L’ABOMINABLE CHARLES CHRISTOPHER T.1
The Abominable Charles Christopher - Canada - 2010
Image de « L’Abominable Charles Christopher T.1 »
Dessinateur : Karl Kerschl
Scenariste : Karl Kerschl
Nombre de pages : 134 pages
Distributeur : Editions Lounak
Date de sortie : 13 mai 2016
Bande dessinnée : note
Jaquette de « L’Abominable Charles Christopher T.1 »
portoflio
LE PITCH
Charles Christopher, yéti naïf, atterrit dans une mystérieuse forêt habité par des animaux plutôt loquaces. Parmi eux, un oiseau alcoolique, un lapin romantique et des mouffettes à l'éthique commerciale douteuse... A travers leur quotidien, Charles tente de comprendre la raison de sa présence et de son étrange connexion avec la forêt.
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la beauté cachée des laids

Bardé de prix (Joe Shuster Award et Eisner Award), gros succès sur le marché anglais et canadien, L'Abominable Charles Christopher entame enfin sa traduction française. Une BD hors format et hors des normes habituelles, qui nous fait découvrir une forêt bien habitée et surtout particulièrement bavarde.

Conçu au départ comme un webcomic sans prétention autre qu'offrir un espace de liberté à son auteur, cette série a rapidement pris ses aises, se faisant connaitre par un bouche-à-oreille élogieux et une reconnaissance assez généralisée de la profession. C'est de toute façon le genre d'œuvre qui ne peuvent naître que par ce biais, se construisant à la manière d'un strip anecdotique avec ses courtes histoires en une ou quelques pages, faisant apparaitre des personnages animaliers très caractérisés, parfois totalement délirants, et capable justement de donner corps à des gags absolument irrésistibles en seulement quatre cases simples et efficaces. Mais les différences avec ce genre finalement très balisé, sont quasiment immédiates. Et à commencer par l'angle graphique choisi, esquivant l'habituel trait cartoony, la simplicité du trait plus prompte à transmettre l'humour des situations, par un noir et blanc à l'encre, fouillé, creusé, où les habitants de la forêt ont beau palabrer en tout sens, il ne souffre jamais d'anthropomorphisme. Il n'est pas cavalier ici de parler d'un réalisme rigoureux, et ce même si ces derniers affichent parfois des expressions très humaines ou cohabitent tout simplement avec ce cher Charles Christopher, yéti maladroit, lui manifestement exfiltrés d'un dessin animé.

 

réflexions primales


Pour le coup les planches sont toujours superbes, riches et justes, et éclairent d'une manière totalement inattendue le travail de Karl Kerschl que l'on ne connaissait finalement que par le biais de ses travaux pour DC : Gotham Academy ou Teen Titans Year One. On ne parlera pas de fossé, mais véritablement d'aises visuelles qui servent de terreau au voyage initiatique de ce brave Big Foot, colosse peluche qui semble avoir la mission de sauver la nature de la cité polluée aperçue brièvement au fond d'une case, mais qui surtout découvre la richesse du monde animal, la vie, la mort... et l'humour. Si le contexte de L'Abominable Charles Christopher laisse déjà filtrer quelques éléments plus dramatiques (le but final, le passé de l'ours Vivol), le reste est une succession d'instantanés tout aussi tendres (le premier vol des oisillons), que franchement hilarants. Des putois qui s'incrustent pour faire de la pub intempestive à un jeune chiot qui pourrit tous les effets dramatiques en parlant de n'importe quoi, sans oublier la scène récurrente du piaf en séance de psy qui se pose des questions sur son couple... L'auteur met dans le mille à chaque fois. Un mélange constant des genres et des tonalités, voir même de la constitution de la mise en page qui surprend, attire, mais séduit inévitablement, car dans L'Abominable Charles Christopher tout est beau. Des petits désordres amoureux d'un lapin romantique à un lion majestueux échappé de Narnia, Kerschl déclare sa flamme à la nature et à la BD. Un petit effet qu'on n'avait pas ressentis depuis la découverte de Calvin et Hobbes par Bill Watterson. Si cet équilibre et ce regard rafraichissant tient encore la corde dans les volumes suivants, on aura là un vrai petit chef-d'œuvre.

Nathanaël Bouton-Drouard






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