MARSHAL LAW
Marshal Law #1-6, Marshal Law: Fear and Lothing, Marshal Law Takes Manhattan, Marshal Law: Kingdom of the Blind, Marshal Law: The Hateful Dead, Marsha - Etats-Unis - 1987/1994
Image de « Marshal Law »
Dessinateur : Kevin O'Neill
Scenariste : Pat Mills
Nombre de pages : 496 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 26 avril 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Marshal Law »
portoflio
LE PITCH
San Francisco a été ravagée par un tremblement de terre et de ses cendres est née une nouvelle ville, San Futuro. En ce lieu de perdition et de violence, se déploie toute la bestialité d'une humanité génétiquement modifiée, tandis que des humanoïdes surpuissants deviennent des symboles d'héroïsme. Les combats de rue entre les vétérans déchus sont à présent une norme que le gouvernement doit endiguer, aussi font-ils appel à une figure d'autorité. Son nom : Marshal Law. Sa miss...
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Je hais les super-héros !

Rejeton du Dark Age des comics, carrément éclipsé chez les lecteurs et les éditeurs français par le monument The Watchmen, Marshal Law, dont seule la première minisérie connue il y a bien longtemps une traduction française (c'était chez Zenda) méritait largement la transcription localisée de cet Omnibus gonflé à block. Avec son anti-super-héros au look SM et son défilé d'enfoirés en lycra, ce comic punk jusqu'au bout du barbelé a tout de la perle oubliée, et odorante.

Si on cite assez naturellement les noms d'Alan Moore, Dave Gibbons, Neil Gaiman, Grant Morrison, Warren Ellis ou Garth Ennis comme les fers de lance de l'invasion brits sur les comics si américains, on oublie souvent que le scénariste Pat Mils et l'illustrateur Kevin O'Neill faisaient partie du premier navire de croisière. Deux références de la BD anglaise ayant fait leurs premières armes sur des publications aussi cultes que 2000 A.D., ABC Warriors ou Judge Dredd, et qui profitèrent nettement de l'engouement du marché pour le ton révolutionnaire et anti-establishment de The Watchmen publié par DC, pour proposer à la gamme adulte de Marvel, la regrettée Eclipse, le pitch tout aussi anglais de Marshal Law, autre vision distopique d'une Amérique réduite à un chaos sans nom, une société contrôlée par les médias, où la nouvelle capitale, San Francisco devenue San Futuro après le grand tremblement de terre, reste le symbole criard et caricatural de la nouvelle force de cet empire décadent : les supers-héros. Des personnages en costumes ringards, aux pouvoirs plus ou moins spectaculaires, mais profitant systématiquement de leur statut pour se remplir les poches, se vider les bourses et se livrer aux pires exactions. Oubliez The Boys, Marshal Law, la poésie, ce n'est vraiment pas son truc. Pat Mils n'a jamais vraiment été connu pour ses séries subtiles et délicates (il est tout de même le créateur de Slaine et Requiem....) et ici sa parodie furieuse de l'univers de ces personnages bariolés prend toutes les allures d'un jeu de massacre no limit, violent, cul et vachard, comme dans une comédie musicale composée par les Sex Pistols.

 

bienvenue à l'âge de plomb


Meurtres et viols en pleines rues et dans le désintérêt général, publicités ventant les améliorations génétiques et mécaniques les plus délirantes, sur-sexualisation et esclavage de la moindre créature féminine, drogues à tous les étages (on pense souvent à L'Incal d'ailleurs) et bien entendu ces symboles iconiques, personnifications du rêve américain, qui se vautrent dans cette fange en sodomisant les jeunes acolytes, en piétinant les innocents et en célébrant la beauté de Big Brother. On reconnait là un Superman fasciste, un Batman fétichiste, une Justice League vendue comme la dernière sitcom à la mode, une écurie Marvel enfermée dans un asile de dégénérés une invasion de vieille légendes transformée en zombies, des pseudo-mutants dépassant de loin les idéaux de Magneto, un remake scabreux d'Aliens.... Et seul le vétéran expéditif, Marshal Law, faisant passer le Clint Eastwood de Dirty Harry pour un enfant de cœur, peut s'ériger en rempart face à l'effondrement total.

Une jubilation de la décadence et du chaos, un trésor de clin d'œil et détails hilarants extraordinairement dépeint par Kevin O'Neill (La League des Gentlemen Extraordinaires) livrant des planches extrêmes fouillées, fourmillantes de détails, de gags impromptus, de tags, d'inscriptions en tous genres et tirant de minisérie en minisérie vers un style de plus en plus anguleux, de plus en plus grotesque voir burlesque. Jamais très loin des non-sens absolus d'un Tank Girl, Marshal Law, dont la quintessence des douces aventures est réunie ici (manque deux nouvelles illustrées et trois crossovers bloqués pour des raisons de droits), n'est pas qu'une lecture destroy aux dialogues parfois dignes d'un Audiard, où l'on passe le temps à se taper sur la cuisse entre deux goulées de bière, mais aussi une exacerbation brillante des pires travers de la société US, alors sous le régime ultralibéral de Ronald Reagan : patriotisme aveugle, course à la réussite, valeurs guerrières, misogynie, manipulation des politiques étrangères, culture de la torture.... N'en jetez plus !

Des thèmes politiques et solides, qui nourrissent une réflexion profonde et souvent visionnaire (oui Marshal Law est encore et toujours d'actualité) avec un dispositif simple comme bonjour : et si on confrontait la mythologie super-héroïque à la triste réalité ? A priori elle finit au fond du caniveau.

Nathanaël Bouton-Drouard




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