FLASH GORDON INTéGRALE VOLUME 1 : 1934-1937
Etats-Unis - 1934/1937
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Dessinateur : Alex Raymond
Scenariste : Don Moore
Nombre de pages : 212 pages
Distributeur : Soleil
Date de sortie : 15 mai 2013
Bande dessinnée : note
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LE PITCH
Embarqué de force, avec Dale Arden, par le professeur Hans Zarkov dans une fusée de son invention, Flash Gordon s’écrase sur la planète Mongo et devra affronter l’Empereur Ming, tyran sans merci.
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King of the Impossible

Après les Tarzan et Prince Valiant, Soleil s'attaque à une autre légende de l'aube de la BD : Flash Gordon. Une référence qui a définitivement transformé le visage du comic et du cinéma (rappelons que Star Wars est né de l'impossibilité pour George Lucas d'en obtenir les droits). Ouvrir les pages du premier volume de cette intégrale, c'est découvrir là où tout (ou presque) a commencé.


Pourtant, dans l'idée de départ, Flash Gordon (que les anciens connaissent sous le titre Guy L'Eclair) n'est qu'une copie parfaitement opportuniste qui doit permettre à King Features Syndicate de concurrencer avec un strip dominical les réussites populaires que sont John Carter From Mars et surtout Buck Rogers. Quitte à copier, autant le faire sans trop se prendre la tête, et il est évident que le héros blond, musclé, adepte de la castagne (voir de la lutte gréco-romaine) qui sauve sa belle en toute occasion tout en parcourant une planète exotique est une compilation sommaire des deux modèles. Et en particulier de l'œuvre d'Edgar Rice Burrough dans la description des paysages et des créatures qui peuplent les terres de la planète Mongo... Presque un simple décalque de Mars. Et pourtant malgré tous ces emprunts largement visibles (pratique très courante cela dit), Flash Gordon devient rapidement l'objet d'un culte dans tous les Etats-Unis et se verra même auréolé d'un luxueux serial deux ans à peine après son lancement.

 

Savior of the universe


Et ce mérite, on le doit bien évidement au travail somptueux de l'illustrateur Alex Raymond (Jungle Jim, Secret Agent X-9). Alors presque un débutant, il accepte le projet et va même y apporter un soin particulièrement rare pour l'époque (seul Hal Foster sur Prince Valiant peut s'en vanter) en particulier pour une simple aventure spatiale. Piochant dans les souvenirs de ses études d'art (la précision des gravures du 19eme siècle, les pauses maniérées de la renaissance), l'artiste fignole chacune de ses planches, leur offrant la grande richesse de détails nécessaire à la crédibilisation de décors totalement improbables et naïfs, mais démontre aussi une connaissance de l'anatomique, contrastant ainsi par un réalisme étonnant. Cela, mêlée à une mise en scène affectée héritée des classiques du muet (voir le visage toujours « étonné » de la dulcinée) aboutit à des planches fastueuses, puissantes, pops et épiques peuplées de dragons patauds, de monstres gigantesques et tentaculaires, de femmes lascives en détresse, d'hommes lions, d'hommes jaunes (l'Empereur Ming comme nouveau Fu-Manchu), d'hommes Lézards... D'hommes tout en fait.

 

Flash a-ah


La formule fonctionne plein tube et les quelques cases qui composent la livraison hebdomadaire de Flash Gordon se déroulent à une vitesse ahurissantes puisque le coscénariste Don Moore (trop souvent oublié) imagine des successions ininterrompues de péripéties, d'affrontements, de rencontres, de découvertes dont le dynamisme à de quoi laisser pantois d'admiration et faire tourner les têtes. En simplement une vingtaine de pages, le héros bondissant et athlétique à frôlé la mort à chacune d'entre elles, sauvé sa Gale à dix reprises et traversé des kilomètres à pied, dans les airs ou au fond des mers. L'imagination n'est jamais une frontière et le lecteur est forcément médusé de découvrir au détour d'une case la base des futurs Hawkman de DC, une architecture aérienne et colorée qui préfigure la planète Krypton, une citée flottante proche de Bespin (L'Empire contre-attaque), des contrastes psychédéliques à la Jack Kirby et des centaines de monstres bariolés qui nourriront le space-opera pendant des décennies.  Peu importe que les prétextes de ces voyages sentent avec naïveté le pulp d'autrefois, que l'urgence narrative empêche d'une certaine façon au strip de creuser plus solidement ses personnages, Flash Gordon est une œuvre essentiellement visuelle qui gagne en maturité à chaque saison. Ainsi de constructions resserrées visant l'essentiel dans les premier mois, le strip se découvre une réalisation de plus en plus ample où le trait de Raymond s'échappe vers une épure d'une grâce incroyable, des paysages plus luxuriants que jamais, des compositions impériales et musculeuses dont se souviendront les immenses Frank Frazetta  et John Buscema dans leurs évocations de Conan.  Un monument qu'on vous dit.

Nathanaël Bouton-Drouard








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