LE DéMON
The Demon #1-16 - Etats-Unis - 1972 / 1974
Image de « Le Démon »
Dessinateur : Jack Kirby
Scenariste : Jack Kirby
Nombre de pages : 400 pages
Distributeur : Urban Comics
Date de sortie : 22 novembre 2019
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Le Démon »
portoflio
LE PITCH
"Fais place, ô image de Jason, Au pouvoir d'Etrigan le Démon !"... C'est par ces mots que le spécialiste de l'occulte Jason Blood se métamorphose en démon du Moyen-âge. Présent lors de la chute de Camelot, il a été relié à Jason Blood par le mage Merlin afin de protéger les innocents et rendre la justice à travers les siècles !
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Le Sorcier

Création très populaire issue de l'esprit du grand Jack Kirby, Etrigan le Démon fut pourtant vécu comme une contrainte par l'artiste, peu intéressé par les BDs d'épouvante. Le résultat est pourtant là : un déluge de visions infernales et spectaculaires, des idées à la pelle et une ambiance unique. Signé The King.

Les années passée chez DC auront été particulièrement fructueuses pour Kirby, elles auront été cependant tout autant marquées par de nombreuses frustrations, dues essentiellement à une liberté promise vite escamotée. Son œuvre majeure donc, le Quatrième Monde, vaste toile croisant les New Gods et quelques autres publications, auront rapidement fait les frais de l'ambition du bonhomme et de la méfiance de l'éditeur. Ce dernier commanda donc quelques projets parralèles à l'artiste star en ciblant directement les dernières modes cinématographiques ou littéraires. L'extraordinaire post-apocalyptique Kamandi est donc une variation autour de La Planète des singes, le titre The Demon, lui, invoquait les nappes méphitiques du cinéma d'horreur contemporain (L'Exorciste, Rosemary's Baby) pour l'adapter aux codes des publications anthologiques comme House of Mysteries. Deux références qui n'enthousiasment que peu Kirby qui, comme le conte son assistant Mark Evanier, imaginera la trame principale en une soirée, espérant pouvoir en confier la série à une autre signature au de-là du premier numéro. Malheureusement Kamandi et The Demon affichent rapidement des ventes bien plus significatives que les titres du Quatrième Monde et DC les stoppes progressivement pour que Kirby s'acquitte de sa tâche. Pas franchement une création personnelle, ni un personnage qu'il porte particulièrement à son cœur, Etrigan reste pourtant une publication assez fascinante justement parce qu'elle porte malgré tout la marque du génie du bonhomme, refusant justement de se plier à la norme ou aux attentes simples. A l'horreur trop franche des années 70, Kirby préfère piocher dans ses souvenirs d'enfance et sa découverte des grandes classiques des années 30/40, des classiques Universal et autres bijoux gothiques avec Karloff, Lugosi et consorts.

 

creatures of the night


Des créatures de Frankenstein à foison, des humains métamorphes, des sorcières grimaçantes, des immortels sataniques, tout ce mélange dans des planches sculptées par le trait puissant du bonhomme (épaulé comme il se doit par son meilleur encreur Mike Royer) aux airs de tableaux infernaux, versant chaotique des constructions de Hal Forster sur son Prince Vaillant. Visuellement éblouissant avec ses doubles pages structurées à l'extrême, ses affrontements furieux de monstres grimaçants, The Demon se détourne clairement des ambiances angoissantes, des effluves désespérées des autres publications « horrifiques » de l'époque pour proposer une étrange aventure faites de pouvoirs ésotériques, de sortilèges et d'une magie non pas noire mais venues des profondeurs. Une déclinaison graphique et profondément comics des contes de Poe, des cauchemars de Lovecraft ou Jason Blood et son alter ego Etrigan, allié d'un Merlin circonscrit dans les limbes, prennent une rapide distance avec les pseudos origines satanistes pour embrasser une réalité à part en forme de conte pour grands enfants. Outre la figure de cette créature jaune, grimaçante et surpuissante jaillissant souvent comme un Deus Ex Machina, l'autre grande trouvaille des seize épisodes de la première série de The Demon, reste sans conteste le Witchboy Klarion, mauvais esprit aussi capricieux que dangereux à la défroque symptomatique d'un exilé d'une communauté puritaine. Les lecteurs de comics le savent bien, ces quelques pages à l'écriture parfois un peu naïve mais aux illustrations majestueuses, ont laissé de nombreuses traces dans l'univers DC, d'Alan Moore à John Byrne en passant par Grant Morrison et Neil Gaiman (pour ne citer que les plus doués) et continuent aujourd'hui encore d'être l'une des nourritures préférées des auteurs du Dark Universe et autres échos de Vertigo. Et cette édition intégrale est à la hauteur.

Nathanaël Bouton-Drouard




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