SAMBRE VII : FLEUR DE PAVé
France - 2016
Image de « Sambre VII : Fleur de pavé »
Dessinateur : Yslaire
Scenariste : Yslaire
Nombre de pages : 72 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 28 septembre 2016
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Sambre VII : Fleur de pavé »
portoflio
LE PITCH
Juin 1857. Bernard-Marie Sambre est élevé par sa tante à la Bastide. Judith, elle, grandit dans un orphelinat à Paris. Enfermé, il subit l’éducation stricte de sa tante et le poids du legs familial. Elle fréquente gamins des rues, voyous et gavroches. Après le drame qui a frappé leurs parents, les jumeaux grandissent chacun de leur côté. Mais ils seront rattrapés par le destin : eux aussi seront atteints par la malédiction de leur famille. Après la folie de Bernard pour Julie, il...
Partagez sur :
les enfants du paradis

Voici trente ans, Yslaire, alors accompagné de Balac, imaginait les premières planches de Sambre, une fresque romantique et affligée, devenue rapidement un classique de la BD franco-belge. Aujourd'hui, avec Fleur de pavé ce dernier entame le dernier élan de cette tragédie intergénérationnelle, et force est de constater que si l'écriture est toujours aussi cruelle, la plume elle, n'a que rarement été aussi délicate.

Un ultime cycle donc (les deux derniers tomes sont annoncés pour 2017 et 2018), pour une série qui aura pris des années à se construire, à murir, avec l'attente difficilement supportable entre chaque volume du roman principal et les parallèles généalogiques des titres de La Guerre des Sambre (aux dessins effectués par d'autres artistes). Mais le cœur de Sambre reste inévitablement le même, celui d'une malédiction absurde, d'une crainte de créatures aux yeux rouges qui porteraient en elles la fin de la lignée, qui transforme une simple histoire d'amour, celle de Bernard et Julie, en drame déchirant, éloquent et furieusement charnel. Peut-on finalement échapper aux mensonges et secrets de ses ancêtres ? A l'instar d'Yslaire qui a lui-même découvert des années après qu'une maladie génétique touchant les yeux était passée sous silence au sein de sa famille (incroyable !), c'est aujourd'hui aux enfants de Bernard et Julie d'en subir les conséquences, l'un éduqué dans le déni de ses parents et la paranoïa de sa tante, l'autre perdue dans les rues de Paris.

 

les yeux du crime


Avec ses textes à la poésie évidente, son évocation des petits voleurs du pavé et son regard franc sur le misérabilisme du Second Empire, l'auteur évoque autant Victor Hugo que Charles Dickens, y ajoute un sentimentalisme lyrique à la Baudelaire, entrainant plus particulièrement la mignonette Judith dans l'impasse du déterminisme social. Elle que tout le monde prophétise devenir une prostitué comme sa mère, que chacun transforme en objet, sexuel ou en poupée de parade, finit forcément par s'y enfoncer... Comme les albums précédents Fleur de pavé est un volume délicat certes, mais surtout pathétique (mais jamais larmoyant) qui transporte le lecteur directement dans cette époque donnée, où l'on s'attendrait presque d'ailleurs à croiser les héros du chef d'œuvre de Marcel Carné. Et si l'artiste s'est souvent placé à la pointe des techniques de dessin moderne ou de l'utilisation de nouveaux supports (voir les différentes versions de XXe ciel.com), il garde ici une approche naturelle, laissant souvent sur ses planches filtrer quelques traces de ses premières ébauches, jouant sur des peintures ocres doucereuses débordant parfois d'un cadre à l'autre, et de quelques éléments rouge vif (les yeux, la robe de Judith) pour composer de superbes tableaux. Surtout, le style même de ses dessins se laisse volontairement glisser vers un soupçon de caricature, de formes plus excessives, illustration plus que convaincantes de ce milieu de XIXeme siècle vu par les yeux d'une petite gavroche, le nez dans le ruisseau.

Nathanaël Bouton-Drouard


Partagez sur :

 

Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2022