HAPPY FEET 2
Happy Feet Two - Etats-Unis / Australie - 2011
Image de « Happy Feet 2 »
Genre : Fantastique
Réalisateur : George Miller
Musique : John Powell
Durée : 105 minutes
Distributeur : Warner Bros.
Date de sortie : 7 décembre 2011
Film : note
Jaquette de « Happy Feet 2 »
portoflio
LE PITCH
Mumble, le roi des claquettes, est bien ennuyé quand il découvre que son fils Erik est allergique à la danse. C’est alors que ce dernier s’enfuit et rencontre Sven Puissant, pingouin capable de voler. Mumble comprend qu’il ne peut nullement rivaliser avec ce personnage charismatique qu’Erik tente d’imiter... Mais la situation ne fait qu’empirer quand le monde est menacé par des forces telluriques...
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Les pieds dans le plat

Chef-d'œuvre méconnu et souvent raillé par un public profane, Happy Feet premier du nom osait dynamiter de l'intérieur le concept même de film animalier pour les mômes, sa demi-heure finale anthologique allant jusqu'à dépasser ce que George Miller avait expérimenté sur Babe. Connaissant le talent du bonhomme pour les suites directes de ses classiques (Babe 2 donc, mais aussi et surtout Mad Max 2), on ne pouvait que baver d'impatience à l'encontre d'Happy Feet 2.

 

Restait une menace créative, émanant de la production elle-même : s'étant déjà fait berner en finançant, avec le premier opus, l'un des pamphlets écologiques les plus violents de l'histoire (cf. l'inoubliable scène du zoo), la Warner allait immanquablement verrouiller le propos de Miller, l'incitant à rester cette fois-ci dans les limites de son argument. Si l'original zappait ainsi rapidement son pitch (un pingouin qui danse tente de retrouver sa place dans une tribu de pingouins qui chantent) au profit d'une aventure cauchemardesque et quasi science-fictionnelle (le pingouin partait à la recherche des aliens - des humains - soupçonnés d'être à l'origine de la disparition des poissons et de la famine progressant sur la banquise), Happy Feet 2 semble s'accrocher de façon plus scolaire à son script de départ. Celui-ci, il faut dire, affiche des enjeux autrement plus perturbants qu'autrefois, un iceberg délogé pour cause de fonte de la banquise s'écrasant contre la colonie de Mumble, condamnant à l'isolement les pingouins affamés. La narration dans son ensemble, concentrée en une heure quarante de numéros musicaux (impressionnants, au demeurant), de suspense et d'action, se concentre dès lors sur le sauvetage annoncé des manchots, le générique de fin intervenant, façon Duel de Spielberg, au moment précis où l'intrigue est résolue. Dégonflé George Miller ? Malin plutôt, son propos politique intervenant ici en filigrane d'une aventure grisante et techniquement exceptionnelle.

 

Apocalypse Now

 

Ceux qui doutaient encore de la virtuosité de Miller et de la supériorité de sa réalisation par rapport à 99% de ses contemporains auront droit à une démonstration de force tout au long d'Happy Feet 2, le cinéaste profitant du médium relief pour conférer encore plus de force à ses acrobatiques plans-séquences. Confrontant son sens aigu du gigantisme à une perception inédite de l'infiniment petit (les deux Skrills interprétés par Brad Pitt et Matt Damon inspirent des prises de vue totalement expérimentales, notamment lorsque l'un d'eux se retrouve attaché à la chaîne d'une tronçonneuse en train de démarrer), Miller ne se prive d'aucun artifice, jouant la carte du blockbuster rouleau compresseur dès que l'occasion se présente. Les scènes de foule, innombrables, sont stupéfiantes, les courses-poursuites dynamiques en diable... Et le décor naturel, indissociable du cinéma australien (la production du film est située à Sidney), dispense et subit les pires outrages. Non sans un certain cynisme (Miller croit-il encore à la bonté et à la capacité au changement de ses congénères ?), Happy Feet 2 amène donc ses héros à s'enthousiasmer devant leur « victoire » face à la glace toute puissante, qui finira par s'ébouler en milliers de blocs destinés à fondre comme neige au soleil. Annoncée par petites touches amères (le héros faisant des claquettes sur une glace à moitié fondue au cours de l'ouverture, un pingouin trônant au sommet d'un pic verdâtre au milieu de la surface gelée, un morceau de banquise se décrochant et formant une tête de mort sur un pôle du globe terrestre), la dernière réplique de Mumble à son fils, « il n'y a plus rien à craindre désormais », sonnera sans doute comme une fin heureuse auprès des spectateurs distraits. Les autres auront le droit de frémir face à l'ironie d'une tragédie inéluctable, les animaux ne saisissant visiblement pas l'ampleur de l'apocalypse qui les attend dans les décennies à venir. « Tout est lié », annonce une voix off en guise de prologue. Une manière pour Miller de rappeler que la fin de la faune et de la flore sera aussi la nôtre.

 

N.B. : Sur les centaines de copies disponibles en France, aucune n'est présentée au version originale.  La projection de presse sur laquelle est basée cette critique était bien sûr en VO, et connaissant le niveau lamentable de la VF du premier épisode, on vous conseille soit de prendre sur vous et d'extrapoler durant la projection, soit d'attendre une distribution dans quelques mois en Blu-ray ou Blu-ray 3D.

Alexandre Poncet








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