BATTLE ROYALE ULTIMATE EDITION VOL.1
Japon - 2000
Image de « Battle Royale Ultimate Edition Vol.1 »
Dessinateur : Masayuki Taguchi
Scenariste : Koushun Takami
Nombre de pages : 416 pages
Distributeur : Soleil
Date de sortie : 22 août 2018
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Battle Royale Ultimate Edition Vol.1 »
portoflio
LE PITCH
La république d’Extrême Orient, nation totalitaire d’Asie, expérimente un jeu de massacre appelé « le programme ». Des classes de 3e sont choisies arbitrairement pour y participer. Les élèves d’une même classe doivent s’entretuer jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un seul survivant. Telle en est la cruelle règle. Les 42 élèves de la classe de 3ème du collège Shiroiwa se retrouvent engagés dans ce véritable « jeu de la mort », sans même savoir pourquoi…
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Génération sacrifiée

Certainement moins connu en France que l'adaptation cinématographique culte de Kenji Fukasaku, le manga de Battle Royale est tout aussi célèbre que ce dernier au japon. Une relecture en 15 volumes du roman de Koushun Takami, servi par son créateur en personne, et qui revient aujourd'hui dans une nouvelle édition « Ultimate ».

Un nouveau succès du manga qui rejoint les récentes Perfect et Ultimate édition proposées par Delcourt ou autres, avec une fois encore des volumes beaucoup plus imposants réunissant deux tomes en un. Pas de bonus inédits, si ce n'est que l'éditeur en a profité au passage pour revoir ses scans d'origines et refaire le lettrage des planches. Les possesseurs de l'ancienne édition n'auront pas franchement de grandes raisons de remettre le couvert, mais comme celle-ci date tout de même d'il y a quinze ans, l'opportunité est ici surtout à l'attention des nouveaux lecteurs. Une nouvelle génération donc, qui étrangement n'a pas pu se gargariser d'une sortie en Bluray du long métrage et peine sans doute à trouver une copie du roman (sorti finalement en 2006 chez Calmann-Lévy), alors que finalement toute la littérature distopique pour ado à littéralement explosé depuis.... Sans se priver de piocher directement dans le Battle Royale de Koushun Takami de nombreux concept quitte parfois à lui ressembler étrangement, comme c'est le cas pour un certain Hunger Games.

Concocté par le romancier en personne qui en profite pour explorer généreusement plus avant ses personnages, étoffer leur passés et évoquer même dans des chapitres dédiés leur passé, le manga Battle Royale n'a donc absolument pas perdu de sa contemporanéité bien au contraire. Dans cette dictature impérialiste japonaise qui s'imagine faire la nique à l'Empire Américain, Koushun Takami confronte surtout une classe de 3ème à l'une des lois les plus aberrantes de leurs gouvernants, les obligeant à s'entretuer pour célébrer la grandeur japonaise et son esprit combatif. Le fameux Battle Royale donc, exorcisme d'une culture de l'interdit et du refoulé, qui donne lieu, forcément, à toutes les effusions barbares dont l'être humain est capable....

 

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Et la version BD en ajoute même de sacrées couches du coté des meurtres sadiques et des perversions sexuelles. Spectacle barbare au mauvais goût parfaitement assumé, Battle Royale est une lecture déviante, mais dont les échappées totalement gratuites n'ont d'égales que dans la volonté de l'auteur de remuer son lectorat aussi jeune que ses personnages, en espérant les faire sortir de leur léthargie, de leur individualisme pour remettre en question l'ordre établi. « Indignez-vous » comme dirait l'autre ! Un message d'espoir et de fraternité porté sur les frêles épaules de Shûya (héros au grand cœur), Noriko (petite miss fragile) et Shôgo (tête dur au passé mystérieux) qui vont tenter de renverser le jeu et abattre le représentant du gouvernement : le monstrueux Kamon, incarné par Takeshi Kitano à l'écran. On n'échappera pas aux effusions sentimentales propres au shonen fougueux, aux déclarations d'amitiés sans limites, mais ces états d'âmes exacerbés sont comme une manière de contrecarrer la perversion alentour.

Une situation particulièrement sordide que Masayuki Taguchi est très loin d'atténuer dans ses illustrations, entre viol traumatisant de la gentille maitresse d'école dès l'ouverture du volume, cranes explosées, membres arrachés et perforations abdominales (franchement la liste est loooongue), finissant de rendre la mention « Pour un public averti » indispensable. Assez doué d'ailleurs le bougre, il plonge l'ensemble dans une atmosphère des plus sombres, inquiétantes et désespérées, se montre on ne peut plus habile pour chorégraphier les éliminations pas toujours expéditives, et séduit par son trait plus fouillé, rond et dynamique que le commun des mangas. Pas toujours très subtiles dans sa mise en scène des instants dramatiques avec une nette propension au hard boiled frontal, Taguchi a surtout la particularité étrange de dessiner tout ces (pré)adolescents même pas entrés au lycée comme des jeunes de 18 ans voir plus pour les courbes de la veuve noire Mitsuko. Un mélange de naïveté et d'amoralité, de réflexions mures et de délires Grand Guignol, toujours aussi efficace, toujours aussi perturbant.

Nathanaël Bouton-Drouard






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