DRUUNA T.1 : MORBUS GRAVIS / DELTA & ANIMA : DRUUNA LES ORIGINES
Italie - 1986/2015
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Dessinateur : Paolo Eleuteri Serpieri
Nombre de pages : 256 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 20 janvier 2016
Bande dessinnée : note
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portoflio
LE PITCH
Dans un futur post-apocalyptique, un dangereux virus transforme les hommes en effroyables mutants assoiffés de sang. Seul le sérum permet aux survivants d’en réchapper. Dans ce monde corrompu par le sexe, la maladie et la violence, la jeune et belle Druuna part en quête de la moindre fiole de ce remède pour sauver l’amour de sa vie : Schastar, gravement atteint. Aussi intrépide que sensuelle, elle va user de tous ses atouts pour parvenir à ses fins...
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fruit défendu

Saga culte de SF érotique qui marqua le lectorat, essentiellement mâle, des années 80 et 90, Druuna aura pourtant été indisponible pendant quelques années. Enfin de retour pour un belle intégrale chez Glénat, la brune pulpeuse n'a rien perdu de ses charmes.

Le premier tome de cette nouvelle édition comporte donc directement les deux premiers albums, Morbus Gravis et Delta, accompagnés au passage en fin de volume d'illustrations de couverture des anciennes éditions, ainsi que des crayonnés et quelques pages brutes. De quoi retrouver avec bonheur l'immense talent d'illustrateur de Serpieri (Peaux-Rouges, Chaman... le western, son autre passion) qui malgré les années n'a pas perdu de sa superbe. L'argument central reste bien entendu la plastique plantureuse de son héroïne, Druuna, créature sensuelle aux formes généreuses (ces fesses !) magnifiquement mise en valeur par le réalisme fantasmé de son créateur et sa technique redoutable (hachurage, points...) qui développe un relief évident. Une demoiselle qui pourrait sembler servir de simple exutoire à des pulsions un poil machiste, mais qui malgré son instrumentalisation récurrente en objet sexuel, se révèle rapidement bien plus indépendante et affirmée qu'il n'y parait. Certes la miss vend ses talents pour survivre et subit régulièrement les assauts des hommes qui l'entourent, mais elle ne cache pas non plus ses propres désirs charnels, et en particulier son intérêt pour la sodomie.

 

la belle et les bêtes


Encore illustrés comme une œuvre érotique (les choses vont se corser un peu plus par la suite) Morbus Gravis et Delta ne peuvent cependant se réduire à une œuvre simplement polissonne. Développé à une époque où l'extraordinaire revue Métal Hurlant connaissait ses derniers numéros, Druuna partage de nombreuses accointances avec la science-fiction musclée et sombre qui y était étalée : dans un monde post-apocalyptique, les derniers humains sont retranchés dans une cité décomposée, menacés par un virus qui peut les transformer en mutants, et asservis par une étrange secte. Critique de l'obscurantisme, menace radioactive et pessimisme omniprésent, ces deux premiers chapitres installent un univers assez fascinant, peuplé de monstres immondes, d'hermaphrodites vivants dans les égouts et de militaires survivalistes, où la pauvre héroïne va devenir, autant par sa beauté que par sa pureté génétique (parce que pour le reste...), le seul espoir de l'espèce. Certains détours peuvent être aujourd'hui perçus comme un poil prévisibles, mais en 1986 le twist de Morbus Gravis était plutôt couillu. Idem du coté des décors low-tech pourrissant, sublimement mis en image par un Serpieri aussi puissant dans son trait que dans sa colorisation. C'est superbe et toujours aussi prenant et l'on attend clairement les prochains volumes pour se délecter à nouveau des lèvres pulpeuses de la superbe italienne... et du reste puisque bien évidement ses vêtements, déjà très léger, ont vite tendance à se montrer superflus.

 

retour aux sources


Mais en attendant, les adeptes peuvent immédiatement se tourner vers l'inédit Anima, sous-titré Druuna Origines. Un album au même habillage que l'intégrale et qui contient la dernière création de Serpieri : un étrange conte sans parole où l'on s'étonne au départ de la parentalité avec Druuna. C'est que l'héroïne est blonde, même si on reconnaît des rondeurs bien identifiées, et le tout se déroule dans un décorum plus proche de la Fantasy que des environnements urbains précédents. Une jolie sauvage donc, elle aussi régulièrement à poil, qui tente de survivre face à la bestialité environnante et dont on ne connaitra la connexion avec la série principale que dans les dernières pages. L'exercice est plutôt plaisant, bien que anecdotique, mais témoigne à la fois de la rigueur plastique toujours aussi impressionnante de l'artiste, ainsi que d'un bel hommage justement à une SF aujourd'hui bien trop rare dans la BD européenne. Au détour d'un étrange volatile que la femme utilise comme monture, on se plait même à reconnaître une dédicace charmante aux créations de Moebius. Tout aussi généreusement conçu, l'album en lui même contient quelques jolis bonus avec une fois encore des illustrations supplémentaires et recherches graphiques, mais aussi une très courte BD de sept pages intitulée Forse, et qui contient en prémisse de nombreux ingrédients de ce qui deviendra ensuite sa plus célèbre création : Druuna.

Nathanaël Bouton-Drouard





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