CONAN LE CIMMéRIEN T.9
France - 2020
Image de « Conan Le Cimmérien T.9 »
Dessinateur : Gess
Scenariste : Gess
Nombre de pages : 64 pages
Distributeur : Glénat
Date de sortie : 11 mars 2020
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Conan Le Cimmérien T.9 »
portoflio
LE PITCH
Carrefour de croyances, de langues et de cultures, la mythique cité marchande de Zamboula est également le théâtre de nombreuses et sombres légendes. Sur place depuis peu, Conan est averti des dangers de la demeure d’Aram Baksh. On raconte que la plupart des étrangers qui y séjournent disparaissent dans des circonstances obscures... cela tombe bien, c’est justement ici que le cimmérien a décidé de passer la nuit ! Mais en levant le voile sur ces mystérieuses affaires d’enlèveme...
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Devine qui vient diner ce soir ?

Redonnant une nouvelle gloire au barbare hyperboréen, la collection Conan Le Cimmérien de Glénat s'est essentiellement confrontée aux textes fondateurs de la légende, aux récits les plus célèbres et les plus mémorables. Ce qui n'est certainement pas le cas de Les Mangeurs d'hommes de Zamboula. Et c'est peut-être ce qui en fait l'un des albums les plus réussis.

Comme beaucoup de créateurs de personnages célèbres et iconiques (comment ne pas penser aux destins de Sherlock Holmes ou de Tarzan ?), Robert E. Howard finit par être totalement dépassé, voir écrasé, par son guerrier sauvage. En particulier, comme c'est souvent le cas, par les attentes qui s'emparent à la fois des lecteurs assidus et des éditeurs. Comme le raconte parfaitement Patrice Louinet dans sa désormais indispensable postface, les ambitions littéraires et thématiques d'Howard n'intéressaient pas franchement la rédaction de la revue Weird Tales qui le publiait essentiellement pour s'offrir d'incroyables et magnifiques couvertures mettant en avant danger, créatures exotiques et demoiselle dénudées. Déçu par la réception timide d'Au-delà de la rivière noire et le refus de publication du Maraudeur noir tout aussi sombre, atmosphérique et ambitieux, il opta alors pour aborder le récit suivant comme un simple mercenaire : Les Mangeurs d'hommes de Zamboula. Une sorte de condensé touffu et décomplexé de tous les clichés des romans de gare, noirs et fantasy, où Conan croise en quelques heures seulement la pire vilaine humaine dans un décors de cité orientaliste : truands et traitres dans toutes les maisons, armée de cannibales aux dents acérés, demoiselles dévêtues, sorciers sadiques...

 

citée damnée


Tout ou presque a déjà été exploré dans les pages de Conan (et d'autres sagas sword & sorcery) mais, comme le démontre parfaitement cet album, la maitrise narrative de Howard, le charme intact de son guerrier moquant sans cesse les dérives des êtres civilisés et l'excessivité de ce thriller quasiment d'épouvante, en font un divertissement diablement efficace et accrocheur. Spécialiste de la BD pulp, ce n'est pas Gess (Carmen Mc Callum, La Brigade chimérique, L'œil de la nuit) qui nous dira le contraire. En particulier lorsqu'il doit acoquiner le héros avec une fraiche donzelle qui se ballade, presque gratuitement, entièrement nue tout le long de l'album. Une vile tentatrice ou une demoiselle en danger ? Voilà seulement un des dangers que met en scène l'illustrateur, s'emparant sans détour des apparats de la grosse série B qui tache, du moindre effet horrifique un poil scabreux, des remous d'un érotisme primaire, pour imposer une atmosphère lourde, oppressante et violente. Que la trame tienne largement sur un ticket de métro malgré quelques twists pas toujours des plus clairs (franchement on ne comprend pas tout ce qui se passe) n'est pas un problème pour Gess. Celui-ci aborde tout cela comme une course au trésor haletante façon 24H Chrono parsemé de visions infernales (les cannibales, le sorcier aux dents de serpent, le temple du culte primitif...), où l'artiste impose son propre rythme, entre accélérations musclées et planches étonnement contemplatives lorsque les déambulations nocturnes entremêlent le découpage dans un quasi-monochrome violet. Une soirée comme une autre pour Conan, un texte mineur pour Howard, mais un album qui a de la gueule et qui ressemble plus que jamais à son lointain cousin Marvel des années 80. La danseuse à poil en bonus.

Nathanaël Bouton-Drouard


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