ROBOCOP (2014)
Etats-Unis - 2014
Image de « Robocop (2014) »
Genre : Science-fiction
Réalisateur : José Padilha
Musique : Divers
Durée : 120 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 5 février 2014
Film : note
Jaquette de « Robocop (2014) »
portoflio
LE PITCH
Les services de police inventent une nouvelle arme infaillible, Robocop, mi-homme, mi-robot, policier électronique de chair et d'acier qui a pour mission de sauvegarder la tranquillité de la ville. Mais ce cyborg a aussi une âme...
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Héros à vendre

On le craignait, et on avait tort. Armé d'un amour sans borne pour le film original, qui le pousse à explorer des territoires nouveaux, José Padilha réussit le pari insensé de revisiter avec brio un classique indéboulonnable de la science-fiction pour adultes. Une prouesse qui tient beaucoup à la vision anti-hollywoodienne que le cinéaste a de son super-héros.

 

Cauchemardesque. Voilà le mot qui s'impose à la vue d'une séquence centrale de ce nouveau Robocop, lorsque l'ancien policier Alex Murphy découvre dans un miroir sa nouvelle condition. Clinique et terrifiante, la scène établit en quelques minutes la célèbre armure cybernétique non pas comme un gadget hollywoodisé à la Iron Man, mais comme une authentique greffe médicale, dernier espoir de survie d'un homme quasiment réduit à néant. Si l'on devait ne retenir qu'une seule chose de ce remake de Robocop, ce serait bien celle-ci : désireux de s'aventurer sur des terres science-fictionnelles pragmatiques et moralement responsables, José Padilha fait de son protagoniste le malheureux jouet de forces qui le dépassent totalement. Baladé, manipulé, exhibé comme un ordinateur dernier cri dans une vitrine de luxe, Robocop n'a que peu l'occasion de jouer les héros redresseurs de torts. Conçu dans l'unique but de manipuler l'opinion publique, en vue d'un changement radical de la constitution américaine qui ferait exploser les marchés boursiers, le personnage est brandi par l'OCP comme l'outil marketing ultime, suppôt d'une campagne de séduction que Padhilla scrute avec une irrévérence incroyable dans le contexte d'une production hollywoodienne. Ayant avoué avoir souffert lors des interminables réunions de pré-production du film, orchestrées par des exécutifs avides de chiffres, de sondages et de coeurs de cibles facilement identifiables, le réalisateur brésilien pervertit littéralement son ouvrage et restitue à même l'écran l'absurdité de ces réunions superficielles. Dans Robocop, on est ainsi invité à apprécier la subtilité des phases de design ("on pourrait concevoir une armure transformable ; les kids adorent !", lance sans scrupules le chef de la publicité), voire même l'arrogance des patrons de multinationales (de studios ?), convaincus que la masse populaire ne sait pas ce qu'elle veut acheter avant qu'on le lui vende.

 

Ghost in the machine

 

S'ouvrant sur le détournement de logo le plus gonflé qui soit, le logo en question restant encore aujourd'hui l'un des plus emblématiques de l'histoire du cinéma hollywoodien, Robocop 2014 globalise rapidement sa charge politique. Dénonçant autant les stratégies partisanes des grands réseaux (la manière dont Padilha découpe les fausses émissions The Novak Element, en présentant l'host campé par Samuel Jackson comme un robot piloté à distance depuis la régie, est absolument brillante) que l'instrumentalisation médiatique de la violence (les attentats suicides servent d'un côté à attirer l'attention sur une cause idéologique, de l'autre à caricaturer encore un peu plus la situation géopolitique externe aux Etats-Unis), le film s'approche parfois plus dans son propos et sa mise en images de Starship Troopers que du Robocop original. C'est d'ailleurs ce qui fait son intérêt, les nombreuses surprises du script (au hasard, le lieu de fabrication hautement symbolique du cyborg, les explications technologiques très plausibles de son mode de fonctionnement, sa relation Frankensteinesque avec le personnage de Gary Oldman ou le style très Steve Jobs du bad guy) reposant sur un souci constant d'éviter toute comparaison avec le chef-d'oeuvre de Paul Verhoeven. Dans sa logique de contre-pied perpétuel, le film de Padilha perd évidemment en simplicité (l'exposition de Murphy, erreur musicale à la clé, est à côté de la plaque), en richesse (les intrigues et méchants secondaires sont d'une transparence désespérante) ou en force (quelle idée de sous-dramatiser à ce point la mort du héros, ou de sacrifier toutes les scènes d'action sur l'autel du PG 13 ?). Intellectuellement, le résultat n'en reste pas moins furieusement excitant.

Alexandre Poncet





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