PROMISED LAND
Etats-Unis / Emirats Arabes Unis - 2012
Image de « Promised Land »
Genre : Drame
Réalisateur : Gus Van Sant
Musique : Danny Elfman
Durée : 106 minutes
Distributeur : Mars Distribution
Date de sortie : 17 avril 2013
Film : note
Jaquette de « Promised Land »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Steve Butler, représentant d’un grand groupe énergétique, se rend avec Sue Thomason dans une petite ville de campagne. Les deux collègues sont convaincus qu’à cause de la crise économique qui sévit, les habitants ne pourront pas refuser leur lucrative proposition de forer leurs terres pour exploiter les ressources énergétiques qu’elles renferment. Ce qui s’annonçait comme un jeu d’enfant va pourtant se compliquer lorsqu’un enseignant respecté critique le projet, soutenu pa...
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Solitaire malgré lui

Après avoir popularisé le scénariste prodige d'Harvey Milk et avoir réalisé une relecture moderne d'Harold et Maude avec son Restless, Gus Van Sant renoue avec les fables américaines classiques dans son Promised Land, un film à thèse au premier abord, un peu facile, mais qui grâce à son écriture habile, à sa mise en scène sensée et son casting impeccable, devient aussi touchant qu'intelligent.

 

Film après film, l'œuvre de Gus Van Sant révèle sa grande richesse que ce soit par leur complexité thématique, ou  la pluralité des genres qu'ils explorent. Il commence ainsi avec des œuvres indépendantes à la limite de l'expérimental (My Own private Idaho), avant d'enchainer avec des drames purement hollywoodiens (Will Hunting) et ose même se frotter à au difficile excercice du remake (Psycho), auquel il apporte sa patte singulière et une dimension kitch fantasmatique particulièrement sensée. Et, de ces œuvres, il ressort à chaque fois un amour inconditionné du cinéaste pour les oubliés, pour les personnages solitaires, torturés, ainsi que pour le sous-texte social de toutes ses histoires. Deux mouvements se distinguent alors de sa filmographie, ceux des solitaires qui font tout pour le rester (Psycho, Last Days, etc.) et ceux qui au contraire font tout pour appartenir à une communauté (A La Rencontre de Forester, Gerry, etc.). Et, ces deux derniers films, mettant en scène d'un côté le destin d'un outsider qui rêvait d'être comme tout le monde (Harvey Milk) et de l'autre celui de deux esthètes qui revendiquent et assument jusqu'au bout, à travers la mort, leurs différences (Restless), en sont de magnifiques exemples. Avec Promised Land,  Gus Van Sant se lance une nouvelle fois dans la peinture de personnages solitaires et pousse ses obsessions à leur paroxisme, en installant son récit pessimiste au cœur d'un monde à l'agonie, appuyé par la photographie morne de Linus Sandgren, où l'humanité n'en est réduite qu'à une succession d'individualité particulièrement égoïste.

 

Le chemin du salut

 

Dès son prologue, le film introduit en effet le personnage de Matt Damon, un jeune employé carriériste qui a mis sa vie de côté pour se consacré exclusivement à son entreprise, jusqu'à en devenir le vice-président. Il fait équipe avec le personnage de McDormand, une femme indépendante, divorcé et avec un enfant qui l'ignore. Quant aux fermiers chez qui nos deux employés se rendent, chacun cherche avant tout son profit personnel dans l'implantation de la multinationale sur leurs terres. Toutefois, très vite le film met en scène l'affrontement de la multinationale incarnée par les deux héros contre toute une communauté de fermiers intégristes embobinés par un jeune écologiste. L'irrémédiable avenir du monde (son écrasement par les multinationales) contre la naïveté désuète d'une communauté conservatrice, comme l'illustre le discours très inspiré de Damon dans le bar, révélant à toute cette communauté leur ignorance et leur mise à mort prochaine par le système. Ce discours est d'autant plus important qu'il révèle le véritable sujet du film, celui du parcours du personnage de Matt Damon, ce solitaire inexorablement voué à prendre le chemin de la rédemption. Ainsi, faute d'être fascinante, le trajet du héros étant prévisible, le film se révèle particulièrement touchant et magnifiquement bien écrit, appuyé par l'interprétation de Damon, très bien dirigé par Van Sant, qui incarne à merveille l'américain moyen en quête du rêve américain (comme dans le très beau Nouveau Départ de Cameron Crowe). Mais, l'ambition du film va bien au-delà d'une nouvelle démonstration un peu vaine de l'éternelle lutte entre David & Goliath, la petite ville rurale contre la multinationale, structurée par un discours de gauche ultra-stéréotypé et moralisateur. Derrière cette histoire on ne peut plus actuelle Promised Land se penche sur les questionnements intérieurs de l'homme moderne, aussi carriériste qu'égoïste. Ainsi, le besoin professionnel de Steve  de trouver des zones exploitables pour sa firme va progressivement se juxtaposer avec sa propre quête d'un lieu « exploitable » pour enfin vivre sa propre vie. Et, peu à peu, mis en valeur par les notes presque surnaturelles du score de Danny Elfman, le titre du film, Promised Land, prend peu à peu toute son ampleur et révèle l'ambition de fable classique du film et son envie on ne peut plus américaine de traiter de l'importance de la relation entre l'homme et le territoire.

Quentin Boutel










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