BORDER
Gräns - Suède / Danemark - 2018
Image de « Border »
Réalisateur : Ali Abbasi
Durée : 108 minutes
Distributeur : Metropolitan Filmexport
Date de sortie : 9 janvier 2018
Film : note
Jaquette de « Border »
portoflio
LE PITCH
Un garde-frontière doté d'un sixième sens pour identifier les contrebandiers se retrouve face à une personne qu'il est bien en mal de désigner comme coupable ou non.
Partagez sur :
doll hunter

Auréolé du prix Un certain regard en 2018, le film n'est pourtant pas conseillé à toutes les rétines. Inclassable et malaisant, Border lorgne souvent du côté du cinéma de David Cronenberg ou Lars Von Trier; notamment L' Hôpital et ses fantômes ou Chromosome 3 pour le premier. On le sait, depuis une vingtaine d'années, la Suède multiplie les pépites pelliculées.

Uniquement porté par deux acteurs formidables, l'expérience est unique voir désagréable. Inutilement long, contemplatif à excès (voir suffisant), l' œuvre est une errance privé de repères dans un monde hors du temps, froid et visiblement désenchanté. Dans cet univers étouffant, Tina est une douanière redoutable. Hideuse, elle possède, au propre comme au figuré, un flair quasi surnaturel pour démasquer les fraudeurs qui souhaiteraient passer la frontière. Cet odorat extraordinaire fait d'elle, au-delà de cette apparence monstrueuse, un être à part. Tina subit son quotidien et ne trouve visiblement pas la félicité dans ce monde gris et sans pitié. C'est alors qu'un matin comme les autres, un étrange individu se présentera face à elle. Ils partagent de plus un mimétisme physique plus que troublant. Vore est suspect. Dans son attitude, ses gestes, son regard et ses propos. Et pour la première fois, Tina semble perdre ses moyens. C'est alors le début d'un jeu de cache-cache naviguant jusqu' à la nausée entre attirance et dégout. Alors que le réalisateur cite les surréalistes comme inspiration, c'est dans l'œuvre de John Ajvide Lindqvist (Morse) qu'il trouvera le prétexte à son propos. Novateur, le film ne l'est probablement pas autant que le metteur en scène le souhaiterait. Toutefois, de par sa noirceur éthérée, un duo de comédiens au diapason et un jeu de miroir quasi magique, Border porte en lui les promesses d'une génération de cinéastes au propos originaux et bienvenus. Après Shelley en 2016, nul doute que cette fois, le monde devra vivre différemment après la vision de ce malaise à 24 images seconde.

 

les morsures de l'aube


Bien qu'il soit complexe d'évoquer le voyage de nos deux antagonistes sans trop en révéler du bien fondé de cette rencontre, il advient tout autant de tempérer une critique internationale dithyrambique. Il transpire parfois de ce Border un ton complaisant, voir prétentieux dans certains plans forcés et inutilement oniriques. Manquant parfois de jusque-boutisme, le film aurait probablement gagné à cracher ses certitudes sous formes de cendres, à l'image d'un mineur aux poumons détruits par le charbon. Il faut entendre par cette métaphore que le fait de jongler entre deux intrigues entrelacées (la relation des deux inconnus et la découverte de leur vraie nature face à une intrigue policière peu finaude) rend parfois le film bancal. Évoquant autant la psychologie des contes de fées, le folklore scandinave, les créatures légendaires (smafolk) et des peurs bien plus contemporaines comme la crainte de la maternité, le kidnapping et l'abandon de soi, force est de capituler: le film est inclassable. Parfois pataud dans son propos (la douanière qui recherche l'identité de l'inconnu n'est-elle pas elle même en quête de sa propre humanité), Border est quoi qu'il en soit indispensable pour tous ceux qui pourront se rendre dans les salles obscures ce 9 janvier. Un acte presque militant pour le septième art. Impossible alors et in fine de ne pas évoquer le travail de maquillage et les effets indétectables de Peter Hjorth et enfin souligner une dernière fois la partition inattaquable d'Eva Melander. Épaulée par Eero Milonoff (plusieurs fois récompensé pour son travail), l'actrice est aussi terrifiante qu'émouvante. Elle EST tout simplement Tina.

Un film imparfait donc mais grâce auquel le cinéphile vivra un grand huit émotionnel rarement ressenti. Un voyage dans les forêts de conte de fées, un propos sur la monstruosité permettant d'être un peu moins sot après la vision du film: on n'en attendait pas tant. Un film calibré pour les festivals donc mais pas pour l'exploitation. Une bonne raison de s'y rendre.

Jonathan Deladerrière












Partagez sur :

 

Crédits & mentions légales - Publicité - Nous contacter
Copyright Regard Critique 2009-2019