DIEU EN PERSONNE
France - 2009
Image de « Dieu en personne »
Dessinateur : Marc-Antoine Mathieu
Scenariste : Marc-Antoine Mathieu
Nombre de pages : 128 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 9 septembre 2009
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Dieu en personne »
portoflio
LE PITCH
Dans une file d’attente, un petit bonhomme attend patiemment son tour. Au moment de décliner son identité, il se présente sous le nom de « Dieu », prénom « Dieu ». Il n’a pas de domicile, pas de papier d’identité, ni de numéro de sécurité sociale. L’irruption de cette énigme métaphysique déclenche une vague d’intérêt qui se transforme bientôt en phénomène médiatique majeur…
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Les portes du paradis

On le disait enterré, finis, dépassé, pourtant Dieu a décidément le vent en poupe et s'offre une nouvelle création bédéphile dont il s'accapare le premier rôle. Après le déjanté Dieux a les boules, place au cérébral Dieu en personne... Omniscient et omniprésent.

 

Connu principalement pour ses explorations sensiques et débridées du support narratif même de la bande dessinée, au travers de la saga improbable de Julius Corentin Acquefaques, Marc-Antoine Mathieu revient à un certain classicisme avec Dieu en personne. Noir et blanc tranché, tout juste étiolé par quelques variations de gris, construction en quelques cases entrecoupées de pleine pages poussant à l'épure... Pas question ici de reproduire ainsi les puzzles figuratifs qui ont fait sa renommée. Le trait est simple, un soupçon caricatural et surexpressif, mais la ligne claire cache une fois encore une réflexion sur le monde contemporain et la vacuité de notre existence. C'est que l'arrivée de Dieu au milieu des hommes ne se fait pas sans tonnerre ni fracas. Si ça présence dans un corps physique (dont on ne verra jamais le visage) soulève les questions métaphysiques et philosophiques attendues, elle crée un immense pataquès (vive les expressions désuètes) médiatique aboutissant autant à une masse ahurissante de produits dérivés, de bibliographies et même un docu-fiction retraçant l'événement dont le présent album s'accapare l'apparence.


En connaissance de cause

Toujours aussi prompt à construire ses fables autour de citations de grands philosophes et de sa propre prose soutenue, l'auteur s'amuse avec le divin, joue avec la rhétorique, et décrypte avec mordant la société moderne. Cette charge contre la médiatisation aveugle aboutit d'ailleurs au procès de Dieu, poursuivi par les déçus de la création, les aigris de la vie. Une séquence qui tourne avec jubilation autour de l'existence même du créateur, de sa nature et de sa légitimité. On aurait pu craindre une œuvre absconse, fermée ou cherchant le petit scandale gratuit. Il n'en est rien, Dieu en personne est une BD aussi intelligente que virtuose qui s'apparente à un jeu de l'esprit débridé. Croyant ou nous croyant, chacun y pioche ses propres vérités, mais reconnaît inévitablement sa propre espèce constamment insatisfaite, suspicieuse et irrémédiablement larguée.
Nathanaël Bouton-Drouard
Colonne de droite
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