INDIANS ! VOL.1 : L’OMBRE NOIRE DE L’HOMME BLANC
France - 2022
Image de « Indians ! Vol.1 : L’Ombre noire de l’homme blanc »
Scenariste : Tiburce Oger
Nombre de pages : 120 pages
Distributeur : Grand Angle
Date de sortie : 16 novembre 2022
Bande dessinnée : note
Jaquette de « Indians ! Vol.1 : L’Ombre noire de l’homme blanc »
portoflio
LE PITCH
Le parcours sauvage et violent de l’aigle sacré des Indiens pendant la conquête de l’Ouest. Un western qui sent la poudre et la boue…En seize histoires, Indians retrace de 1540 à 1889 les épisodes sombres de la conquête de l’Ouest. Quatre siècles de colonisation qui vont mener, entre les massacres et les maladies propagées par les colons, à un génocide qui n’a jamais porté officiellement ce nom mais qui décima 14 millions d’Amérindiens. Décrivant la face cachée du rêv...
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Le Dernier vol du grand aigle

Grand passionné de western, Tiburce Oger avait déjà célébré admirablement le mythe de l'ouest avec le recueil Go West Young Man, entre aventures et évocations de ses nombreuses désillusions. Il revient tout naturellement avec son pendant amérindien, Indians ! où il se fait à nouveau accompagner d'une belle poignée d'illustrateurs plus que talentueux.

On peut aimer et se passionner pour le western sans être aveugle sur ce qui a souvent été sa triste réalité, loin des images d'Epinal du vieil Hollywood ou la glorification aveugle des premiers romans pulps. Et Tiburce Oger l'a démontré à de nombreuses reprises avec des titres comme Buffalo Runner, La Piste des ombres, Ghost Kid ou bien entendu le fameux volume anthologique Go West Young Man qui en suivant le cheminement d'une simple montre à travers presque deux siècles d'histoire retraçait les grandes étapes de le conquêtes de l'ouest. Un regard picaresque, où chaque épisode relativement anodin servait de révélateur symbolique aux transformations, souvent violent, du paysage, de la culture, des populations d'un pays passant de la destruction à la reconstruction. Le succès de librairie aidant, il semblait alors naturel que l'auteur se penche plus ouvertement sur la destine plus dramatique encore des peuples amérindiens. Le récit change de point de vue et adopte directement celui des autochtones envahis, adoptant leur propre vision de ces sauvages blancs venus leurs voler leurs terres, effacer leur culture et plus largement ravager un monde sauvage qui n'avait certainement pas mériter cela.

 

terres brulées


Le scénariste ne suit pas cette fois-ci un petit objet qui passerait de main en main, mais s'élève au dessus du sol, adoptant le point de vue de l'aigle totem, narrateur fataliste et mystique. Autre fil conducteur, on retrouve d'histoires en histoires des figures plus ou moins historiques mais aussi comme une généalogie qui se tisse entre quelques croisements entre les tribus, premières rencontres avec des colons moins barbares que d'autres et des couples qui font de leurs métisses les vrais héros du récit. Toujours aucune trace de manichéisme ici, les bourreaux sont bien entendu les occidentaux et les chrétiens renouvelant massacres et trahisons pour faire disparaitre peu à peu les nombreuses tribus qui recouvraient le continent américain. Mais les situations ne cachent pas non plus la barbarie de certaines peuplades, leur pratique de l'esclavage, le racisme partagé et une incapacité historique à se réunir pour faire front face à l'envahisseur. Un grand drame historique en somme, précis et évocateur, où cependant l'accumulation de récits courts, d'épisodes enchainés et finalement de petites anecdotes au cœurs du grand destin, manque parfois à faire renaitre la puissance épique des grands récits révisionnistes (Le Dernier des mohicans, Danse avec les Loups, Hostiles...) dont l'ampleur dramaturgique nécessite autant de temps que de grands espaces. Au défilé de dessinateurs qui se succèdent d'en retrouver des échos donc avec à chaque fois leur style et leur approche propre. Quelques merveilles du coté de Paul Gastine (Jusqu'au dernier), Ronant Toulhoat (Wild West), Mathieu Lauffray (Long John Silver) ou Jef (Gun Crazy), pour n'en citer que quelques-uns, et en tout cas un excellent niveau graphique partagé à de très rares exceptions. A noter que l'album, qui pourrait connaitre d'autres volumes à venir, est proposé aussi dans une version noir et blanc en format plus large et avec 8 pages de croquis supplémentaires.

Nathanaël Bouton-Drouard


 

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