ARKHé & LAïLAH
France - 1982, 1988
Image de « Arkhé & Laïlah »
Dessinateur : Caza
Scenariste : Caza
Nombre de pages : 120 pages
Distributeur : Les Humanoïdes associés
Date de sortie : 24 novembre 2021
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Arkhé & Laïlah »
portoflio
LE PITCH
La transformation d’un humanoïde en oiseau sublime, la célébration muette du corps féminin, une réécriture du mythe de l’Arche de Noé, un univers planet-fantasy complétement décalé, une succession de triptyques aussi poétiques que magistraux… Caza a mis la précision de son trait au service de son imaginaire pour livrer une vision quasi psychédélique de la science-fiction – le tout dans une ambiance érotico-cosmique dopée par une mise en couleur saisissante.
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Chairs hurlantes

Aujourd'hui largement épuisé voir introuvable sous forme physiques, les deux premières compilations signées Caza (Le Monde d'Arkadi) sont rééditées par Les Humanos en un seul et superbe volume agrémenté d'un cahier analytique signé Joëlle Wintrebert. Un voyage dans le temps... dans les années 80 et la folle liberté créative de Métal Hurlant.

L'artiste Caza (de son vrai nom Philippe Cazaumayou) n'est pas apparu dans les pages de la mythique revue de Jean-Pierre Dionnet, Moebius & co, mais avait déjà marqué les esprits par ses fameuses Scènes de la vie en banlieue parues dans Pilote, mais sans doute tout autant par ses nombreuses illustrations pour les éditions J'Ai Lu Sf. Là il y laissait exploser sa passion évidente pour les ailleurs, les voyages lointains, les compositions de space opera et les créatures aliens en tous genres. Caza aimait déjà la SF et n'attendait finalement qu'une publication comme Métal Hurlant pour en creuser les possibilités. Même si cette collaboration ne se fera que de manière épisodique, l'artiste va y déployer une œuvre certes mouvante, changeante au grès de ses recherches et évolution visuelles, mais travaillée presque systématiquement par les mêmes obsessions mêlant Eros et Thanatos dans un grand balais cosmique aussi flamboyant que bien souvent truculent, absurde. Assez logiquement donc, ses premières nouvelles, Sanguine et Hydrogénèse, se font sans parole, laissant s'imposer ce premier trait de Caza, maniérisme laborieux où toutes les lignes et matières sont une accumulation de points faisant affleurer reliefs et matières argentées. Sublime et vain d'une certaine façon, à l'image de ces créatures féminines qui se perdent sur des planètes lointaines et se métamorphosent aux contextes brutaux mais sensuels d'une écologie curieuse et hautement symbolique.

 

Les odyssées de caza


Mais lorsque son dessin se fait par la suite plus classique, et de plus en plus anguleux et directifs, ses voyages sont constamment habités par cette confrontation entre une destructions inéluctable et une éternelle renaissance charnelle. A cela s'ajoute des motifs biblique transformant le mythe de l'Arche de Noé en plongée dans l'abîme des temps et  faisant du lecteur le témoin de l'apogée et la chute d'une civilisation, d'un univers devenant poussière, ou emportant la figure de Lilith sur une planète déchirée par des colons sans pitié. Chez Caza la femme est un corps sublime, mais aussi un esprit souvent bien plus apte à comprendre ses propres désirs, sa propre nature et à embrasser le monde. Laïlah ménage sa vengeance et après un coït des plus cérébraux, lâche sur ses ennemis une horde de créatures volantes androgynes. Plus loin, la dernière femme quêtant une planète où refonder l'espèce humaine est immédiatement fascinée par le grande vide qui s'offre devant elle, une vulve dévorante, alors que son compagnon masculin frémi devant l'inconnu et cette menace de castration existentielle. Des grandes pensées, des grandes visions funestes, des trips plastiques sans pareil qui manient habilement le second degré, où l'érotisme n'est pas trivial, mais en tout cas désacralisé. Rien de mieux pour cela que le dernier récit du volume, Frogue, ou un aventurier joue les Indiana Jones à la recherche d'une civilisation retournée à l'état sauvage. En quête d'illumination, il trouvera aussi le bonheur entre les cuisses d'une créatures amphibienne aux appétits conséquents. Ce qui est en haut et ce qui est bas, l'infiniment grand et l'infiniment petit, l'Alpha et l'Omega, le liturgique et les plaisirs de la chair. Toute une époque.

Nathanaël Bouton-Drouard


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