CARBONE & SILICIUM
France - 2020
Image de « Carbone & Silicium »
Dessinateur : Mathieu Bablet
Scenariste : Mathieu Bablet
Nombre de pages : 277 pages
Distributeur : Ankama Editions
Date de sortie : 28 août 2020
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Carbone & Silicium »
portoflio
LE PITCH
Derniers nés des laboratoires Tomorrow Foundation, Carbone et Silicium sont les prototypes d’une nouvelle génération de robots destinés à prendre soin de la population humaine vieillissante. Élevés dans un cocon protecteur, avides de découvrir le monde extérieur, c’est lors d’une tentative d’évasion qu’ils finiront par être séparés. Ils mènent alors chacun leurs propres expériences et luttent, pendant plusieurs siècles, afin de trouver leur place sur une planète à bou...
Partagez sur :
Les mondes d'après

En trois albums Mathieu Bablet s'est installé confortablement parmi les auteurs les importants de la bande dessinée de ces dernières années. Un graphisme à part pour des univers que bien peu abordent avec autant de pertinence : La Belle Mort, Adrastée, Shangri-la... Un art qui culmine à nouveau avec Carbone & Silicium apocalypse poétique aux notes d'éternel recommencement.

Quelques part dans la Silicon Valley, dans un labo secrètement gardé s'éveillent pour la première fois deux IA, Carbone et Silicium à qui leur créatrice va inculquer d'un lourd téléchargement toutes les connaissances humaines. Une naissance intime, simple, dont ne naitra pas deux entités vengeresses préparant leur soulèvement contre une humanité décadente, mais deux êtres déjà plein d'émotions dont la première preuve de personnalité sera un trait d'humour et une bonne dose d'ironie. Quatre ans avec l'exaspéré et révolté Shangri-la, Mathieu Bablet tempère non pas son diagnostique général, mais sa réponse d'artiste, s'approchant ici d'une nouvelle étape dans un deuil personnel, celui de l'échec d'une civilisation face à ses inégalités sociales, la menace écologique et sans doute son incapacité à évoluer en tant qu'espèce. En 272 pages et 271 années, l'album décrit par le regard de deux témoins privilégiés les évolutions d'une société en fin de règne, de son utopie technologique à ses sursauts transhumanismes avant de s'épancher dans les crises économiques, de se faire irrémédiablement rattraper par le réchauffement climatique, sa fascination pour l'ordre et le sectarisme, la xénophobie... Mais aussi sa lente reconstruction, sa prise de distance avec des valeurs consuméristes obsolètes et pourquoi pas un retour à un véritable ordre naturel. Moins défaitiste qu'autrefois, mais néanmoins lucide, Bablet semble se projeter dans ses deux personnages principaux, pour donner corps à ses deux états.

 

transmigrations


Carbone en constant contacte avec l'humanité espère faire changer les choses et ouvrir une nouvelle fois aux autres « machines » qui désormais habitent ce même globe, tandis que Silicium parcourt le monde, sa géographie et sa nature pour en saisir la force vitale et la beauté inextinguible. De retrouvailles en séparations, de rapprochements en incompréhensions, de changements de corps en reconstructions, Carbone & Silicium est une fresque apocalyptique et une histoire d'amour puissante entre deux être synthétiques dont l'identité se forgent au grès de leurs transformations, des épreuves et du monde qui changent autour et en eux. Cultivant ne réflexion constante autour des notions d'ego et d'espèce, de corps et d'esprit, d'espoir et de mélancolie, la quatrième grande œuvre de Bablet est un lent tango de dualité dont on retrouve la complexité et la poétique dans des planches renversantes de beauté et d'intelligence. La lente progression de la palette de couleurs, de la froideur contemporaines aux paysages roussis par le ciel ou baignés dans un océan à la pureté régénéré ; les lignes de constructions où se réunissent les paysages urbains, humains, avec les circuits électroniques ou les réseaux informatiques ; les images de destructions, de mort et de décharnements auxquels répondent les contemplations de montagnes enneigées, de déserts sans fin... Carbone & Silicium c'est aussi la quête d'un perpétuel émerveillement, une certaine idée de l'illumination des êtres. Qu'ils soient de chair, d'acier ou juste une goutte d'éternité dans le réseau.

Nathanaël Bouton-Drouard




Partagez sur :

 

Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2020