ZENITH VOL.1
Zenith Phase I & II - Royaume-Uni - 1987/1988
Image de « Zenith Vol.1 »
Dessinateur : Steve Yeowell
Scenariste : Grant Morrison
Nombre de pages : 232 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 16 septembre 2016
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Zenith Vol.1 »
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LE PITCH
Zenith est le fils de deux super-héros contestataires des années 1960. Égoïste et immature, il préfère utiliser ses pouvoirs pour sa propre célébrité que pour combattre le crime. Mais le retour d'un surhomme nazi, Masterman, va le forcer à affronter son héritage et battre le rappel auprès des anciens coéquipiers de ses parents.
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Aujourd'hui considéré par ses adorateurs comme l'une des dernières rock-star des comics, Grant Morrison a bien entendu commencé petit au sein de l'industrie anglaise. Quelques Doctor Who, le strip Spider-man et quelques titres locaux (Zoids), il va finalement prendre son envol avec Zenith, première création personnelle et véritable anthologie de ses succès à venir.

Devenu rapidement incontournable pour nombre de lecteurs français, Grant Morrison n'est finalement connu dans nos frontières que pour ses blockbusters, de New X-Men à Superman, en passant forcément par son pharamineux run sur Batman. Impressionnant, complexe et avant-gardiste soit, mais ses essais les plus atypiques et révolutionnaires restent aujourd'hui encore dans l'ombre. Car comment véritablement comprendre l'œuvre du bonhomme soit avoir lu Les Invisibles (seuls les débuts ont été traduits), Doom Patrol, Animal Man.... Et Zenith. Une véritable curiosité que ce dernier, devenu culte en Angleterre où il fut publié dans la mythique revue 2000AD, aux cotés d'un certain Judge Dredd. Profitant du succès de sa reprise de Zoids, Morrison obtient enfin l'occasion de créer son propre titre et se confronte pour la première fois directement aux mythes des super-héros. Véritable fans et grand connaisseur du genre, le scénariste a manifestement beaucoup apprécié le Miracleman d'Alan Moore, et décortique une réalité dans laquelle ces anciennes icones, ont totalement disparues, ou presque, laissant toute place à Zenith, fils de deux anciennes légendes, qui préfère profiter de sa notoriété pour sortir des disques et partir en soirée.

 

un nouvel espoir


Agaçant et tête à claque, voici le super-héros de la Génération X, foulant du pied le passé, fermant les yeux sur l'état lamentable de l'Angleterre en pleine ère Thatcher, mais définitivement optimiste et lumineux. C'est là la grande différence avec les post-modernistes et dépressifs The Watchmen ou The Dark Knight Returns qui s'apprête à transformer définitivement le visage du genre. On reconnait l'amoureux de l'âge d'or des super-héros, qu'il tente de raviver avec une petite ironie toute adolescente, tout en amorçant ses constructions scénaristiques complexes, basées sur les faux semblants, les détails faussement inutiles et les révélations abyssales. Des créatures cosmiques lovecraftiennes qui s'apprêtent à anéantir les réalités aux univers parallèles en passant sur les encapés à l'héritage peu glamour, le ton et la méthode de Grant Morrison sont déjà bel et bien présents, mais encore avec une petite fébrilité juvénile, qui entraine quelques flottements ou courtes errances dans un titre qui reste tout de même incroyablement ambitieux et généreusement punk. Série contemporaine du Hellblazer de Vertigo (dont Morrison signera seulement 2 épisodes en 90), héritier direct du surhomme proactif neo-dieux Miracleman, Zenith est une progéniture de son époque trouble, en perte de repère mystique, en pleine révélation écologiste, comme en attestent d'ailleurs les planches tranchées de Steve Yeowell. Une référence encore une fois aux UK, pilier de 2000AD, dont on a pu surtout apprécier la maturité sur Les Invisibles. Ici son noir et blanc pur et contrasté (on trouve deux très belles pages couleurs tout de même), fonctionne à merveille pour contester le manichéisme des comics, mais son trait et son découpage manquent parfois encore d'assurance. Donc non Zenith n'est pas un chef d'œuvre, mais il s'en dégage immédiatement une force brute, une pulsion créative et une vivacité d'expérimentation qui fascine déjà. Un très grand est en train de naitre et ça vaut le détour.

Trop longtemps resté inédit en France, la série Zenith nous parvient enfin grâce à Urban Comics qui signe une fois encore une très belle édition, regroupant d'ailleurs dans ce premier tome les deux volumes des anthologies US et anglaises, avec un tarif largement plus abordable. Recherches graphiques et pages originales en couleurs sont au programme.

Nathanaël Bouton-Drouard






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