ANONYME T.1
Boku no Namae wa "Shounen A" / 僕の名前は「少年A」 - Japon - 2018
Image de « Anonyme T.1 »
Dessinateur : Yen Hioka
Scenariste : Chikara Kimizuka
Nombre de pages : 224 pages
Distributeur : Soleil
Date de sortie : 3 juin 2020
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Anonyme T.1 »
portoflio
LE PITCH
Takashi vit la meilleure période de sa jeunesse. Il va intégrer l’équipe de base-ball de son collège et la fille qu’il aime, Sasaki, a accepté d’être sa copine. Mais lorsqu’il surprend son professeur abusant d’elle, il intervient à coups de batte. Obligé d’adopter une nouvelle vie ailleurs, la vie reprend son cours. Mais le passé revient le hanter. Un mystérieux informateur décide de mettre tout le monde au courant…
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Guilty

Après la longue mode des Survival estudiantin, Anonyme ! résonne comme un versant beaucoup plus réaliste et sensible. Exit les métaphores sur les traumatismes subits par les jeunes lycéens, Chikara Kimizuka & Yen Hioka prennent le problème à bras-le-corps.

Qu'est-ce qui a bien pu se passer dans la vie de Takashi pour qu'il soit aujourd'hui traité comme un pestiféré, comme un monstre... Les premières pages son accablantes, en particulier dans la mise en scène du regard des autres, mais la suite va faire bien pire en jouant la carte de la douche froide. Retour trois ans en arrière alors que tout semble s'éclairer sur son chemin : une riche amitié avec Ken, une sélection dans l'équipe de baseball, une vie familiale plutôt enjouée et surtout ce qui s'annonce comme un premier rendez-vous avec la jolie et douce Sasaki... Tout pour faire un admirable manga sentimental, mais bien entendu le destin va en décider autrement en plaçant un adulte malade et pervers sur leur chemin. Sans voyeurisme gratuit, sans glissement ecchi pour faire grimper les chiffres de ventes, les premiers chapitres du volume décrivent avec précision l'état de stupéfaction dans lequel est plongée la pauvre gamine, son lent glissement vers le mutisme et l'isolement, alors que les sévices se poursuivent. Terrible et glaçant, tout autant que la réaction du collégien lorsqu'il découvre ce qui se trame.

 

Le Bouc émissaire et les moutons


Une première moitié extrêmement douloureuse où l'écriture de Chikara Kimizuka sonne toujours assez juste, alors que les planches Yen Hioka, plutôt fines et jamais excessives insistent sur les petits détails des regards, emprunts de folie, de terreur ou d'une tristesse déchirante. Un drame lourd et pesant, et surtout particulièrement bien senti sur l'illustration des conséquences du drame (surtout qu'aucun des deux n'ose raconter ce qui s'est vraiment passé) sur eux et leurs proches, et la perception du gamin par la population et les médias. Jugé et condamné par tous, esseulé naturellement, et même ses retrouvailles tardives avec Sasaki vont se teinter de mélancolie puisque par culpabilité celle-ci cache sa relation naissante avec un autre garçon. Et la suite va laisser place à un thriller tout aussi oppressant lorsque les faits vont rattraper Takashi alors qu'il tente de reconstruire sa vie après être sortie de la maison de redresse dans laquelle il avait été envoyé. Un retour de bâton véhiculé par quelques tortionnaires du net, qui fait largement échos aux Revenge porn et autres harcellements humiliants du même acabit. Si l'on ne peut vraiment se douter pour l'instant où Anonyme ! va nous mener pour les trois tomes suivants, même si l'inéluctabilité semble planer au dessus de ces jeunes gens, le réalisme et la sensibilité avec laquelle les deux auteurs installent leur tragédie est un gage de qualité.

Nathanaël Bouton-Drouard


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