GREEN LANTERN / GREEN ARROW
Green Lantern #76-87, 89 + de Flash #217-219, 226 - Etats-Unis - 1970/1974
Image de « Green Lantern / Green Arrow »
Dessinateur : Neal Adams
Scenariste : Dennis O'Neil
Nombre de pages : 368 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 13 juin 2014
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Green Lantern / Green Arrow »
portoflio
LE PITCH
Tandis qu’Hal Jordan se charge de protéger l’univers à l’aide de son anneau de Green Lantern, sur Terre, Oliver Queen s’occupe des malfrats de Star City sous le masque de l’archer Green Arrow. Toutefois, les deux justiciers d’émeraude font parfois équipe !
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Espoirs retrouvés

The Watchmen, The Dark Knight Returns et Camelot 3000 sont considérés comme le tournant moderne de l'histoire des comics, conférents aux aventures de super-héros une lecture plus sombre, réaliste et désillusionné de la mythologie américaine. Mais ces trois titres mythiques n'auraient sans doute pas existé sans Green Lantern / Green Arrow.

Né un peu du hasard entre une demande curieuse de l'éditeur (réunir deux personnages à cause de leurs costumes arborant un même vert) cherchant à redresser les ventes d'une revue Green Lantern en perte de vitesse, et deux auteurs / artistes déjà bien entrainés sur leur relance de Batman, la minisérie est le premier franc et assumé d'un comics dans les questions contemporaines. A quelques reprises Spider-man avait déjà taché d'évoquer les questions qui taraudaient le jeune lectorat, mais clairement ici l'entreprise prend une dimension plus mémorable encore, puisqu'elle est au centre même des scénarii, et de la construction du duo. Deux figures presque antinomiques avec d'un coté Green Arrow, super-héros humain proche de son modèle Robin des bois et politiquement clairement identifié sur l'aile gauche, et de l'autre le cosmique Green Lantern, boy-scout franc et droit, mais aussi naïf qu'un Superman de l'âge d'or. Le premier numéro commence ainsi sur une altercation entre quelques jeunes dépareillés et un propriétaire en costard, qu'Hal Jordan s'empressera de protéger. Mal lui a prit puisque c'est bel et bien ce dernier qui s'avère le fruit pourri comme lui renverra en plein visage les témoins dont son collègue de la JLA, Oliver Queen. La note d'intention est entériné lorsqu'un vieux monsieur de couleur lui demande « J'ai lu que vous travaillez pour des hommes à peau bleue... et que sur une planète lointaine vous avez aidé des hommes oranges et aussi des hommes pourpres, mais vous ne vous êtes jamais souciés des hommes noirs ! Pourquoi ? ». Un choc en ce début des années 70, où la « minorité » est encore bien rare dans les pages de BD. Par la suite, que les compères soient sur la route (tel des Easy Rider en lycra) ou dans les ruelles pourrissantes de Star City, les scénarii de Dennis O'Neil n'auront de cesse d'opposer les deux visions du monde, et surtout de ramener le plus puissant des deux sur la terre ferme : le racisme, le fascisme, la menace sectaire, la cause amérindienne, la surpopulation, le féminisme, les figures de la justice et de la politique corrompue, la pollution, le libéralisme... et la drogue.

 

Grandes gueules et grandes responsabilités


Une question, parmi d'autres évoquées ici, totalement taboue dans le comic mainstream de cette époque, mais qui est pourtant le sujet même des épisodes 85 et 86, dans lequel le donneur de leçon Green Arrow découvre que son jeune sidekick, Speedy, est accro à l'héroïne. Enfoncer des portes closes, voilà ce que semble être le but de Dennis O'Neil, qui n'hésitera pas d'ailleurs à accentuer l'aspect indépendant de la superbe Black Canary ou de donner à GL un nouveau remplaçant potentiel sous les traits de John Stewart, jeune issu des quartiers et adepte du black power. La révolution est en marche, où tout comme, même si les 12 épisodes principaux, auxquels il faut ajouter les trois backups stories publiées dans la revue Flash, gardent bien entendu en culture la décontraction et la naïveté des comics DC de son temps, puisqu'encore imaginé à l'intention des jeunes lectorats. En résulte un mélange assez unique entre la rudesse de la réalité décrite, le pessimisme de Green Arrow et les élans moraux de Green Lantern tout autant qu'une propension nécessaire à l'action et à un fantastique frais et caricaturale (les harpies...). Une recette qui aurait pu tourner au vinaigre si O'Neil n'étant pas autant remarquable dans la justesse des dialogues et la construction psychologique de ses personnages, et sans doute aussi si l'immense Neal Adams n'avait pas été de la partie. Déjà collaborateur pour un run tout aussi inoubliable sur Detective Comics (avec le retour du Batman vigilante), l'artiste est clairement sur son terrain de prédilection, lui qui habille ses personnages de musculatures nerveuses, d'expressions ultra-réalistes, et d'environnements urbains richement détaillés. Il ancre définitivement Green Lantern / Green Arrow dans une matérialité proche, quasiment concrète, dans laquelle il préfère d'ailleurs largement mettre en scène les affrontements au corps à corps (des pleines pages magnifiquement construites et découpées) que les pouvoirs de l'anneau magique.

Enfin édité dans son intégralité en France, et profitant au passage d'une traduction très réussie de Martin Winckler (auteur de Le Chœur des femmes ou La Maladie de Sachs, mais aussi grand passionné de comics) la saga Green Lantern / Green Arrow n'aura malheureusement pas durée assez longtemps. A peine deux années, qui certainement ont un petit goût d'inachevé, et qui laissaient encore de belles pistes pour la suite (Oliver Queen maire de Star City ?), mais qui furent obligées de s'arrêter à cause de ventes insuffisantes et ce malgré les prix récoltés et la reconnaissance massive de la profession. Un jalon indispensable de l'histoire du comic, un grand roman graphique américain dont les réflexions sont, tristement, toujours autant d'actualité.

Nathanaël Bouton-Drouard






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