STOKER
Etats-Unis / Royaume-Uni - 2013
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Genre : Thriller
Réalisateur : Park Chan-wook
Musique : Clint Mansell
Durée : 100 minutes
Distributeur : 20th Century Fox
Date de sortie : 1 mai 2013
Film : note
Jaquette de « Stoker »
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LE PITCH
Après la mort de son père dans un étrange accident de voiture, India, une adolescente, voit un oncle dont elle ignorait l’existence, venir s’installer avec elle et sa mère. Rapidement, la jeune fille se met à soupçonner l’homme d’avoir d’autres motivations que celle de les aider. La méfiance s’installe, mais l’attirance aussi…
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Vengeance aveugle

Quatre ans après le virtuose Thirst et après son très étrange court-métrage réalisé avec un IPhone (Pêche de nuit) Park Chan-Wook et son style excentrique passent aux Etats Unis pour leur premier film occidental. Malgré l'ébouriffante filmographie qui file de JSA à Je suis un cyborg, Stoker ne déçoit pas, laissant apparaitre une œuvre complexe qui prouve une fois encore que le talent de l'auteur coréen et son amour pour les univers glauques et hallucinatoires n'ont rien perdus de leur superbe. 

 

De tout temps, le cinéma américain est allé chercher ou a puisé dans l'expérience de cinéastes étrangers pour étayer ses formes, que ce soit à l'époque classique avec les cinéastes européens, ou, depuis quelques années, avec les cinéastes de genre français ou asiatiques qui s'essayent alors à des genres typiquement américains. Pour autant, le passage aux Etats Unis, pour ces cinéastes n'est pas toujours facile et se fait souvent aux détriments d'une certaine liberté artistique, en raison des méthodes de travail, des impératifs de production et de tout le star system qui régissent l'industrie du divertissement US. John Woo, Tsui Hark, Ronny hu et bien d'autres s'y sont d'ailleurs cassés les dents. Toutefois, que ce soit Kim Jee-Woon et son très fun Le Dernier rempart, Bong Joon-ho et ce que l'on a pu voir de son très ambitieux Transperceneige, ou encore Park Chan-Wook, la Corée du sud semble être plus prompte à garder la tête froide et à imposer leurs formes au système. Méthodique, Park Chan-Wook impose en effet ici son style et après avoir longtemps lorgné sur le roman Le Couperet, déjà adapté par Costa Gavras, décide, pour sa première œuvre en occident, de mettre en scène un drame psychologique à faible coût... Et donc à faible risque. Ce qui ne l'empêche pas d'être chargé d'une ambition visuelle et thématique telle qu'elles envahissent chaque séquence, chaque plan de cette histoire sous forte inspiration hitchcockienne (L'Ombre d'un doute). Connu et reconnu du grand public pour sa fameuse trilogie de la vengeance et son esthétique brute de décoffrage, Park Chan-Wook a gagné grâce à elle son ticket pour Hollywood et pourtant une fois sur place, il ne cède jamais à l'appel de la violence gratuite et au contraire impose avec Stoker une forme qui se pose comme l'aboutissement d'une recherche de poésie macabre débuté dans Lady vengeance et transcendé dans Thirst.

 

Mon oncle

 

Et tout cela est rendu possible grâce à l'histoire surprenante choisie ici. Surprenante car écrite par Wentworth Miller, le jeune homme tatoué de Prison Break, et non pas en raison de son originalité. Le script se révèle être en effet des plus convenu, l'histoire trouble entre une jeune fille et son oncle, devant beaucoup à L'Ombre d'un doute d'Alfred Hitchcock, abordant le passage à l'âge adulte, la naissance des désirs adolescents et la critique de la bourgeoisie. Entre les mains d'un réalisateur quelconque, le scénario aurait été sans saveur, toutefois, elle donne ici l'occasion au réalisateur d'Old Boy de construire une œuvre absolument hallucinante, jonglant entre tous les outils de mise en scène pour faire de chaque plan une expérience sensorielle inédite. Ainsi, à l'instar d'Hitchcock, le cinéaste prend le temps d'installer son intrigue et brouille la réalité, épaissit les enjeux et joue avec le spectateur, transformant peu à peu ce thriller très basique en une œuvre insolite à mi-chemin entre drame adolescent et film d'horreur. Il se rapproche ainsi considérablement de la virtuosité fantasmatique du style d'un des grands disciples d'Hitchcock, Brian De Palma, en faisant plonger le spectateur dans la psyché des personnages et plus particulièrement dans celui de la jeune fille, India. Thriller sulfureux entrainant peu à peu le spectateur dans des situations de plus en plus violentes et malsaines lié à cet amour interdit entre la jeune femme et son oncle, Stoker à travers l'objectif de Park Chan-Wook transforme cette intrigue perverse et cette critique de la bourgeoisie en une explosion formelle de tous les instant, en une œuvre expérimentale à la lisière du fantastique où errent créatures et autres démons. Véritable film sur les apparences, le cinéaste dirige ses acteurs comme il dirige son intrigue, lentement, insidieusement. Et peu à peu, au son de la magnifique musique de Clint Mansell et à travers le montage fantasmatique de Nicolas De Thot, dont le talent se trouve transcendé par le réalisateur, se révèlent le véritable sujet du film et le véritable visage des personnages, comme si leurs masques se dérobaient, effacés par les giclés de sang de leur victimes.

Quentin Boutel










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