BATMAN : LES DERNIERS JOURS DU CHEVALIER NOIR
Batman #686 + Detective Comics #853 - Etats-Unis - 2009
Image de « Batman : Les Derniers jours du chevalier noir »
Dessinateur : Andy Kubert
Scenariste : Neil Gaiman
Nombre de pages : 152 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 31 mai 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Batman : Les Derniers jours du chevalier noir »
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LE PITCH
Batman est mort. Darkseid l'a tué. Et pour sa veillée funèbre, amis comme ennemis sont invités. En sa mémoire, tous se prêtent au jeu et se remémorent l'immense Chevalier Noir. Mais Batman est-il vraiment mort ?
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Réincarnations

Autrefois édité par Panini dans une anthologie entièrement dédiée à la rencontre Neil Gaiman / Batman, le récit à la fois historique et anecdotique Whatever Happened to the Caped Crusader est proposé en solitaire par Urban Comics mais avec un superbe supplément graphique.

En cette année 2009, Grant Morrison en accord avec DC Comics vient de conclure son apocalyptique Final Crisis par l'ultime sacrifice de l'une de ses plus grandes icones : Batman. Une occasion de faire une pause dans la publication de ses revues historiques (soit Batman et Detective Comics) afin de préparer un futur relaunch à venir. Une situation éditoriale qui ressemble un peu à celle rencontrée par Superman en 1986, coincé entre Crisis on Infinite Earths et le reboot orchestré par John Byrne. A l'époque, l'éditeur avait décidé de conclure (temporairement) les publications des revues Superman et Action Comics en les confiant le temps d'un récit en deux parties à Alan Moore. Whatever Happened to the Man of Tomorrow était une contraction inspirée de l'impériosité du personnage et de ses diverses évolutions... Vingt trois ans plus tard, Whatever Happened to the Caped Crusader lui fait directement écho avec cette fois ci Neil Gaiman aux commandes. D'une certaine façon le procédé est dans l'idée excessivement proche, s'efforçant de résumer des décennies d'existences et de transformation, de capturer l'essence du personnage, mais Batman n'est pas aussi lumineux que son camarade de Krypton, et son décès ne sera pas escamoté d'un simple clin d'œil aux lecteurs.

 

rest in peace


Le ton y est d'ailleurs largement plus mélancolique, contenant toute son action principale dans une salle de recueillement, mais aussi beaucoup plus philosophique, alternant constamment entre le point de vue d'un Bruce Wayne attendant le grand voyage, et les différents témoins qui se passent le relais devant sa dépouille. Toute l'astuce de ce court récit en deux parties se tient dans cette alternance de narrateur, et donc d'approche du Dark Knight. La première Catwoman, les cheveux grisonnants, se souvient de leurs tangos amoureux, le Sphinx ne cache pas sa déception devant un ennemis tombé sans un piège machiavélique... Le clou de la lecture étant certainement le récit inédit d'un Alfred révélant avoir diriger tout ce petit monde bariolé juste pour faire oublier au jeune Bruce sa douleur d'orphelin. Rien n'est à prendre au pied de la lettre, et pourtant, Gaiman maitrise le subjectif de chacun et redonne forme peu à peu au concept profond du personnage, opérant avec poésie une synthèse aussi acrobatique que celle qui occupa Morrison tout au long de son run sur le personnage.


Il y a ici quelque chose du regard méditatif de la grande œuvre en comics de Gaiman, Sandman (Batman y apparaissait d'ailleurs dans les premiers numéros), et de cette notion d'une mythologie éternelle et cyclique qui finalement dépasse autant les protagonistes que les auteurs et artistes qui leur ont donné naissance. D'autant plus touchant et lyrique que le scénariste collabore ici, après Marvel 1602, avec l'extraordinaire Andy Kubert qui en dehors de son talent inné, son sens de la mise en scène et des ambiances, intègre régulièrement, sans bêtement copier, le style de certains de ses prédécesseurs dans ses illustrations. D'une case à l'autre, par touches légères ou de manière plus tranchée, Batman (mais aussi les autres figures invitées) retrouve son look des 60's, ses airs effrayant d'un Bernie Wrightson, son élégance animale d'un Neil Adams, sa simplicité en échos à ses débuts ou à sa plus célèbre incarnation animée... Un exercice de style brillant qu'il est désormais possible de découvrir dans la seconde moitié du livre sous la forme des planches crayonnées. Un supplément qui s'ajoute bien entendu à l'habituelle galerie de couvertures alternatives, aux recherches graphiques et une très belle postface de Gaiman en personne. Une déclaration d'amour à Batman, pour ceux qui aiment Batman.

Nathanaël Bouton-Drouard


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