ASTéRIX & LE SECRET DE LA POTION MAGIQUE
France - 2018
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Musique : Philippe Rombi
Durée : 85 minutes
Distributeur : SND
Date de sortie : 5 décembre 2018
Film : note
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LE PITCH
Quand le druide Panoramix fait une mauvaise chute, c’est tout l’avenir du village d’irréductibles gaulois qui est en jeu. En quête d’un jeune successeur, le vénérable inventeur de la potion magique va malheureusement réveiller de vieilles rivalités…
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des gaulois pas si réfractaires

On croyait Alexandre Astier en pleine préparation de l'arlésienne cinéma Kaamelott, le voici qui, (presque) sans prévenir, remet le couvert avec Louis Clichy pour de nouvelles aventures d'Astérix, quatre ans après la réussite du Domaine des Dieux et avec des ambitions revues à la hausse. Le duo a t-il réussi son nouveau pari ou s'est t-il vautré dans les grandes largeurs ? On vous dit tout, tout de suite, là, maintenant.

Ce qui rend ce Secret de la potion magique si différent de son prédécesseur, c'est qu'il repose sur une histoire totalement inédite. Ce n'est pas une première puisque l'excellent Les Douze travaux d'Astérix sorti en 1976 était déjà une création originale. Mais ce coup de maître était signé Goscinny et Uderzo, les patrons ayant supervisé de A à Z cet opus totalement déjanté aux allures de point final. Le premier est décédé en 1977 et le second a pris sa retraite en 2013, laissant la franchise papier entre les mains pas très inspirés de Didier Conrad et Jean-Yves Ferri. C'est donc sans filets qu'opèrent Astier et Clichy, avec le risque non négligeable de se mettre à dos les fans d'une institution nationale en cas de dérapage incontrôlé. Malins, les deux flibustiers ont fait le choix d'inscrire leurs audaces dans une structure narrative familière qui renvoient aux albums les plus appréciés. Tandis que Le Domaine des Dieux ne s'éloignait pas trop de ce bon vieux village d'Armorique, Le Secret de la potion magique reprend la route pour un tour de Gaule comme on les aime tant, avec des gags tout neufs (on applaudira le druide marseillais et le caméo vocal de François Rollin) côtoyant des références bien senties à La Serpe d'Or et au Combat des chefs. A ce stade, le seul véritable souci se nomme Christian Clavier. L'incomparable Roger Carel ayant définitivement jeté l'éponge, Alexandre Astier et Louis Clichy ont sans doute cru faire une bonne opération en récupérant l'interprète d'Astérix au cinéma (en plus, c'est un copain, ça aide). Moyennement crédible devant les caméras de Claude Zidi et Alain Chabat, le Sarkozy du Splendid l'est encore moins une fois réfugié derrière la silhouette animé du petit guerrier moustachu. Un vrai faux-pas aux conséquences toutefois limitées puisqu'Astérix (et Obélix par ricochet) n'écope que d'un temps de présence limité dans un rôle très secondaire.

 

le banc des remplaçants


C'est la véritable bonne idée du Secret de la potion magique : mettre en avant des personnages relativement peu explorés et/ou malmenés par le passé et en révéler de nouvelles facettes. Non seulement Cetautomatix, Ordralfabetix et Assurancetourix voient leur temps de présence habituel multiplié par deux mais le véritable héros, cette fois-ci, c'est Panoramix. Frappé d'amnésie et de folie dans Le Combat des chefs (et son adaptation partielle, Le Coup du menhir), privé de sa serpe dans La Serpe d'or et kidnappé à de nombreuses reprises, le célèbre druide a pourtant conservé au fil des albums, des dessins animés et des films l'aura du grand sage infaillible. Sitôt son problème résolu, Panoramix reste Panoramix. Prenant en compte l'âge avancé du personnage, Astier et Clichy font une entorse à la légende, au propre comme au figuré. En chutant d'un arbre, Panoramix doute et, blessé dans son orgueil se met en tête de révéler la recette de son fameux breuvage à un novice. Cette initiative discutable attire (par accident) les convoitises de Sulfurix (fabuleux Daniel Mesguich), ami de jeunesse de Panoramix et tombé en disgrâce. Si les intentions de Sulfurix restent sans surprises et forcément maléfiques, ce méchant pas comme les autres posent néanmoins une paire de questions loin d'être innocentes: ne serait-ce pas par vanité que Panoramix réserve sa potion magique à un seul et même village ? Pourquoi ne met-il pas cet immense pouvoir au service de TOUS les opprimés de l'empire romain ? Légitime et gonflé. Et Sulfurix n'est pas le seul petit nouveau à faire sensation. La gamine Peptine, tout à fait craquante, et l'apprenti (mais trop influençable) Teleferix remettent en cause le sexisme des traditions et l'attrait du jeunisme et font du Secret de la potion magique une fable lucide, partagée entre l'émotion parfois surprenante d'un conflit intergénérationnel et la nécessité de ne pas trop camper sur ses acquis.

Respectueux de l'univers créé par René Goscinny et Albert Uderzo mais sans jamais se sentir écrasé par le poids de son héritage, Astérix & le secret de la potion magique confirme si besoin était le savoir-faire insolent d'Astier et Clichy dans un festival de couleurs, d'idées de mise en scène (le périple des sangliers messagers, l'entrée en scène de Sulfurix), de dialogues tordants et jusqu'à un climax casse-gueule mais ô combien jouissif qui rend un hommage drôle et spectaculaire aux kaiju eiga en général et à Goldorak en particulier. Par Toutatis, ces deux-là ont des couilles !

Alan WIlson
















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