EXTREMITY
Extremity #1-12 - Etats-Unis - 2017/2018
Image de « Extremity »
Dessinateur : Daniel Warren Johnson
Scenariste : Daniel Warren Johnson
Nombre de pages : 304 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 6 mars 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Extremity »
portoflio
LE PITCH
Thea est une rêveuse. Elle ne rêve pas d’une vie meilleure, mais de vengeance contre le clan qui a décimé sa famille. Mais ce sont des combats sauvages et sanguinaires impliquant des hommes, des machines de guerre et des monstres qui l’attendent au bout de ce chemin.Cette bataille va opposer les Paznina, les Roto et Thea va vite comprendre que dans une guerre, il n’y a jamais de vainqueur…
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Les derniers royaumes

Il n'aura pas fallu bien longtemps au jeune Daniel Warren Johnson pour se faire un nom dans le paysage de la BD américaine. Un webcomic qui fait grand bruit, Space-Mullet ! (en France chez Akileos), quelques apparitions épisodiques chez les éditeurs majeurs et Extremity, un premier creator own cajolé par les bras accueillants du label Skybound d'Images Comics, et c'est une première nomination aux Eisner Award et toute la profession qui se bouscule. Il a ainsi déjà entamé son nouveau titre Murder Falcon et se contente (?) d'illustrer le The Ghost Fleet de Donny Cates.

Si déjà l'auteur avait démontré sa faculté à imposer un univers vivant en quelques pages seulement dans son titre internet, il passe clairement à un niveau supérieur avec le présent Extemity, récit complet en douze chapitres que les lecteurs français découvrent d'emblé en un seul volume intégral. Le format parfait pour plonger dans ce monde étonnant où suite à un cataclysme oublié les terres restantes flottent dans l'atmosphère et sont devenu le fief de royaumes plus ou moins belliqueux... enfin surtout belliqueux. Si dans le détail Johnson n'est pas forcément le dessinateur le plus pointu de sa génération, ni le plus constant, il est par contre l'un des plus explosifs, reprenant le flambeau d'artistes comme Gene Darrow ou Jose Ryp mais avec une rondeur fluide à la Moebius. Vaste programme, qui offre à Extremity une patine très européenne, que le dessinateur marierait avec l'action musclée du comics et le sens du découpage aéré et rythmé du manga.

 

d'un bout à l'autre


Johnson a de belles références et le fait savoir, livrant de nombreux hommages et emprunts tout au long de la lecture (Miyazaki, Akira, Mad Max...) sans jamais se faire envahir. Son plus grand talent est de réussir à réunir toute cette matière dans une trame qui ne fait que révéler les paysages affleurant d'une planète entière. Le lecteur ne saura jamais vraiment ce qui s'est passé, ni pourquoi étaient faites ces armes dévastatrices, mais cela n'est pas bien grave tant il est immédiatement happé par la tragédie qui se déroule devant ses yeux. Extremity est ainsi l'histoire d'une terrible vengeance. Celle d'un père qui a vu sa femme assassinée et sa fille amputée de sa main, et qui entraine tout son peuple dans une vague destructrice sans précédent. Les planches sont violentes, sanglantes, souvent gores, constamment baignées dans une barbarie post-apocalyptique digne d'une péloche italienne, mais l'album revient toujours au cœur du drame humain, ou en tout cas de cette terrible perte d'humanité, qui condamne ses victimes dans un cycle de mort interminable. Au milieu de tout cela, ce sont bien entendu les enfants qui trinquent, et ici en particulier Thea, autrefois artiste douée et délicate dans un monde en guerre, qui se fait peu à peu envahir par les même ténèbres que son père. A la haine, la série ne répond pas naïvement par la puissance de l'amour inconditionnel, mais par celui bien plus réaliste de la culture et de l'art, de la musique, de la peinture et de la littérature. Un message intemporel et amené avec beaucoup de justesses.


Extremity est une œuvre foisonnante, aux nombreux personnages, aux nombreux mystères, aux scènes de batailles épiques parfois même à la limite du space opera, dont on peine à se détacher de la douleur des personnages. Un petit quelque chose de la condition humaine, l'excitante liberté de la série B en plus.

Nathanaël Bouton-Drouard


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