aux anges. L'auteur se permet même de faire discourir un réalisateur et son assistant sur la poésie et l'esthétique des maquettes à l'ancienne. Mais cet étrange ingrédient fait surtout vriller le suspens et les morts dans un hallucinant chaos. Une BD totalement décalée, où la précision des effets de tension, la nervosité du découpage et l'élégance incroyable d'illustrations extrêmement réalistes (attitudes, mouvements, expressions), cohabitent avec un pitch abracadabrantesque, pas loin de l'auto-parodie. Et pourtant cela est y décrit comme une œuvre profondément complexe, maniériste, voir virtuose dans sa construction en trompe l'œil, qui répond inévitablement par ses jeux de perspective au dénouement... des plus inattendu. Curieux, surprenant, drôle et inventif, Anamorphosis montre clairement que Shintaro Kago gagne en force lorsqu'il laisse de coté les aspects les plus scabreux de son univers. Même constat avec les courtes nouvelles qui achèvent le volume : une blague aussi cruelle que stupide en apesanteur, une jeune femme dont le ventre devient un bureau des objets perdus, une parodie de manga policier Shonen, une femme poursuivie par la pluie, des élèves transformés en sacs de graisse géants à force d'inactivité... Ses illustrations toujours aussi pointilleuses, passent allègrement du réalisme à la farce, tandis que son sens de l'humour nonsensique, bizarre et délicieusement burlesque fait mouche à chaque coup. Une vraie réussite de bout en bout.

Nathanaël Bouton-Drouard


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