RUNAWAY TRAIN
Etats-Unis - 1985
Image de « Runaway Train »
Genre : Action
Réalisateur : Andrei Konchalovsky
Musique : Trevor Jones
Durée : 111 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 4 septembre 2013
Film : note
Jaquette de « Runaway Train »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Alaska. Le quartier de haute sécurité de Stonehaven est en effervescence. Oscar « Manny » Mannheim, prisonnier multirécidiviste, a gagné le droit de quitter sa cellule d’isolement. Imprévisible et violent, Manny ne tarde pas à s’évader, épaulé par Buck McGeehy, le champion de boxe local. Poursuivis par l’impitoyable gardien-chef Ranken, les deux fugitifs montent à bord d’un train lancé à toute allure dans l’enfer blanc…
Partagez sur :
Piège à grande vitesse

Alors que la très attendue adaptation de Bong Joon Ho de la fameuse bande dessinée française, Le Transperceneige, ne sortira dans les salles françaises que le 30 octobre, cette semaine, quelques privilégiés vont avoir la chance de découvrir, ou de redécouvrir le magnifique Runaway Train dans une très belle copie restaurée et distribuée par Carlotta, magnifiant l'immensité désolée des grandes étendues sibériennes et l'infernale vitesse de ce monstre à vapeur tout au long des 110 minute de ce film d'action haletant.

Après la restauration et la ressortie en salle de monstres sacrés du cinéma comme La Porte du Paradis, ou encore du magnifique Fedora de Billy Wilder, Carlotta ressort cette semaine en salle la copie restaurée d'un grand film d'action des années 1980 produit et distribué à l'époque par la Cannon. Quelque peu oublié depuis du grand public, ce dernier associe aujourd'hui ce fameux récit de ce train fou roulant furieusement sans conducteur, au film de Tony Scott, très finement nommé Unstoppable et qui s'inspire très largement du chef d'œuvre d'Andrei Konchalovsky (à tel point que son titre de travail était... Runaway Train !). Et comme toujours avec les ressorties de Carlotta, c'est pour nous l'occasion de déterrer toute l'histoire de ce pur récit de série B structurant un très grand film, à la fois drame nietzschéen, film d'horreur oppressant et pur divertissement jouissif. Au départ le film devait être le premier film américain d'Akira Kurosawa qui, après le succès international en 1966 de son magnifique Les Sept Samouraïs, a été approché par Hollywood pour y réaliser un film d'action se déroulant en Sibérie. Mais l'histoire du septième art nous l'a enseigné, à Hollywood rien n'est jamais facile et rien ne se passe jamais comme prévu. Akira Kurosawa repart donc la queue entre les jambes et ne réalisera jamais de film aux Etats Unis. Enfermé dans un placard pendant une quinzaine d'années, ce n'est qu'au début des années 1980 que le film est déterré pour être finalement attribué à Andrei Konchalovsky, un réalisateur russe à la carrière étrange. Après avoir collaboré avec le grand Tarkovsky pendant de nombreuses années, il réalise quelques grands films historiques en Russie (Le Premier Maitre, Siberiade), puis débarque aux Etats-Unis et dirige des films parfois très réussis et/ou parfois carrément grotesques (Tango Et Cash). Une genèse improbable donc qui rend toutefois unique ce Runaway Train, ou A bout de course, son titre français de l'époque, qui structure toute sa force thématique, la virtuosité de sa mise en scène et sa poésie de cette genèse improbable.

 

Unstoppable


Même si plus de vingt ans les séparent, c'est particulièrement intéressant de voir à quel point le film de Tony Scott et d'Andrei Konchalovsky, qui partent pourtant d'un même postulat, sont différents. Le film de Scott et son héroïsme classique est un pur film d'action jouissif, mais inoffensif et aseptisé, dont le rythme frénétique n'a d'égale que la vitesse du train elle-même. Il met en scène des héros du quotidien, typiques d'un cinéma post-11 septembre (comme dans le World Trade Center d'Oliver Stone) qui surmontent leurs problèmes personnels grâce à leurs actions héroïques. Le film n'a rien d'un huis-clos, bien au contraire, Scott, grâce à son montage frénétique et à ses grands mouvements de caméras aériens, créé avec le train une menace qui se reflète parfaitement sur tous les personnages et le décor. Au contraire, Runaway Train, lui, est un film cru et brute de décoffrage, dont le pessimisme et la violence sont palpable dès ses premières minutes, dans cette prison de haute sécurité en Sibérie, tout droite sortie d'un film de science-fiction, où les « rebuts » de l'humanité sont envoyés croupir. Au milieu des taulards, très vite deux personnages, à l'ultra-violence pour le moins iconique, sortent du lot, en partie grâce à l'extraordinaire interprétation de leurs acteurs (Jon Voight et Eric Roberts ont d'ailleurs été nominés aux Oscars). Et tout commence avec leur évasion, cette promesse de liberté qui sera finalement recherchée pendant tout le film et typique des récits de Kurosawa (les héros de Kurosawa sont toujours des êtres aliénés). En effet, une fois évadés les deux protagonistes principaux (qui sont tout sauf des « héros ») se retrouvent encore prisonnier d'un décor de plus en plus monstrueux : un égout pestilentiel, une nature sibérienne hostile, mais aussi et surtout la monstrueuse locomotive lancée à toutes berzingues vers une mort certaine. Alternant entre gros plans ultra-réalistes sur les deux protagonistes et magnifiques plans d'ensemble, proche du surréalisme, où la locomotive traverse les immenses et mélancoliques étendues enneigées de Sibérie, Runaway Train se construit comme un Road Movie nihiliste, mais aussi comme un authentique film de monstre. Peu à peu, la sauvagerie des personnages, ainsi que la mise en scène inquiétante du cinéaste, sublimés par le score angoissant de Trevor Jones (qui rappelle d'ailleurs souvent les compositions des films de Carpenter), transforme la locomotive en une bête sanguinaire (voir l'explosion sanguinolente de la main de Jon Voight dans la machinerie), qui trouve d'ailleurs une dimension pour le moins symbolique lors du dernier plan du film. L'espace d'un instant on pense même au chef d'œuvre de Steven Spielberg, Les Dents de la mer, lorsque le charismatique Jon Voight s'autorise un monologue, dont la gravité et le désespoir se rapproche de celui de Robert Shaw dans le magnifique blockbuster de 1975. Magnifique !

Quentin Boutel








Partagez sur :

 

Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2019