E.V.A. CHRONIQUES DE L’INFRAMONDE
E.V.A. - Italie - 2006
Image de « E.V.A. Chroniques de l’inframonde »
Dessinateur : Marco Turini
Scenariste : Marco Turini
Nombre de pages : 80 pages
Distributeur : Graph Zeppelin
Date de sortie : 16 avril 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « E.V.A. Chroniques de l’inframonde »
portoflio
LE PITCH
La surface de la Terre est devenue inhabitable et les humains ont dû trouver refuge dans les entrailles de la planète. A Janis, capitale du quatrième et dernier niveau souterrain, la survie implique de réparer les corps avec des composants électroniques. C'est là que vit E.V.A. et elle projette de transgresser la loi pour franchir les niveaux qui la séparent du soleil. Au terme de cette aventure périlleuse l'attend une insoutenable vérité...
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la première sera la dernière

Présenté comme un classique de la SF hard boiled oublié, EVA Chroniques de l'inframonde pourrait faire illusion, en particulier du coté des lecteurs ayant été bercés par la grande époque révolue de la BD d'anticipation française. Mais l'illusion n'a qu'un temps.

Aujourd'hui artiste récurrent des comics mainstream de Squadron Suprem à Robotech en passant par Lady Death, l'italien Marco Turini a lentement et laborieusement gravi les échelons dans l'industrie de la BD transalpine puis mondiale. Il s'affiche du coté d'un Assassin's Creed ou d'un Deus Ex sur le marché européen, d'un V Wars chez les américains, mais il a débuté sa carrière avec des publications moins recommandables que les connaisseurs connaissent parfaitement comme Ménage à trois, Dildo ou la mythique revue Selen. Son approche très réaliste héritée de Manara, ses formes très maitrisées et le soin général apporté à l'anatomie humaine (y a pas que les femmes dans la vie) lui offrent forcément quelques succès et une certaine reconnaissance. Mais son ambition était autre, et rapidement il va tenter d'imposer une patte plus personnelle et beaucoup moins hardcore. BD de l'émancipation et démonstration d'un intérêt très marqué vers une science-fiction nostalgique, les trois tomes d'E.V.A. sont publiés dès 2006 dans son pays d'origine, mais ressemblent énormément à une création plus française des années 80. Un titre qui aurait largement eu sa place dans notre revue hexagonale Métal Hurlant autant par sa vision dystopique, que par sa liberté narrative ou que par sa colorisation surprenante en aquarelle. Amusant de voir qu'E.V.A. ne refera surface que dix ans plus tard dans le magazine américain.... Heavy Metal !

 

enseveli


Logique Monique comme dirait ma sœur. Cette description d'une civilisation entrée sous la surface de la terre, adepte forcée des modifications mécaniques, faisant cohabiter androïdes absurdes et terroristes sexys en petites culottes, résonnen clairement comme un flashback, un anachronisme. Mais au-delà de cette référence absolue et immensément sympathique, E.V.A. peine tout de même à aller au-delà. Totalement foutraque dans son écriture, balançant des personnages ultra-design (un mercenaire aux airs de démons, un squelette cybernétique) sans jamais les crédibiliser dans le récit, enchainement les séquences d'évasion sans que le danger semblent présent et s'embarquant dans des discussions politico-philosophiques aussi tristes que laborieuses, l'album s'avère rapidement assez creux et surtout franchement bâclé dans sa dernière foulée. Pas sûr que l'on puisse vraiment y comprendre quelque chose finalement, surtout que le décorum général de cette aventure post-apocalyptique pense pouvoir se contenter de quelques bâtiments vides, de quelques évocations rapides d'un organigramme formé en castes pour se donner de la substance. Reste les planches proprement dites, pas inintéressantes dans leur utilisation mouchetée d'un gris délavé, pas désagréables dans cette contraction d'esthétique punk et de rétro-SF franchement kitch, mais là encore les positions d'icones érotiques que prennent toutes ses héroïnes à chaque case, viennent contredire directement l'amorce de réflexion sur l'instrumentalisation de la femme symbolisée par une présidente fantoche jouant l'ingénue docile à chaque interview. Bon par contre, Graph Zeppelin oblige, l'édition est belle et offre quelques illustrations inédites (bien plus jolies que le reste d'ailleurs), c'est déjà ça.

Nathanaël Bouton-Drouard


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