SHAZAM !
Etats-Unis - 2019
Image de « Shazam !  »
Musique : Benjamin Wallfisch
Durée : 74 minutes
Nombre de pistes : 29
Distributeur : WaterTower Music
Bande originale : note
Jaquette de « Shazam !  »
portoflio
LE PITCH
Billy Batson désespère les services sociaux à force de multiplier les fugues, s'efforçant de retrouver sa mère mystérieusement volatilisée durant sa petite enfance. Alors qu'une nouvelle famille d'accueil a accepté de le prendre en charge, certaine magie va lui conférer des pouvoirs infinis qu'il lui faudra dompter et utiliser à bon escient tandis que, face à lui, la magie noire des Sept péchés capitaux s'apprête à déferler sur le monde et trouve, elle aussi, son champion.
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les deux écoles...

Shazam !, le film, se présente à la fois comme une alternative rétro, amusée, aux blockbusters super-héroïques solennels et plombants qui visent constamment la surenchère quitte à en oublier parfois la tenue exacte de leur sujet ; une tendance générale cristallisée musicalement par les murs de son et les uppercuts cuivrés du désormais incontournable Hans Zimmer et de ses innombrables suiveurs. Comment accoucher d'un résultat différent dans une époque vouée au sound design, à la pure efficacité, où les Jerry Goldsmith et les Michael Kamen semblent avoir emporté le secret de leur magie avec eux dans la tombe...?

Le premier titre du score répond d'emblée à cette question avec une générosité plus qu'affirmative : dans un style directement hérité du John Williams de Superman et du Goldsmith de Supergirl, le fougueux Benjamin Wallfisch entend établir une filiation qui balaye superbement les modes de son époque et raccroche les wagons avec une conception classique, solaire et merveilleuse du super-héros (laquelle correspond parfaitement à Shazam, sorte de Superman-bis au costume rutilant, au sourire inaltérable et à la puissance démesurée). On a tellement perdu l'habitude de ces grands gestes symphoniques, aériens et chamarrés, que l'agréable impression d'avoir remonté le temps s'avère saisissante à chaque tentative dans ce sens.
Ce serait oublier un peu vite que, s'il est doté d'un sérieux bagage classique, Wallfisch fait lui-même partie de RCP, la fameuse « écurie » Zimmer - comme nous le rappelle, entre autres, leur récente collaboration pour le Blade Runner 2049 de Denis Villeneuve. On ne sera donc pas surpris que malgré une bonne volonté évidente, et le fait que sa partition brasse énormément d'air, la plupart des pistes suivantes tiennent surtout de l'imitation et soutiennent assez peu la comparaison avec les illustres compositeurs du passé. Au final le chantier orchestral renvoie, au mieux, aux moments les moins inspirés des bandes originales « choc » du Seigneur des Anneaux de Howard Shore ou de la trilogie Matrix par Don Davis (caractérisées par une extrême massivité orchestrale et des textures très agressives - mais ce qui relevait du modernisme à l'époque confine ici, bien souvent, à la pure solution de facilité) ou, au pire, aux envolées clinquantes d'un John Powell - ce qui n'est déjà pas mal du tout, convenons-en !

 

jamais deux sans trois


Par ailleurs, Shazam ! marque la troisième collaboration de Wallfisch avec David F. Sandberg, déjà réalisateur de deux films d'épouvante (Dans le Noir et Annabelle 2) produits et fortement influencés par James Wan. Prise sous cet angle, l'écriture de la musique de ce troisième long-métrage prend une autre couleur : celle d'un compositeur qui désire justement en mettre (de la couleur !) dans son style encore jeune mais déjà assez monochrome, sans toutefois renoncer à ses tics habituels. Il faut dire qu'avec les deux films de Sandberg, A Cure For Life de Gore Verbinski ou la récente adaptation de Ça par Andy Muschietti, il est en train de devenir le Marco Beltrami des années 2010 et bientôt 2020 - à savoir l'homme à tout faire du cinéma horrifique à succès ; et ce qui était déjà fatigant à l'époque de Beltrami (à-plats de textures atonales, crescendos de timbres stridents, jump-scares sonores...) l'est évidemment devenu d'autant plus avec la persistance de la mode.
Du reste, disons les choses comme elles sont : la mode persiste parce qu'elle est commode, permettant une efficacité immédiate à peu de frais. Il est infiniment plus difficile de composer et d'équilibrer un thème musical terrifiant (on se souvient des mémorables créations de Bernard Herrmann, de Lalo Schifrin, de Charles Bernstein...) que de jouer la seule carte du bruitisme ad libitum pour simplement renforcer le stress du spectateur... Et Benjamin Wallfisch, jusqu'à preuve du contraire, n'est pas un mélodiste. C'est ce qui rend la bande originale d'Annabelle 2, par exemple, à peu près inécoutable une fois détachée du support filmique, les morceaux atonaux peu inspirés n'étant contrebalancés par aucune structure plus élaborée. Ce que l'on pouvait sentir dans le registre de l'horreur devient évident dans le cas de Shazam ! : sur le terrain du divertissement familial, il est plus difficile de faire illusion ; la grammaire musicale requiert une palette plus étendue et, dans la plupart des cas, infiniment plus subtile pour pouvoir fonctionner correctement. Or ici, on retrouve la schizophrénie typique des travaux du compositeur : d'un côté une belle énergie et de jolies idées dans l'accompagnement de tous les aspects « humains » de l'intrigue ; de l'autre un laisser-aller gênant dans l'illustration de l'action brute, où chaque séquence physiquement impactante ou empreinte de sombreur est prétexte aux scories habituelles des bandes horrifiques contemporaines. Chassez le naturel...

En dépit d'un refus embarrassant de la moindre construction thématique, au sein d'un film qui de toute évidence l'exigeait, Benjamin Wallfisch peut tout de même remercier son collaborateur régulier David Sandberg de lui avoir fourni un matériau inhabituel pour composer ce qui s'avère être l'un de ses score les plus riches à ce jour et, on l'espère, trouver l'envie de dépasser ses acquis fragiles ; un score qui, lorgnant ça et là vers un passé glorieux, met d'autant plus en évidence ce que Hollywood n'est quasiment plus capable de produire depuis une vingtaine d'années...
Mais que ceux qui ne goûtent pas spécialement le grand orchestre se rassurent tout de suite : Wallfisch, dans la foulée, leur a concocté Hellboy !

Morgan Iadakan












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1. SHAZAM! (03:59)
2. The Consul of Wizards (03:01)
3. Seeking Spell (02:33)
4. Compass (03:26)
5. Seven Symbols (04:17)
6. The Rock Of Eternity (04:17)
7. Subway Chase (00:45)
8. It's You Or No One (04:59)
9. Dude, You're Stacked (01:18)
10. This Is Power (02:32)
11. Bus Rescue (02:29)
12. You're Like a Bad Guy, Right? (01:16)
13. Them's Street Rules (00:48)
14. Superman It (00:55)
15. Super Villain (01:39)

16. You Might Need It More Than Me (05:38)
17. Come Home Billy (03:02)
18. Give Me Your Power (01:41)
19. His Name Is (02:46)
20. Sentimental Nonsense (01:54)
21. Run! (02:13)
22. Play Time's Over (01:48)
23. All Hands On Deck (02:05)
24. I Can Fly! (02:14)
25. Fight Flight (03:31)
26. Finale (04:11)
27. We've Got a Lair (01:31)
28. I'm Home (00:53)
29. I Name The Gods (01:32)

 
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