LE SERPENT D’EAU
France - 2014
Image de « Le Serpent d’eau »
Dessinateur : Tony Sandoval
Scenariste : Tony Sandoval
Nombre de pages : 100 pages
Distributeur : Paquet
Date de sortie : 19 février 2014
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Le Serpent d’eau »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Alors qu’elle nage au détour d’une rivière, Mila rencontre Agnès. Entre ces deux filles solitaires va naitre une amitié profonde, fraternelle, presque physique. D’histoires en escapades, de bosquets en ravins, Mila la brune et Agnès la blonde nous emmènent hors du temps, dans un espace où les règles s’abolissent, un terrain de jeu libre et ouvert.
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Attrape-rêves

Artiste d'origine mexicaine vivant en Europe, Tony Sandoval, par ailleurs directeur de la collection Calamar chez le même Paquet, cultive une approche on ne peut plus personnelle de la bande dessiné, déroulant ses albums, le plus souvent en one shot, dans un mélange de rêverie et de cauchemar enivrant.

Toujours dans la même veine que les précédents Le cadre et le sofa ou Les Echos invisibles, il invite le lecteur dans le petit monde enchanté de Mila, jeune fille solitaire qui lors d'une baignade rencontre l'étrange Agnès. Une petite brune, une jolie blonde, les deux traversent les champs, se laissent caresser par les herbes et se cachent derrière de curieux masques animaliers pour effrayer les campeurs avant de se laisser emporter par leur sensualité juvénile dans un baiser langoureux. De petites fleurs qui éclosent avec une simplicité et une douceur printanière, mais Sandoval dissimule derrière la quiétude une fascination inquiétante pour le macabre et nombres d'images métaphoriques (les dents, les rites païens) qui transportent le récit vers le conte de fée pour adulte, de la dark fantasy effrayante mettant au défi le courage de l'héroïne, entrant fébrilement dans le monde des morts, froid comme la pierre.

 

teen spleen


Une construction et surtout un éveil d'une mythologie disparue, animiste, qui rappelle superbement le travail de Guillermo Del Toro et en particulier son Labyrinthe de Pan (voir les croquis de ce dernier), autant dans la confrontation fondatrice de « la jeune fille et la mort » que dans la fausse fragilité du trait. Artiste contemplatif, s'efforçant de réduire les dialogues au strict minimum et laissant la narration aux pensées intimes de Mila tout en construisant des planches contemplatives, épurées, où peuvent alors naitre au détour d'un espace vide, une brise d'été et l'odeur saumâtre de chiens décharnés. Inspiré par la toile sensuelle éponyme de Klimt et la nouvelle Bérénice d'Edgar Allan Poe, Le Serpent d'eau est un voyage dans l'imaginaire et dans la magie quotidienne, traversé de visions gothiques aussi déstabilisantes qu'une armée de dents transformées en guerrières, qu'une jeune fille vomissant un poulpe noir ténèbre ou l'esprit de l'été qui s'effondre dans un nid de feuilles mortes. Conditions sine qua non à la réussite d'un univers aussi perturbé, enchanteur et onirique, les illustrations de l'artiste sont en tout point renversantes de beauté. Toujours à mi chemin entre le livre pour enfant et la représentation impressionniste, ses aquarelles délicates cajolent l'innocence, se pâment dans des textures liquides et triturent l'inconscient de ses personnages et du témoin volontaire qu'est le lecteur. C'est beau. C'est de l'art. Et certaines pages mériteraient d'être encadrées.

Nathanaël Bouton-Drouard


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