MAMA
Mamà - Espagne / Canada - 2012
Image de « Mama »
Genre : Fantastique
Réalisateur : Andres Muschietti
Durée : 100 minutes
Distributeur : Universal Pictures
Date de sortie : 15 mai 2013
Film : note
Jaquette de « Mama »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Deux petites filles ont disparu dans les bois le jour où leur parents ont été tués. Des années plus tard, celles-ci sont retrouvées et adoptées. Mais une certaine Mama continue de leur rendre visite...
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La Mauvaise éducation

Après avoir réalisé un court-métrage minimaliste, mais non moins somptueux, également appelé Mama qui a fait sensation dans de nombreux festivals, Andres Muschietti trouve le soutien artistique et financier nécessaire, pour transformer cette première expérience en un long métrage fantastique plus que prometteur. Malheureusement, malgré ses atouts indéniables, le film manque cruellement d'identité et se révèle aussi bien écrasé par les codes du genre que le cinéaste investit que par ses inspirations personnelles.

 

Pris dans une spirale boulimique de projets, Guillermo Del Toro, artiste visionnaire du fantastique contemporain, peine pendant quelques années à trouver chaussure à son pied et s'essaye à l'écriture de roman (La Lignée), au jeu vidéo (Insane, toujours en développement), mais aussi et surtout à la production. Entre deux échecs de production de son adaptation des Montagne Hallucinées de Lovecraft et avant de se lancer corps et âme dans son gargantuesque Pacific Rim, Guillermo Del Toro joue les mécènes pour quelques jeunes réalisateurs européens aux premiers essais prometteurs. Ca été le cas de Juan Antonio Bayonna et son Orphelinat, un magnifique premier film espagnol malheureusement trop écrasé par les obsessions du visuelles et thématiques du producteur (depuis le cinéaste a pu s'exprimer plus librement dans The Impossible), mais aussi de Troy Nixey pour Don't Be Afraid of the dark, un film d'une beauté plastique incroyable. Aujourd'hui, le cinéaste mexicain renouvelle l'expérience avec Andres Muschietti dont le court-métrage Mama l'avait beaucoup impressionné. Tout va ensuite très vite et le film devient la coqueluche des festivals, où il tourne depuis maintenant plus de deux ans. Présenté dernièrement à Gérardmer il remporte d'ailleurs à la fois le Grand prix ainsi que le prix du public. Pourtant, le film de Muschietti est loin d'être exceptionnel et, sous prétexte que le film a obtenu le label Del Toro, il serait dommage de ne pas pointer du doigt toutes les imperfections qui se cachent derrière son indéniable beauté plastique.

 

Beauté fatale

 

Affichant immédiatement un réel talent pour la composition de son histoire, le cinéaste ouvre son film sur une séquence d'une rare beauté qui, au rythme du score très mélancolique de Fernando Velasquez, révèle le contexte tragique (double crise, sociale et humaine) de cette histoire, appuyé par la froideur cotonneuse de la photographie d'Antonio Riestra, pour ensuite s'en servir comme base pour l'émergence de l'argument fantastique. Habilement le cinéaste y présente également ses personnages principaux, quelque peu archétypaux, mais sublimés par le très impressionnant casting. Véritable plus-value, le film brille en effet essentiellement grâce à l'interprétation incroyable des deux jeunes filles et de Jessica Chastain qui, après la beauté virginale de Tree of Life et la beauté guerrière de Zero Dark Thirthy, recouvre une nouvelle allure et épate encore par la justesse et la profondeur de son jeu. Il ne restera plus alors, pour que cette histoire prenne, qu'à déployer un somptueux générique, aussi efficace que poétique, qui permet au cinéaste de très vite se concentrer sur le trio féminin sans devoir passer par une trop longue et lourde exposition. Toutefois, à l'image de ce fantôme tapis dès le début dans l'ombre, il y a dans cette histoire quelque chose de beaucoup moins agréable et que la séquence d'introduction révèle également : c'est son aspect très (trop) trop démonstratif. En effet, de nombreuses séquences tombent dans une surenchère des plus inappropriées qui créent une distance entre le spectateur et le film, révélant la fragilité scénaristique de certaines séquences et la banalité de cette histoire, écrasant presque la virtuosité et la subtilité de la mise en scène du cinéaste ou encore de la direction artistique, certainement en raison du cahier des charges implacable d'un genre aujourd'hui beaucoup trop codé.

 

Méli-mélo

 

Totalement mécaniques, la quasi-totalité des séquences d'horreur (jump-scare, encore !) sont ainsi aussi soudaines que répétitives et agaçantes, sans parler de toute la narration parallèle et cette enquête menée par l'éternel professeur (ici le thérapeute), censé mettre la lumière sur les origines du monstre. Tout est ici fait avec si peu de cœur, ne parlons même pas des apparitions de la « Mama » du titre, ni même de son apparence à mi-chemin entre le fantôme de The Grudge et celui de La Dame en noir, que l'on a l'impression que le cinéaste se désintéresse totalement de la dimension fantastique de son film au profit de la dimension dramatique. Ainsi, ce qui tout à l'heure n'était que le terreau de l'émergence du fantastique, devient bientôt la première priorité du cinéaste délaissant un peu maladroitement l'horreur qui elle n'est plus que fonctionnelle. Et finalement, ce qui fonctionnait très bien dans un film comme La Dame en noir, où drame et fantastique s'enchevêtraient parfaitement, légitimant les effets horrifiques attendus, dans Mama ne fonctionne jamais vraiment, la dimension dramatique, bien que touchante, se révélant être d'une incroyable banalité (l'éternel quête de la femme qui devient mère). Quant au fantastique, dénigré par le cinéaste, il agace et perd de son efficacité avant d'imploser lors d'un climax maladroit, rythmé par d'innombrables incohérences scénaristiques (qui font quand même disparaitre et réapparaitre par magie un des personnages de l'histoire), le cinéaste étant trop pressé d'arriver à la fin pseudo-mélodramatique de son film aussi naïve qu'étrange d'un point de vue moral.

Quentin Boutel












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