ON EST CHEZ NOUS T.1 : SOLEIL BRUN
France - 2019
Image de « On est chez nous T.1 : Soleil brun »
Dessinateur : Nicolas Otero
Nombre de pages : 72 pages
Distributeur : Robinson
Date de sortie : 4 septembre 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « On est chez nous T.1 : Soleil brun »
portoflio
LE PITCH
Thierry Mongin est un journaliste qui enquête sur l’extrême-droite. Son choix se porte sur une petite cité provençale où Chloé Vanel, l’ancienne égérie d’un parti d’extrême-droite effectue son grand retour. Mais le jour de son arrivée, un événement va changer le cours de son enquête : un immigré clandestin a été assassiné. Il est retrouvé pendu, avec autour du cou, un panneau portant l’inscription « On est chez nous » ...
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100% pur porc

Dans une atmosphère politique nauséabonde, On est chez nous décrit une campagne municipale comme les autres au sein d'un fief de l'extrême droite. Ça sent bon la France, les slogans identitaires et les magouilles de parti. Le fier chant du coq, mais toujours les pieds dans le purin.

Cela pourrait être n'importe où en France et n'importe quand au cours de ces trente dernières années, mais cela se déroule en 2020 dans un joli village du Sud-Est. Le choix n'est bien entendu pas totalement innocent car le Front National, et aujourd'hui le Rassemblement National (c'est plus fédérateur) a toujours eu de charmants échos là-bas. C'est aussi dans cette région qu'ont grandi les deux auteurs de l'album, le scénariste Sylvain Runberg (On_Mars, Sept Cannibales) et le journaliste politique Olivier Truc, témoins directs de la montée des discours radicaux et des vieilles rengaines xénophobes. Preuve aussi que cette BD n'est pas un petit coup médiatique, mais bien un récit murement réfléchi, documenté que ces derniers abordent à la fois avec le réalisme d'une docu-fiction et les atours d'une trame policière aussi sordide que bucolique... du moins autant que Dupont Lajoie.

 

un si beau pays


Alors qu'il n'est là que pour explorer les coulisses d'une mairie gérée par l'extrême droite, Thierry Mongin, journaliste ouvertement de gauche, se retrouve en pleine tempête médiatique, entre la nouvelle campagne qui bat son plein avec une jolie blonde en nouvelle égérie nationale ("inspiré de faits réels"), le double discours dégoulinant du vieux maire sortant, et la découverte d'un pauvre clandestin lynché dans la campagne environnante avec un panneau « on est chez nous » autour du cou. Un pur slogan des identitaires et autres milices violentes, qui rejoint une large réutilisation documentée du vocabulaire si fleuri de ces groupuscules (les « journalopes » et autres « gauchiasses ») ou des mécaniques publicitaires du parti. On est chez nous sonne malheureusement toujours vrai, crédible, tout autant lorsqu'il décrit l'immunité dont jouit cette jeunesse un peu « bagarreuse » qui se fait appeler « sanglier de fer », tandis que les quartiers habités par des populations issues de l'immigration voient leurs subventions annulées, leurs rues se désagrègent et la police municipale multiplie les tournées. Une atmosphère tendue, oppressante, mais aussi souvent aux airs d'un quotidien fataliste pas loin du fait divers et du drame de proximité. Illustrateur engagé dont la bibliographie composée de titres comme Amazonia ou Amerikkka, parle d'elle-même, Nicolas Otero ne pousse pas vraiment l'illustration vers un sensationnalisme facile, ni même vers la noirceur militante d'un roman du Poulpe, optant plutôt pour une colorisation étonnamment lumineuse et des planches presque légères. Un peu déstabilisant, mais son style proche de certaines publications pour jeunes ne dessert justement jamais le propos en lui donnant des airs de roman graphique. Une fois encore, On est chez nous ne se passe pas bien loin... et avec les municipales de 2020 cela se rapproche dangereusement même.

Nathanaël Bouton-Drouard


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