ISOLA T.1
Isola #1-5 + Prologue - Etats-Unis - 2018
Image de « Isola T.1 »
Dessinateur : Karl Kerschl
Scenariste : Brenden Fletcher
Nombre de pages : 168 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 22 février 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Isola T.1 »
portoflio
LE PITCH
Rook, le capitaine de la garde royale, a fui la capitale avec la reine Olwyn, en proie à un étrange maléfice. Pour lui permettre de reprendre sa place sur le trône et ainsi sauver le royaume de Marr d'une guerre imminente, il leur faudra atteindre une île mystérieuse à l'autre bout du monde, un lieu dont parle les légendes sous le nom d'Isola, la terre des morts.
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les félines

Même aux USA la série est encore jeune, et pourtant il semble évident qu'Isola, signé par Brenden Fletcher et Karl Kerschl, risque de rapidement devenir le titre indies incontournable. Elégance et puissance des illustrations, fermeté et épure du récit, l'album transforme le récit épique en voyage intérieur. Un vrai coup de cœur.

Brenden Fletcher et Karl Kerschl. On les a observé faire chacun de leur coté leur place dans le petit milieu de la BD américaine, en particulier chez DC Comics, mais le duo à l'origine du one shot Assassin's Creed: Brahman ou du teenage Gotham Academy avait depuis longtemps un projet sous le coude. Un concept née de quelques visions animistes, très proches finalement de la fable primée de Kerschl, L'Abominable Charles Christopher, qui après plusieurs étapes de maturation a finalement trouvé sa place au sein d'Image Comics. Un éditeur qui célèbre une nouvelle fois une série originale et unique, qui refuse largement la moindre facilité. Spécifiquement en offrant dès les premières pages une rencontre totalement silencieuse. Un guerrier (enfin une guerrière comme on le devinera ensuite) traverse un monde noyé sous une pluie torrentielle et les nappes de brouillards, accompagné d'un tigre aux reflets bleus et au port royal. Toute l'histoire d'Isola tient dans cette ligne, et finalement le scénariste ne va par la suite que digresser autour de cette variation du mythe d'Orphée et Eurydice. L'une tentant d'atteindre Isola pour redonner à sa reine son apparence humaine, la seconde de comprendre sa nouvelle nature et de sauver la femme qu'elle aime.

 

un doux ronronnement


Une romance délicate, contée sans effusion ni excès, qui éprouve une narration mure, épurée, où la force de l'univers de cette nouvelle série n'apparait que progressivement, par le biais de flashbacks ou de rencontres diverses, sans jamais ralentir le rythme ou s'empêtrer dans des blocs explicatifs. Les auteurs parlent ouvertement de l'influence qu'à eu sur eux le cinéma d'Hayao Miyasaki, on pensera presque tout autant à la narration économique de certains jeux vidéos japonais (les premiers Zelda, Shadow of Colossus) et plus généralement à un regard très orientaliste sur les liens entre le monde humain et celui de la nature. La maitrise de Kerschl en la matière n'est plus à prouver, mais son travail pur, fluide, détaillé mais comme toujours prêt à être animé, se dote d'une aura supplémentaire par son inclusion dans un monde de Fantasy entre le conte effrayant et le récit épique, mythologique. Les apparitions d'un renard au regard scrutateur, une jeune fille aux pattes de loups, des humains métamorphes qui tentent de survivre face aux empires civilisés, les ombres de Nausicaa et Princesse Mononoké planent constamment sur la quête de Rook et Olwyn, amante dont le destin semble déjà être le jouet de dieux invisibles. La sensation d'un combat désespéré, tel David et Goliath, qui frappe particulièrement dans cette double page imposante montrant le cadavre d'un oiseau-dieu, la chair étalée devenant le festin de toutes les créatures des alentours. Une planche sublime et morbide. Mort, vie, amour, survie, poésie, réel et au-delà, dès son premier album Isola s'offre une voie royale.

Nathanaël Bouton-Drouard






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