LE HOBBIT : UN VOYAGE INATTENDU
The Hobbit : An Unexpected Journey - Etats-Unis / Nouvelle Zélande - 2012
Image de « Le Hobbit : Un voyage inattendu »
Réalisateur : Peter Jackson
Musique : Howard Shore
Durée : 165 minutes
Distributeur : Warner Bros.
Date de sortie : 12 décembre 2012
Film : note
Jaquette de « Le Hobbit : Un voyage inattendu »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Bilbon Baggins mène une existence paisible à Cul-de-Sac, jusqu’au jour où il croise le magicien Gandalf. Le lendemain, il a la surprise de voir venir prendre le thé chez lui non seulement Gandalf, mais également une compagnie de treize nains. La compagnie est en route vers la Montagne Solitaire, où elle espère vaincre le dragon Smaug, qui a jadis dépossédé les nains de leur royaume et de leurs trésors.
Partagez sur :
Retour dans les terres

Dix ans après Le Seigneur des anneaux, nous voilà enfin de retour en Terre du Milieu. Faisant date dans l'histoire du cinéma ainsi que dans l'évolution de l'Heroic Fantasy au cinéma (on ne compte plus les films/séries-télé qui s'inspirent de l'esthétique du Seigneur des anneaux), la fameuse trilogie marque également la consécration d'un des plus grands cinéastes des années 2000 qui, à l'instar de Cameron, Spielberg, Del Toro et quelques autres, ne cesse de repousser les limites de l'expérience cinématographique avec autant de virtuosité que d'humilité, jetant toujours un regard amoureux en arrière vers ses sources d'inspirations. Sous la direction enchanteresse de Jackson, cette nouvelle plongée dans l'univers dense de Tolkien est un magistral retour aux sources, certes imparfait, mais d'une générosité et d'une ingéniosité sans limite. Et pourtant, l'aventure partait du mauvais pied.

 

Officialisé depuis 2008, sous la forme d'un diptyque produit par la Warner et par la MGM possédant à l'époque les droits, The Hobbit est au début confié à Guillermo Del Toro qui rejoint la joyeuse bande de Peter Jackson limité ici au rang de scénariste producteur. Malheureusement, après une première version du scénario en 2010,  de nombreuses divergences artistiques et pressions financières, font fuir Del Toro et sa vision expérimentale. Jackson revient alors sur le devant de la scène, tandis que sur la toile et dans les magazines de cinéma les mauvaises langues affirment que le retour de Jackson n'est qu'une question financière et révèlent le manque cruel d'imagination du cinéaste. Et si aujourd'hui on sait bien évidemment que sa présence et sa bonne entente avec toute l'équipe artistique ainsi qu'avec les producteurs a aidé à rassurer les investisseurs de chez Warner, permettant ainsi au projet de voir le jour, on ne peut nier à quel point celui qui disait en avoir fini avec l'Heroic Fantasy et la Terre du Milieu a su avec brio se réinvestir émotionnellement et artistiquement dans le projet. Il y donne même naissance non seulement à une œuvre une fois encore très personnelle, techniquement avant-gardiste, mais également à un film d'aventure à l'ampleur et au souffle épique jusque-là insoupçonné.

 

du pareil au même

 

Troquant l'originalité de la vision de Guillermo Del Toro, version qui aurait surement subi les foudres des fans du livre ainsi que ceux de la vision de Jackson, cette nouvelle plongée au milieu des elfes, nains, hobbits et autres magiciens sonne quelque peu comme un retour en famille et ranime avec virtuosité et nostalgie toutes les émotions éprouvées lors de la première vision de La Communauté de l'anneau, en faisant de la quête de Bilbon un immense flashback raconté par le hobbit lui-même à l'occasion de l'écriture de son fameux livre. Tout en proposant un prologue vertigineux qui contextualise cette nouvelle aventure et introduit les enjeux avec une habileté rarement égalée, Jackson met en place le mode opérationnel qui sera le sien tout au long de ce premier volet. Sur un film de cet ampleur, et ce malgré sa forme de prologue quelque peu perfectible sur le plan narratif, il serait impossible de faire état de toutes les séquences ahurissantes, de tous les morceaux de bravoures et autres batailles renversantes qui, appuyés par la 3D et par  l'expérience que Jackson a acquise depuis dix ans, enchantent pour ne pas dire chavirent le cœur et les yeux du spectateur. Il est toutefois un concept qui illustre parfaitement la magnificence de ce film d'aventure. Roman adressé aux enfants et terreau d'expérimentation pour Tolkien afin de préparer son imposante trilogie, il y a nécessairement dans The Hobbit des points ressemblant comme deux gouttes d'eau au Seigneur des anneaux, des situation et des climax similaires (les aigles, l'arrivée bienfaisante d'un magicien), des personnages aux fonctions identiques, etc. Ainsi, dans son adaptation Jackson ne pouvait faire autrement que de faire un film similaire en apparence à la précédente trilogie. Pourtant, il réalise l'impossible : construire une œuvre en terre connue qui provoque un étonnement et une fascination de tous les instants chez le spectateur.

