MORGANE
France - 2016
Image de « Morgane »
Dessinateur : Stéphane Fert
Nombre de pages : 144 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 6 avril 2016
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Morgane »
portoflio
LE PITCH
Privée de son destin de reine, la demi-sœur du roi Arthur devient la sulfureuse fée Morgane et se dresse contre la tyrannie de la Table ronde et les manipulations de Merlin le fou. Écoeurée par le magicien qui joue avec sa vie depuis sa plus tendre enfance, Morgane laisse libre cours à sa colère et assouvit sa soif de pouvoir envers et contre tous : son ancien maître, les hommes, leur nouveau dieu unique et l'ordre établi.
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le graal est une femme

Célèbre pour ses maléfices et sa vilénie, Morgane la sœur du grand Arthur de Bretagne, est-elle véritablement la sorcière que l'on a si souvent décrite dans la Légende des chevaliers de la table ronde ? Cette même légende n'aurait-elle pas tout simplement été écrite par des hommes ?

Terreau infini de récits et d'adaptations, la légende arthurienne n'a de cesse de venir titiller la fibre fantastique des auteurs de BD. Dernier essais en date donc, Morgane simplement, cultive pourtant immédiatement ses différences, imposant un graphisme flamboyant, légèrement enfantin, aux atours médiévaux et classiques (façon vitraux et enluminures de vieux ouvrages) mais où pointe constamment une noirceur palpable. Ancien élève des beaux-arts, Stéphane Fert livre ici tout simplement sa première BD, et démontre immédiatement un vrai talent. Dans le découpage, dans les mise en scènes dynamiques et les visions féeriques, mais aussi dans le choix des couleurs, le plus souvent entre le bleu nuit et le violet mélancolique, apposées comme aux pastel gras, effectuant une sorte de mélange de l'art de Cézanne, du romantisme et des ambiances gothiques de Mike Mignola. Un tableau d'ensemble envoutant qui sied à merveille à cette « nouvelle » Morgane, jeune fille puis femme, qui évolue dans un monde dirigé par des hommes, benêts, bravaches, violents, paternalistes et manipulateurs.

 

l'insoumise


Celle qui devait être ornée de la couronne de Bretagne en sera quitte pour la voir atterrir sur la tronche de son demi-frère, Arthur, roi un poil crétin, maladroit au mieux, outil fervent entre les mains de Merlin. Un vrai chemin de croix débute alors pour cette icône païenne, qui va peu à peu sombrer dans les bras des forces du mal, mue par la vengeance et le dépit. Mais Morgane n'est pas une BD qui se contente de raconter un conte noir et cruel, mais avant tout un portrait savoureux de femme, de celle qui va sombrer pour mieux rebondir, et finalement abandonner le pouvoir devant ses oripeaux corrupteurs. L'écriture à quatre mains où Fret collabore avec Simon Kansara (auteur de l'atypique MediaEntity), travaille autant un onirisme certains, un amour de la magie ancienne, qu'un humour varié, qui vient éclairer avec une bonne humeur ironique les escapades de ces chevaliers de Camelot. Dans un décorum médiéval marqué, ancien et inquiétant, digne de l'Excalibur de John Boorman, Morgan s'amuse dans sa tragédie à la manière du Kaamelott d'Alexandre Astier. Un mélange déconnant, où Lancelot cul-cul ne pige rien aux sous-entendus de Morgane, où les chevaliers massacrent un village entier pensant éliminer des zombies, et où la principale motivation, même pour Merlin, semble être la gaudriole. Drôle, féroce, mais aussi poétique, et touchant, l'album fait véritablement de Morgane la seule figure qui ne sera jamais corrompue, fidèle à elle-même, grandissant à chaque page. Une belle révélation.

Nathanaël Bouton-Drouard


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