HARRY DICKSON T.1 : L’îLE DES POSSéDéS
France - 1992
Image de « Harry Dickson T.1 : L’île des possédés »
Dessinateur : Olivier Roman
Scenariste : Richard D. Nolane
Nombre de pages : 50 pages
Distributeur : Soleil
Date de sortie : 16 janvier 2013
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Harry Dickson T.1 : L’île des possédés »
portoflio
LE PITCH
Londres, années 1920. L’occulte a désormais son Sherlock Holmes. Il est américain et pour lui, la magie est une science à peu près exacte... Démons ou vampires peuplent ses enquêtes mais déductions et grimoires sont ses armes favorites !
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le démon dans l'île

Troisième édition, au bas mot, pour une série qui compte pas moins de 13 tomes. Des albums qui content les aventures débridées d'un certain Harry Dickson, détective de l'occulte, traversant le monde à la recherche de mystères à résoudre. Une longévité impressionnante qui à la (re)lecture de ce 1er tome laisse quelque peu dubitatif.

 

Pourtant le personnage est presque une légende dans les milieux littéraires, né d'une version plus ou moins (enfin plus que moins) réécrite d'un roman éponyme néerlandais par Jean Ray, celui que ses éditeurs considèrent comme « le Sherlock Holmes américain » atteint sans faillir près de 200 romans dans les années 30. Un passé très impressionnant qui lui a sans doute permis de connaître une seconde vie grâce à la BD avec une série de 8 tomes chez Dargaud et en parallèle celle de Nolane et Romane chez Soleil. Il faut reconnaître que les policiers à l'ancienne, flirtant avec les aspects cérébraux et romantiques de Conan Doyle ont toujours le vent en poupe, en particulier si ces recherches amènent à croiser nombre de créatures fantomatiques, de démons lovecraftien ou de scientifique triturant la nature tels de nouveaux Frankenstein. Un terreau vaste et riche dont s'empare forcément la série de Soleil, trimbalant Dickson des rives anglaises aux jungles luxuriantes en passant par les sorcelleries de la Russie avec une même volonté de faire entrer les bouquins dans le panthéon de la BD franco-belge. Mais comme le montre très rapidement L'île des possédés, ce n'est pas vraiment gagné.

 

passe-passe


Déjà, les illustrations d'Olivier Romane (plus souvent du côté de la BD de communication) peine à cacher ses côtés vieillots, affadies par une colorisation « à la Tintin » mais sans la même maîtrise des contrastes, alourdies par un découpage « à la Blake et Mortimer » mais sans les mêmes résonnances glorieuses ; les traits sont de toute façon peu précis et peu charismatiques. Ca sent la vieille BD que l'on feuillette tristement dans la salle d'attente du dentiste en attendant le coup de fraise. Et une approche graphique fouillée, maniériste imposant une ambiance inquiétante et gothique était justement ce qu'il aurait fallu au récit de Richard D. Nolane (Tigres Volants, Centurion), un vétéran de la BD hexagonale, qui use ici de toute les ficelles et codes maintes fois sublimés chez Agathie Christie ou Conan Doyle, pour donner du mystère insulaire avec population peu accueillante, pécheurs zombifiés et savants fous flirtant avec la télékinésie. Trop bavard, on ne peut plus prévisible et perdu dans des tentatives de poses classieuses que les dessins ne permettent pas, ce 1er tome de Harry Dickson n'a vraiment rien de la sinécure. Surtout, à force de vouloir rendre le personnage principal inaccessible et fin stratège, Nolane ne réussit qu'à le rendre hautain voire antipathique, là ou justement Sherlock Holmes rebondissait sur une certaine ambivalence. Même en faisant appel à la nostalgie la lecture ne laisse qu'un arrière goût de dimanche pluvieux chez mémé. Alléchant non ?

Nathanaël Bouton-Drouard


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