 

an incredible journey

 

A l'instar du score somptueux d'Howard Shore, qui prend un malin plaisir à recycler la bande originale du Seigneur des Anneaux pour en faire de nouvelles bandes, de nombreuses séquences de The Hobbit donnent une étrange impression de « déjà-vu », que ce soit par leur situation, leur mise en scène ou encore le développement des personnages. Mais, ne cherchant jamais à faire le remake de sa propre trilogie, Jackson déploient des dizaines d'idées à la seconde, toutes plus folles les unes que les autres, faisant ainsi faire à cette sensation un virage à 180° et propulsant alors le spectateur sceptique à travers de nouvelles et magistrales séquences et vers l'émerveillement. Au détour d'un chemin, la communauté emprunte ainsi un col avant d'être prisonnière d'une tempête, leur désespoir et le danger de la situation étant accentués par un travelling en contre-plongée et les sonorités menaçantes du score d'Howard Shore, le tout créant une situation similaire en tout point à la séquence du col de Caradhras de La Communauté de l'anneau. Toutefois, au lieu d'évoquer l'intervention de la magie noire d'un maléfique magicien, Jackson entraîne le spectateur au cœur d'une séquence de combat entre géants de pierre, développant non seulement ce qui dans le livre ne fait qu'un paragraphe mais provoquant surtout l'éblouissement du spectateur qui reste bouche bée, cloué à son siège par cette colossale séquence de plateau. De la même façon, si le personnage de Thorin est présenté comme le « nouvel » Aragorn, Jackson frappe très fort en livrant au spectateur une intrigue absente du livre qui explique l'origine de son nom et de son traumatisme et ce à travers une séquence guerrière qui enterre à elle seule la totalité des séquences de bataille de La Communauté de l'anneau et dont le souffle épique et la portée dramatique évoquent l'assaut final du Retour du Roi. C'est aussi le cas de Gollum dont le caractère iconique n'est plus à définir mais qui profite ici d'une séquence où Andy Serkis à tout le loisir de repousser les limites de son jeu et de la performance capture au cœur d'une séquence à la portée monumentale jonglant avec brio entre terreur, humour et drame.

 

evolution

 

Transcendant à travers cette nouvelle trilogie non seulement l'œuvre de Tolkien mais aussi sa propre imagerie, Jackson nous montre donc la Terre du Milieu comme jamais auparavant, comme le prouve d'ailleurs ces ruptures de ton incessantes (l'enchaînement entre la séquence bon enfant de la vaisselle et la chanson dramatique de Thorin au début du film), créant un film en équilibre constant entre le style enfantin du livre et les aspirations tragiques de Jackson qui cherche à égaler la noirceur de sa célèbre trilogie, mais aussi et surtout par son évolution considérable en terme d'expérience cinématographique et ce grâce au HFR. Proposée en 3D et surtout en 48 images par seconde, vitesse d'images jamais utilisée auparavant, la Terre du Milieu est sublimée tandis que le spectateur est emporté dans l'aventure grâce à ce format enveloppant à la précision sans faille et qui confère à chaque séquence, particulièrement celles en image de synthèse, un réalisme renversant. Mais surtout, cette évolution technique ahurissante (nécessitant comme toute avancée technologique un temps d'accommodation), donne toute son ampleur à la mise en scène qui révèle une fois encore le talent de Jackson pour raconter des histoires trépidantes et fascinantes, déployant et réunissant à travers ses mouvements de caméra démesurés les différentes intrigues du film (la poursuite entre Radagast et les Ouargues, le montage alterné entre les énigmes dans le noir et la fuite des nains du royaume des gobelins, etc.). Prologue magistral Le Hobbit, un voyage inattendu est donc non seulement une œuvre puissante repoussant les limites du cinéma, à travers laquelle Jackson parvient à nous replonger corps et âme en Terre du Milieu, mais aussi et surtout la promesse de deux épisodes dantesque qui risque certainement de redéfinir notre conception du terme spectaculaire. Pour l'heure il ne nous reste plus qu'à attendre décembre 2013 et l'attente sera longue.

Quentin Boutel
















Partagez sur :

 

Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2021