SARAH T.1 à 3
France - 2008/2013
Image de « Sarah T.1 à 3 »
Dessinateur : Stefano Raffaele
Scenariste : Christophe Bec
Nombre de pages : 180 pages
Distributeur : Les Humanoïdes associés
Date de sortie : 9 octobre 2013
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Sarah T.1 à 3 »
portoflio
LE PITCH
Au fin fond de la Pennsylvanie, Sarah et David viennent d’emménager dans une maison à l’écart de Salamanca, une petite ville forestière peu accueillante dont les habitants semblent protéger le secret d’un passé trouble. En proie aux démons de son enfance et à des crises d’angoisse chroniques, Sarah découvre que cette nouvelle vie, censée lui offrir un nouveau départ, décuple son mal. Pour faire face à ses peurs, Sarah cherche une vérité qui va la mener en des territoires o...
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Larmes de sang

Entamé chez Dupuis il y a maintenant cinq ans, le triptyque Sarah est enfin lisible dans son intégralité grâce aux Humanoïdes associés, éditeur bien moins frileux. Une excellente nouvelle tant le thriller horrifique signé Christophe Bec et Stefano Raffaele se déguste d'une seule traite, avec quelques gouttes de sueur glacées qui coulent dans le dos.

Et les lecteurs de BD ont bien failli ne jamais connaitre la conclusion de cet étrange Sarah, concocté par le même duo que l'effrayant Pandemonium, qui avait réussi à mettre plus mal à l'aise encore le premier éditeur, Dupuis, préférant enterrer le projet et le bloquer de façon assez lamentable. Heureusement, Christophe Bec a gagné son combat et a, grâce aux Humano, pu rééditer les deux premiers volumes (avec de nouvelles couvertures, bien plus efficaces) et surtout une très attendue conclusion. Attendue car les albums fonctionnent véritablement comme un tout, comme une lente montée en puissance vers une horreur de plus en plus présente, puissante et implacable. Rare auteur français très porté sur le genre, Bec (Sanctuaire, Carthago) approche Sarah presque comme un exercice de style, marchant dans les traces indélébiles de Stephen King (écriture des personnages, petites ville américaine, secrets sous silence) avec une rigueur et un talent exemplaire, tout en concoctant avec une cruauté certaine un récit qui ne cesse de plonger plus profondément dans le glauque et le malsain.

 

Derrière les ombres


Si Les Ombres de Salamanca s'entame comme un thriller opaque où pèse l'ombre croisée d'une créature sanguinaire et le passé de l'héroïne, immédiatement, la façon qu'à Stefano Raffaele (Fragile, Prométhée) de dépeindre cette communauté reculée du nord des USA, fait glisser l'atmosphère vers un fantastique presque mythologique, un monde frontière. Le réalisme délicat de son trait, la texture des détails, la pureté de ses décors et surtout la folie toujours logée dans les regards, en font une lecture tendue, oppressante, presque affolante que structure un découpage aiguisé. Un sentiment qui s'épaissit constamment dans les suivants La Créature de la cave et Les Démons de Little Valley, où l'enquête obligée de Sarah va la faire croiser une famille de tarés très white-trash, quelques créatures païenne issues de la mythologie indienne, un massacre d'enfants, pour mieux se confronter à nouveau au Jardinier, serial killer pédophile qui l'avait kidnappée, violée et torturée étant petite. Rien ne lui sera épargné, a elle comme au lecteur, et malgré cette surabondance de références, de codes qui se croisent et se décroisent (la visite de l'ancien asile, le cimetière indien, le dialogue avec une fantôme), l'auteur maitrise son drame horrifique de bout en bout, sans jamais détourner le regard ni sur les détails les plus gores, ni sur le chemin de croix d'une victime qui se battra jusqu'au bout contre sa condition première. Entre Vendredi 13, Simetierre et David Lynch, Sarah est la preuve qu'une bande dessinée française peut glacer le sang.

Nathanaël Bouton-Drouard




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