LOOPER
Etats-Unis - 2012
Image de « Looper  »
Genre : Science-fiction
Réalisateur : Rian Johnson
Musique : Nathan Johnson
Durée : 110 minutes
Distributeur : SND
Date de sortie : 31 octobre 2012
Film : note
Jaquette de « Looper  »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Dans un futur proche, la Mafia a mis au point un système infaillible pour faire disparaître tous les témoins gênants. Elle expédie ses victimes dans le passé, à notre époque, où des tueurs d’un genre nouveau (les "Loopers") les éliminent. Un jour, l’un d’entre eux, Joe, découvre que la victime qu’il doit exécuter n’est autre que… lui-même, avec 20 ans de plus. La machine si bien huilée déraille…
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La Boucle est bouclée

Il y a quelques jours, l'incroyable Skyfall, sa noirceur et sa virtuose hybridité, ont fait l'objet de critiques de la part d'une presse de plus en plus cynique qui, à grands coups de relativisme, se lamente sur l'actuelle réflexivité des grandes icones d'hier. Les mêmes mauvaises langues catégorisent déjà Looper, un film iconoclaste certes imparfait mais d'une incroyable générosité et d'une insolente beauté, de film « Geek » y associant toute la condescendance à laquelle ces films ont le droit habituellement.

 

Popularisé par des personnages hauts en couleurs tels que Quentin Tarantino, pour se propager ensuite sur toute une génération de cinéastes comme Guy Ritchie, Matthew Vaughn, ou encore Edgar Wright, le film « Geek » ou sur la génération « Geek » (de Kill Bill à Kick ass en passant par Shaun of the dead) est aujourd'hui un produit standardisé qui, de la même façon que cette expression idiote employée à tort et à travers, n'a plus aucun sens tant l'art de la référence est devenue une constante dans le cinéma contemporain. Dès lors, Rian Johnson, en accord avec son temps, est loin d'être un cinéaste « Geek » retardé, à l'esthétique référentielle régressive. A l'instar de cinéastes surdoués comme Nicolas Winding Refn, il est un cinéaste de la génération « d'après ». C'est également celle d'artistes comme Sam Raimi, Guillermo Del Toro, etc., ayant été nourris par toutes les références issues de l'émergence excessive des cultures populaires, mais qui les ont digérées afin de les employer à des fins esthétiques et narratives, de construire leur propre identité artistique et enfin, les inscrire au cœur de films personnels et novateurs. C'est ce que fait Johnson lorsqu'il reproduit la chorégraphie du duel de western entre les deux héros à la fin du film, lorsqu'il fait un rapide clin d'œil à Total Recall (le bouclier humain) au détour d'une fusillade, ou encore lorsqu'il dévoile un personnage féminin évoquant celui de Sarah Connor dans Terminator 2. Et leur fugacité le prouve. Jamais insistant, le cinéaste introduit ses références au beau milieu d'un mouvement de caméra ou d'un long dialogue, rendant la référence subtile.

 

looping

 

En effet, Johnson est passé maître dans l'art iconoclaste. Que ce soit avec son premier film, Brick, où il courbe les codes du Teenage Movie pour en faire en un film noir surréaliste articulé autour d'une enquête que Sherlock Holmes lui-même ne renierait pas. Et même avec le suivant, Une arnaque presque parfaite, un film de commande en demi-teinte, où une fois encore le cinéaste transforme, grâce à un humour excessif et omniprésent, les codes du film d'arnaques. Avec Looper, Johnson crée cette fois un film hybride au croisement du Film Noir et du film de Science-fiction qu'il lie autour d'un drame humain terriblement touchant, sans pour autant empiéter sur les références du genre (Blade Runner en premier lieu), comme l'illustre de façon assez ironique le dialogue entre Jeff Daniels et Joseph Gordon Levitt sur son style vestimentaire. Ainsi, jamais un univers science fictionnel, de par sa narration ou son esthétique, n'a été si équilibré et aussi bien maitrisé depuis Minority Report. En effet, Johnson a fait ses classes avec Lucy [May] McKee et Chris [I Know Who killed me] Sivertson qui, comme le démontrent leurs films ont eux aussi magnifiquement digérés toutes leurs influences fantastiques pour faire de l'horreur un carburant à leurs magistrales histoires humaines. Démarrant sur les chapeaux de roues avec une aisance presque agaçante, Looper propulse le spectateur, au cœur d'un univers pourri jusqu'à la moelle, au rythme frénétique et iconique du quotidien de Joe, ce tueur à gage au flingue surdimensionné et au costard délicieusement référentiel. Toutefois, le côté très visuel de la première partie laisse bientôt place à une deuxième partie beaucoup plus psychologique dans un cadre bucolique et qui, loin d'être les signes d'un épuisement narratif, s'avère au contraire être la partie la plus réussie.

 

the future is black

 

En effet, en faisant office de transition, elle se nourrit de tout ce qui a été posé précédemment en terme science-fictionnel pour étayer les personnages et dévoiler leur part d'humanité (l'anecdote d'Emily Blunt sur la télékinésie révélant un personnage de mère de famille à fleur de peau ou encore la séquence où « Old Joe » se met des baffes pour ne pas oublier l'amour de sa vie en passe de disparaitre si le passé est trop affecté). Cette deuxième partie donne alors  au film tout son équilibre, introduisant par la même occasion un acte final ahurissant qui enchaine les références à Terminator, Akira et même à L'Armée des 12 singes et où, au cœur d'une action frénétique, science-fiction et tragédie en devenir se recomposent pour nous laisser sur le carreau. Pour autant, même si le voyage dans le temps reste finalement assez anecdotique dans l'histoire (rappelons-le, Johnson n'a pas pour volonté de faire un film révolutionnaire et évoque Terminator comme référence narrative), le cinéaste ne se prive pas de jouer avec son spectateur, à l'image du savoureux dialogue entre Willis et Levitt dans le Dinner sur les tenants et les aboutissants du voyage temporel. De la même façon, le cinéaste est consciencieux avec son postulat et propose de nombreuses idées novatrices qui nourrissent le background du voyage dans le temps, telle que la notion de souvenirs, et les utilise lors de scènes originales et tellement maitrisées qu'elles en deviennent traumatiques, comme l'illustre par exemple la séquence de torture très graphique de Seth, ou encore celle du futur parallèle, si iconique qu'elle hante longtemps après la sortie de la salle. Ainsi, finalement toutes ces démarches s'inscrivent au cœur d'une volonté de faire de ce film une véritable œuvre d'exploitation, ouvertement choquante et transgressive (le gros plan de la cigarette fumée par Emily Blunt face caméra), comme on peut le voir à chaque instant que ce soit par le simple fait de faire de son personnage principal un assassin d'enfant et plus généralement un enfoiré sans scrupule ni état d'âme, ou encore à travers la fusillade finale dans le club, volontairement outrancière et qui prépare à la dernière séquence sans rédemption ni compromis.

Quentin Boutel
















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