OPUS T.1
Japon - 1995/1996
Image de « Opus T.1  »
Dessinateur : Satoshi Kon
Scenariste : Satoshi Kon
Nombre de pages : 197 pages
Distributeur : Imho
Date de sortie : 6 juin 2013
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Opus T.1  »
portoflio
LE PITCH
Chikara Nagai est un mangaka qui peine à terminer sa série, Resonance, qui met en scène l’affrontement entre Satoko, une policière dotée de pouvoirs psychiques, et Le Masque, le gourou d’une secte. La veille de la remise des planches à l’imprimeur, alors que Chikara est sur le point d’achever ses dernières pages sur un autre de ses héros, le jeune Rin, son projet prend un tour inattendu lorsqu’il se retrouve aspiré dans son propre manga. Rin a compris que Chikara voulait le tu...
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D'un monde à l'autre

Terrassé par un cancer il y a déjà trois ans, le très grand Satoshi Kon, réalisateur brillant de Paranoïa Agent (entre autres) avait entamé sa carrière dans les pages de quelques revues de manga. Des BDs souvent méconnues, parmi lesquelles IMHO propose pour la première fois la traduction de Opus, dernière création de papier avant un départ pour le monde du cinéma.

Etonnant d'ailleurs que malgré le succès jamais démenti des réalisations de l'artistes, ses manga n'aient que si tardivement trouvé le chemin de la traduction française. Seule la très belle fable écologique Kaikisen avait été distribuée par Casterman, il y a presque dix ans maintenant. Pourtant encore une fois, ce qui frappe dès l'ouverture du volume c'est l'incroyable élégance du trait de Kon. Grand amateur (puis collaborateur et ami) du créateur d'Akira, Katsuhiro Otomo, il privilégie une même clarté dans ses traits, proches de la ligne claire, mais avec des contours joliment réalistes, déterminés et délicieusement expressifs. Chara designer de talent, l'auteur fait montre ici en particulier d'une énergie redoutable dans son découpage et sa narration. Opus se déroule à grande vitesse, les cases s'enchainent avec frénésie et parfois même se télescopent directement, comme si le récit même du manga allait trop vite pour son auteur. Bien évidement le futur réalisateur de Perfect Blue en joue constamment et en fait même le cœur de son manga, montrant comment devenu conscient de sa nature de simple « personnage », Rin, caricature de héros de Shonen, entraine dans son univers son créateur, le mangaka.

 

Les prisonniers


On pense forcément aux œuvres de Marc-Antoine Mathieu (la saga délirante Julius Corentin) dans le détournement des cadres (les personnages passent entre ou par-dessus), la déconstruction de décors uni-plans, les effets de profondeur et surtout la superposition de réalités : le manga Resonance, le réel de Chikarai Nagai, celle mise en place par Satoshi Kon en personne (le studio du manga-kai serait une copie du sien) et celle du « vrai » lecteur constamment remis en question. Une accumulation abyssale, où affleure le questionnement introspectif d'un auteur sur la force de création, ainsi que sur les codes d'un médium qui le place de par sa nature en position de démiurge omnipotent... Ce qui est normalement le cas (contrôle, contrôle), mais qui ici tourne à la catastrophe rocambolesque lorsque Chikarai se retrouve obligé de courir à travers ses propres décors pour rattraper son personnage bien décidé à ne pas mourir, ou totalement désarçonné par la belle Satako, forcément conçue en partie comme un fantasme. Presque une œuvre de jeunesse où apparaissent les grandes thématiques de la filmographie du monsieur, mais aussi déjà se mélange poétique de cruauté noire et d'émotion humaniste faisant autant penser au conte Tokyo Godfather qu'au métaphysique Paprika. On attend forcément avec impatience le second volume (attendu en octobre), même s'il on sait qu'il ne conclura pas la trame, Opus restant une œuvre inachevée.

Nathanaël Bouton-Drouard




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