IRRéCUPéRABLE T1 : SANS RETOUR
Irredeemable - Etats-Unis - 2009
Image de « Irrécupérable T1 : Sans Retour »
Dessinateur : Peter Krause
Scenariste : Mark Waid
Nombre de pages : 160 pages
Distributeur : Delcourt
Date de sortie : 19 mai 2010
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Irrécupérable T1 : Sans Retour »
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LE PITCH
Le Plutonien était le plus grand super héros sur Terre. Véritable protecteur de l'humanité, il incarnait le Bien. Cette époque est révolue. D'exceptionnels, ses actes et ses sacrifices sont devenus monnaie courante. L'ingratitude, l'indifférence et les moqueries des Humains sont désormais son quotidien. Déçu et trahi, le Plutonien a juré de détruire ce pour quoi il aurait auparavant donné sa vie.
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Glissement de terrain

Il ne fait plus très bon de nos jours être un super héros. Il fut un temps où les hommes en collants moule-burnes étaient considérés comme des dieux modernes, des symboles d'une Amérique triomphante. Finie la naïveté de l'âge d'or : même l'homme le plus puissant de l'histoire peut péter les plombs. 

 

Et comme pétage de plomb, ce n'est pas joli, joli : le plutonien pourchasse et massacre ses anciens camarades, raye de la carte la cité qu'il avait juré de protéger, anéantit des millions d'innocents... Mais Irrécupérable n'est pas une série noire qui se veut le portrait gratuit d'un sociopathe surpuissant, mais une dissection des évènements qui ont poussé un homme extraordinaire vers la folie barbare et la paranoïa caractérisée. Après Kingdom Come (avec Alex Ross), Legion et son run sur les Fantastic Four, Mark Waid continue d'analyser la figure du super héros et de le confronter aux contractions de son écriture classique. Difficile donc de ne pas reconnaître ici une relecture plus ou moins directe du fameux Superman, autant dans sa figure paternaliste que dans ses origines. Sauf que bien entendu, ses réactions et celles de ses contemporains paraissent bien plus réalistes : ainsi lorsque sa belle et douce découvre sa double identité, elle est aussi choqué que vexée et s'empresse de l'annoncer à toute son équipe, la population lui reproche de ne pas être présent sur toutes les catastrophes, les gouvernants ne le voient que comme un outil...

 

envers et contre tous

 

Quelques petites pierres qui, découvertes via des flashbacks, construisent peu à peu le mur qui va peser tel un étau sur sa morale et le transformer en être cynique et sociopathe. Avec talent, le scénariste livre ainsi le début d'une œuvre parfaitement écrite, d'une logique implacable et qui pousse le lecteur à chercher dans chaque case, chaque dialogue, le moindre indice sur les éléments qui ont poussé le Plutonien vers ce chemin sans retour. Sans style véritablement remarquable, Peter Krause (Captain Marvel, Superman) revient aux comics après quelques années d'absence et illustre avec un certain côté Silver Age cette fresque finalement très humaine et tragique. Le Plutonien n'est pas un monstre, mais une résonnance du fameux Icare qui, à trop vouloir être aimé et faire le bien pour tous, s'est brûlé les ailes au contact de la bêtise humaine et de sa propre imperfection. A ce titre, les dernières pages laissent entendre un secret insoupçonnable et terrifiant... Irrécupérable risque de faire plus mal encore et ça fait du bien.

Nathanaël Bouton-Drouard


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