NICNEVIN ET LA REINE DE SANG
Nicnevin and the Bloody Queen - Etats-Unis, France - 2019
Image de « Nicnevin et la Reine de Sang »
Dessinateur : Dom Reardon
Scenariste : Helen Mullane
Nombre de pages : 128 pages
Distributeur : Les Humanoïdes associés
Date de sortie : 4 mars 2020
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Nicnevin et la Reine de Sang »
portoflio
LE PITCH
Nord de l’Angleterre, de nos jours. Un druide des temps modernes commet une série de meurtres abominables pour libérer le pouvoir des anciens dieux de Grande-Bretagne. Mais lorsqu’il s’en prend à Nicnevin, une jeune fille qui semble tout à fait ordinaire, l’enfer se déchaîne.
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Arrière-pays

Nouvelle découverte du label H1, versant comic international de la vénérable maison Les Humanoïdes associés, cette (première?) aventure de Nicnevin dans la campagne hantée de la veille Angleterre renoue avec une veille tradition de contes païens horrifique. Traditionnel, mais pas que.

Peut-être plus qu'aucun autre en occident, le Royaume-Uni est un vieux pays à l'histoire profonde, complexe et où les pans oubliés se mêlent aux légendes. Une recherche de racines perdues, effacées par l'invasion chrétienne qui donna naissance à un sous-genre typiquement britannique, le Folk Horror habité par ses esprits sylvains inquiétants, ses étranges fantômes, ses démons revanchards et ses cérémonies noires s'achevant sur de joyeux sacrifices sanglants à une déité nocturne. Jeune adolescente aussi casse-pied et autocentrée qu'une vraie, Nicnevin ne s'attendait pas forcément à se retrouver confrontée à ce monde inquiétant lorsqu'elle fut envoyée avec sa mère et son frère en vacance dans l'antique maison de famille. La maison de grand-mère que les locaux voyait comme une sorcière autant par crainte que par amusement. Nicnevin pensait simplement passer quelques semaines interminables chez les bouseux sans même une connexion téléphonique potable. Colérique, un poil égoïste, mais aussi joliment touchante lorsqu'elle découvre les mystères qui entourent ses ancêtres (féminines cela va de soi) ou un séduisant, mais très mature, voisin lui procurant quelques fantasmes nocturnes. L'occasion de livrer l'une des meilleures planches du récit, capturant la puissance des pulsions adolescentes et la communion de la demoiselle avec la faune environnante.

 

Racines cachées


Jeune auteur que l'on pourrait presque qualifiée de débutante, surtout connue pour sa participation à des documentaires comme Future Shock ! The Story of 2000AD ou Electric Boogaloo, Helen Mullane séduit par son portrait vérité de son héroïne et de son entourage (dont la pauvre mère un peu désemparée), mais aussi par la manière poétique avec laquelle elle intègre cette chronique initiatique dans un décor dont la nature semble peu à peu reprendre vie, pleine de magie et d'ombres inquiétantes. Si l'identité du méchant Druide moderne confondant le retour aux sources avec des pratiques oubliées et des meurtres d'innocentes, est fortement prévisible, tout autant que la partie « thriller » de l'album, la justesse des dialogues et l'atmosphère animiste de l'histoire qui vient rappeler les plus jolies pages des œuvres de Mike Mignola. Une sensation confortée par l'approche visuelle de Dom Reardon (The Grievous Journey of Ichabod Azrael, Caballistic, Inc) qui ne joue jamais sur une pseudo sensation de réalisme, une omniprésence de détails, mais plutôt sur une épure plus contemporaine, un aspect sketchy, anguleux, qui se mêle à une colorisation en aplats pour mieux apposer quotidien et magie ancienne, sentiments naissants et créatures effrayantes. De très belles planches pour un Wicker Man teenage, un Hellboy en note mineure qui donne envie de voir cette jeune fille grandir et prendre la pleine mesure de ses capacités dans un futur tome.

Nathanaël Bouton-Drouard


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