MES HéROS ONT TOUJOURS éTé DES JUNKIES
My Heroes have always been junkies – A Criminal Novella - Etats-Unis - 2018
Image de « Mes Héros ont toujours été des junkies »
Dessinateur : Sean Phillips
Scenariste : Ed Brubaker
Nombre de pages : 80 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 6 mars 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Mes Héros ont toujours été des junkies »
portoflio
LE PITCH
La jeune Ellie s’est toujours représenté les camés comme des romantiques. Pour elle, depuis que sa mère est morte d’une overdose il y a dix ans, âmes égarées et destins brisés sont autant de raisons qui poussent vers les seringues et les paradis artificiels, Mais rien n’est comme elle l’imaginait et quand elle atterrit en désintox, elle débute une drôle d’histoire d’amour où drogue rime avec meurtre.
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smooth criminal

Série phare du duo Ed Brubaker / Sean Phillips, Criminal résonne comme l'une des meilleures relectures modernes du polar noir, ancrée dans un monde réaliste, cruel et violent. Achevée en 2016 (officiellement) après trois minis séries en rab, la série revient avec un nouveau fixe, que les auteurs identifient comme une « nouvelle » inédite se déroulant dans le même univers.

Et le rapprochement n'est pas évident de prime abord. Si bien entendu la patte racée, anguleuse et brossée de Sean Phillips est reconnaissable, il traite ses planches avec beaucoup plus de légèreté que le reste de la série principale. L'encrage est plus fin, les décors plus aérés et surtout les couleurs proposées par Jacob Phillips (fils de) s'éloigne drastiquement de l'ambiance film noir, des ombres effrayantes et de la crasse commune. Par petites touches de peintures avec des reflets pastels, il illumine le récit reflétant à la fois ses élans romantiques (on pense bêtement à une BD « pour filles ») et cet enchantement trompeur des substances toxiques. Car ces drogues et leurs effets, leurs mythologie et l'inspiration qu'elles donnèrent aux plus grands artistes, c'est la marotte d'Ellie, jeune fille enfermée en centre de désintox qui passe son temps à citer Bowie, Sartre ou Van Gogh, s'extasiant justement sur ces junkies célèbres comme un reflet de son adoration pour des parents toxicos parties trop tôt. Et bien entendu Skip est lui aussi un junkie et Ellie tombe sous le charme. Où fait-elle tout pour que lui tombe sous le charme ?

 

love is a drug


Comme souvent avec Brubaker les apparences sont trompeuses et la figure de la femme fatale ne cesse de se troubler, portée par la voix intérieure d'une héroïne mélancolique ne cessant de se mettre elle-même en garde envers cette parenthèse enchantée à la Bonnie & Clyde. « S'ils ne faisaient que braquer des pharmacies » comme elle le précise. Un drame amoureux, un portrait d'un personnage qu'il nous semble connaitre, et toujours ce sens imposant du réel, d'un réalisme humain qui fait presque office de signature à l'équipe Brubaker / Phillips dont on ne compte plus les collaborations depuis plus de dix ans... Des collaborations qui se font toujours rattrapées par les codes du polar, comme c'est bien entendu le cas ici. On l'avait presque oublié en court de route mais Mes héros ont toujours été des junkies est bel et bien un instantané capturé dans le paysage sulfureux de Criminal et le monde de la pègre fini forcément par rabattre ses cartes, les motivations d'Ellie et son lien avec un personnage bien connu des lecteurs de la série. Un essai un peu à part en effet dans la collection Criminal, pas incontournable, mais une chronique brillamment écrite, impeccablement illustrée, sensiblement éclairée, qui a en plus le mérite d'être appréciée même par les nouveaux venus.

Nathanaël Bouton-Drouard


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