LE MONDE FANTASTIQUE D’OZ
Oz the Great and Powerful - Etats-Unis - 2013
Image de « Le Monde Fantastique d’Oz »
Genre : Fantastique
Réalisateur : Sam Raimi
Musique : Danny Elfman
Durée : 127 minutes
Distributeur : Walt Disney Pictures
Date de sortie : 13 mars 2013
Film : note
Jaquette de « Le Monde Fantastique d’Oz »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Lorsque Oscar Diggs, un petit magicien de cirque sans envergure à la moralité douteuse, est emporté à bord de sa montgolfière depuis le Kansas poussiéreux jusqu’à l’extravagant Pays d’Oz, il y voit la chance de sa vie. Tout semble tellement possible dans cet endroit stupéfiant composé de paysages luxuriants, de peuples étonnants et de créatures singulières ! Même la fortune et la gloire ! Celles-ci semblent d’autant plus simples à acquérir qu’il peut facilement se faire ...
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Blockbuster mon amour

Près de 3 ans après son superbe Jusqu'en Enfer, Sam Raimi fait son retour sur le devant de la scène cinématographique et en grande pompe qui plus est, avec un blockbusteur boursoufflé qui rappelle malheureusement trop notre douloureuse expérience de spectateur devant son impersonnel Spiderman 3 et trop peu la niaque iconoclaste de ses débuts. Le Monde fantastique d'Oz un produit de studio hyper-standardisé dans lequel le cinéaste prend un malin plaisir à vendre son âme et sa liberté artistique au diable contre quelques pièces d'or.

 

Entre 2005 et 2007 après deux épisodes phénoménaux de Spiderman, véritables succès public comme critique et qui restent à ce jours les meilleurs films de super héros avec les deux premiers X-Men et la trilogie Batman de Christopher Nolan, Sam Raimi se lance dans la production du troisième volet des aventures de l'homme araignée, plus sombre et sensé clore de façon incroyablement dramatique l'exploration du personnage par le réalisateur d'Evil Dead, en faisant passer Peter Parker du statut de gamin aux pouvoirs extraordinaires à celui d'homme enchainé à sa vie de super-héros. Raimi avait ainsi pour volonté de lui faire affronter des ennemis humains qui aurait poussé le personnage à s'interroger sur sa fonction de justicier. Pourtant, ses démêlés avec le producteur Avi Arad et la pression de plus en plus forte des fanboys, le pousse à intégrer le personnage de Venom, pour finalement le bâcler. S'en suit un film boursoufflé, remplit de personnages plus creux les uns que les autres et de situations ridicules, articulées autour d'une surenchère insensée de CGI et de scènes d'action. Après cette épuisante expérience le cinéaste se rabat sur Jusqu'en enfer, un petit film incroyable où il recouvre toute son habileté et laisse libre court à son esthétique à mi-chemin entre humour noir et horreur burlesque. Mais aujourd'hui, tandis que Bryan Singer se lance à la poursuite des géants vivant tout en haut d'un haricot magique dans un divertissement surdimensionné incroyablement ingénieux, Sam Raimi lui se frotte de nouveau au blockbuster hollywoodien formaté sous l'intransigeante tutelle de Disney, pour un film formaté rappelant souvent le très mauvais Alice au pays des merveilles de Tim Burton, auquel le cinéaste donne ponctuellement des coups de défibrillateurs, grâce à quelques passages d'une grande virtuosité qui malheureusement ne suffisent pas à faire d'Oz le grand film que l'on attendait.

 

le coeur à l'ouvrage

 

Préquelle du film de Flemming lui-même adapté du livre pour enfant de  L. Frank Baum, Le Monde fantastique d'Oz, paraissait dès le début être un projet insensé, en raison de la volonté des studios de faire du charlatan bedonnant du Magicien D'Oz le héros de cette relecture du monde de 1939 dans un déluge de CGI, ou encore de le confier à un cinéaste tel que Sam Raimi dont l'œuvre et le style ne correspond en rien à la direction voulu pour le film. Et si le choix du réalisateur d'Un Plan Simple de s'atteler à un tel produit de commande se révèle in fine lisser son style au plus haut point, le divertissement familial quant à lui gagne en virtuosité et en profondeur. Désireux de rendre hommage à l'œuvre originale, Sam Raimi débute ainsi son film par une longue introduction en noir et blanc et en 4/3, se situant dans une fête foraine au Kansas, ce format couplé à la stéréoscopie permettant à Raimi de rendre palpable la spectaculaire magie de cet art forain qu'est originellement le cinéma (les flammes du cracheur de feu sortent littéralement de l'écran). On y découvre le personnage interprété par James Franco, le fameux « magicien d'Oz », ce  charlatan antipathique que l'on découvrait il y a un peu plus de soixante-dix ans avec Dorothy, caché derrière un rideau de la magnifique cité d'émeraude. Et « l'hommage » ne s'arrête pas là puisqu'après l'arrivée du magicien dans les terres d'Oz, son périple va être structuré autour d'une quête initiatique qui comme dans l'œuvre de Flemming le poussera à rencontrer et à faire un bout de route avec quelques habitants étranges du monde jusqu'à découvrir le but de son périple. Mais voilà, très vite, la puissance et la beauté de cet hommage, s'évanoui, écrasé sous des décors interchangeables en CGI, typique des studios Disney et dépassant plus d'une fois les limites du bon gout, évoquant douloureusement le très indigeste Alice au pays des merveilles, légitimés de la plus vile des façons par les scénaristes et le cinéaste avec une morale aussi  puante que mal amenée : « si tu crois en la magie tout peut arriver ».

 

sam in wonderland

 

En effet, comme pour Spiderman 3, Sam Raimi cède sous l'ampleur et la pression d'une telle pompe à dollars (Alice aux pays des merveilles de Burton est un des films les plus rentables de Disney) et livre une œuvre malheureusement bien lisse, acceptant tel un mercenaire (le parallèle avec le héros du film ne vous aura pas échappé) de surfer sur le mythique univers du Magicien D'Oz et de dire adieu à son royaume de sorcières et de prothèses, d'humour noir et de gore grand-guignolesque, dans un feu d'artifice de numérique acidulé, pour quelques pièces d'or. Toutefois, en grand cinéaste qu'il est, Sam Raimi use, au détour de quelques séquences, de son propre savoir-faire de magicien, comme par exemple lors de la magnifiquement macabre séquence dans le cimetière, mais aussi et surtout lors de la séquence de la forêt aussi tendue que psychédélique, s'amusant avec l'imagerie d'Alice au pays des merveilles (les yeux du chat du Cheshire) et que l'on a du mal a imaginé dans un tel film. Il y a également cette longue séquence au début du film, celle de l'ouragan, sublimé par la technologie 3D, mais aussi par l'extraordinaire mixage sonore, évoquant l'expérience viscérale de The Hobbit, où les flèches transpercent la tête du spectateur. Ici meubles et morceaux de décors clouent le spectateur à son siège tout en remportant son adhésion à l'histoire enchanteresse qui va suivre, en le propulsant aux côtés du personnage principal au début antipathique, mais devenant très vite, lors de ce voyage en montgolfière, victime puis héros. Malgré tout, Sam Raimi parvient donc à rendre supportable se voyage en terres Disney et à faire de ce film, une œuvre schizophrène à mi-chemin entre produit de commande et délire excessif d'un cinéaste iconoclaste.

Quentin Boutel
















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