LE COUVENT DES DAMNéES T.1
Hengoku no Schwester Vol.1 - Japon - 2015
Image de « Le Couvent des damnées T.1 »
Dessinateur : Minoru Takeyoshi
Scenariste : Minoru Takeyoshi
Nombre de pages : 224 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 4 janvier 2017
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Le Couvent des damnées T.1 »
portoflio
LE PITCH
Au XVIe siècle, dans le Saint-Empire romain, l’inquisition condamnait de nombreux innocents au bûcher. Privée de sa famille, Ella se retrouve envoyée dans un couvent qui rééduque “les filles de sorcières”. Tortures et miracles viendront-ils à bout de la flamme de vengeance qui brûle en elle ?
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La vierge de fer

C'est une véritable trouvaille que propose désormais Glénat à la traduction. Une série aux propos inédits, à la rage communicative et qui plonge le lecteur dans l'obscurantisme le plus nauséabond. Le récit d'une revanche, d'une jeune femme hors norme, déjà adoubé par les auteurs de Fullmetal Alchemist et Vinland Saga.

Deux auteurs qui d'ailleurs, à leur manière, jetaient déjà un regard évident sur les terres européennes, leurs cultures et leur histoire, entre barbarie, morale religieuse et asservissement. Et clairement Le Couvent des damnées s'y confronte plus frontalement encore, contant à la manière des grands romans fleuves, le destin atrocement tragique de Ella, gamine abandonnée, recueillies, à laquelle tout sera arraché sous prétexte de sorcellerie, avant de l'envoyer croupir dans un inquiétant couvent. Une forme d'implacabilité, qui prend rapidement aux tripes tant l'héroïne est aussi attachante, touchante, qu'effrayante dans ses crises de colère, dans les flammes qui semblent jaillir de son regard. Dans le contexte d'un XVIe siècle où les femmes faisaient mieux de se taire, de cacher leur intelligence, espérant passer sous les radars de l'inquisition, la hargne d'Ella est forcément dévastatrice.

 

chacun sa croix


Beaucoup de la réussite de ce premier volume repose inévitablement sur la jeune fille, préparant froidement son retour, prenant son mal en patience, visant les têtes à faire tomber, alors que le jeune mangaka Minoru Takeyoshi (c'est tout simplement sa première série), installe lentement une ambiance oppressante, glauque, malsaine et violente. Son style graphique proprement dît manque encore de personnalité, de précision, mais son travail sur la mise en scène est déjà remarquable. L'illustrateur combine en effet un réalisme historique légèrement romancé avec des cadrages, des angles de vue maniérés et excessifs, rappelant par là-même quelques atours du shojo, mais constamment pervertis. Et Le Couvent des damnés n'y va pas par quatre chemins, montrant les tortures, sévices et humiliations infligées aux filles envoyées entre ces murs, à laquelle répondent l'abnégation et le courage d'Ella et certaines de ses camarades... Et elles ne sont manifestement pas au bout de leurs peines, devant qui plus est résister à un lavage de cerveau généralisé. Là est l'intelligence de Minoru Takeyoshi qui bien entendu décrit avec une certaine fidélité son contexte, teinté du Marquis de Sade pour les excès et d'Angélique Marquise des anges pour le romanesque,afin de fleureter régulièrement avec l'allégorie. Le Couvent des damnés n'est pas juste un petit manga terrible, mais bien une réflexion sur les mécanismes de contrôle du peuple par les puissants, de la place de la femme à travers l'histoire et des dégâts provoqués par les églises absolutistes. Surprenant et accrocheur donc, ce premier volume plonge immédiatement le lecteur dans le bain et l'eau est loin d'être tiède.

Nathanaël Bouton-Drouard


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