CHèRE CRéATURE
Dear Creature - Etats-Unis - 2011
Image de « Chère créature »
Dessinateur : Jonathan Case
Scenariste : Jonathan Case
Nombre de pages : 208 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 14 février 2018
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Chère créature »
portoflio
LE PITCH
La vie de Grue, étrange humanoïde des profondeurs de l’océan, bascule lorsqu’il découvre des œuvres de Shakespeare enroulées dans une bouteille de coca... Venu à la surface pour tenter de se faire des amis, Grue est rejeté et se met alors en tête de retrouver la personne qui a jeté les pièces dans la mer. Ce qu'il trouve, c'est l'amour dans les bras de la belle Giulietta... Mais avec son passé trouble et sordide, Grue doit décider s’il est prêt à renoncer à sa véritable na...
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fin de croisière en solitaire

Première œuvre et premier succès pour Jonathan Case, futur auteur de The New Deal, avec le très personnel et romantique Chère créature publié en 2011. Séance de rattrapage attendu pour les lecteurs français, et qui tombe à pic, se retrouvant en parallèle d'un certain La Forme de l'eau. Hasard ou coïncidence ?

Sans doute pas de la part de Glénat qui a bien joué son coup, offrant dès la couverture suggestive de l'album une parenté visible et évidente avec le dernier opus de Guillermo Del Toro, lui-même marqué par une source identique : L'Etrange créature de lac noir. Une romance à contre-courant entre la belle Julie Adams et un monstre aquatique échappé de l'évolution, qui nourrie constamment l'essai plus déluré de Jonathan Case (Le Tueur de la Green River, The Creep). Ce n'est d'ailleurs pas là sa seule influence, lui qui a semble-t-il voyagé longtemps sur le navire de ses parents, ne découvrant le monde que par le biais de la fiction. Ici tout y passe, des romans de gare au cinéma d'horreur classique (Universal donc) en passant par les effluves de la comédie italienne (Fellini), le muet (Keaton) et un amour immodéré pour le bis et les craignos monsters. Une œuvre somme où l'on sent constamment un jeune artiste exploitant la moindre fibre de ses passions, et les déversant avec une énergie intarissable, une frénésie créatrice impressionnante, une certaine forme d'urgence.

 

Ils vont être beaux les gosses !


Difficile de souffler parfois dans l'enchainement de péripéties, la profusion de clin d'œil et les nombreuses bifurcations, mais malgré ces petites errances, Chères créature est inévitablement attachant dans l'amour que l'on sent constamment poindre pour chaque personnages, aussi barrés soit-il. Avec une palme forcément pour Grue, ce curieux mutant naïf et fanatique de l'œuvre de Shakespeare qui découvre l'amour après avoir massacré quelques couples adolescents aux pulsions tout aussi irrépressibles. Sa dulcinée ? Une italienne enfermée dans un fond de cale, plus allumée que lui et totalement paumée. Un amour au-delà de l'âge, des apparences.... Et des espèces ! Leur rencontre possède une vraie simplicité, alors que tout autour d'eux ne sont que connexions improbables, police bornée, scientifiques fous et crabes incroyablement bavards. Un petit monde atypique, fou-fou, pour une comédie subaquatique où l'on redécouvre la maitrise incroyable du noir et blanc de l'illustrateur, mêlant ses effets de narrations aux mouvements, aux atmosphères, aux variations de formes, avec un mélange de pleins et de déliés, d'aplats imposants ou de planches presque aveuglantes de luminosité. Un mariage réussi entre une ligne claire réaliste et subtilement définie, et des formes cartoons fluides et impétueuses. Un beau mélange, des genres et des styles, parfois à la limite de l'implosion, mais ça tient coûte que coûte jusqu'à la dernière page.

Nathanaël Bouton-Drouard




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