LES FUNéRAILLES DES ROSES
Bara no sôretsu - Japon - 1969
Image de « Les Funérailles des roses »
Réalisateur : Toshio Matsumoto
Musique : Jôji Yuasa
Durée : 100 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 20 février 2019
Film : note
Jaquette de « Les Funérailles des roses »
portoflio
LE PITCH
Tokyo, fin des années 1960. Eddie, jeune drag-queen, est la favorite de Gonda, propriétaire du bar Genet où elle travaille. Cette relation provoque la jalousie de la maîtresse de Gonda, Leda, drag-queen plus âgée et matrone du bar. Eddie et Gonda se demandent alors comment se débarrasser de cette dernière…
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Amateurs et amatrices de curiosités filmiques, réjouissez-vous ! Carlotta déroule le tapis rouge pour Les Funérailles des roses, premier long-métrage culte et inclassable de Toshio Matsumoto, l'un des papes de la Nouvelle Vague nipponne. Une expérience incontournable qui s'offre une seconde jeunesse via une luxueuse restauration en 4K !

Décédé en avril 2017, Toshio Matsumoto faisait partie de ces cinéastes japonais dont l'enfance fut marquée par la Seconde Guerre Mondiale, la défaite et la bombe atomique, avant de pouvoir s'épanouir artistiquement dans une société en pleine reconstruction. Il entame son œuvre en 1955 avec plusieurs courts-métrages. Un format qu'il affectionne tout particulièrement puisqu'il en réalisera près d'une cinquantaine jusqu'au début des années 90. Créateur polyvalent, il signe aussi des pièces de théâtre, des pièces radiophoniques, publie livres et photographies, enseigne à la Kyoto University of Arts & Design et développe une passion pour le format vidéo qu'il place au centre de nombreuses « installations » et autres happenings. Un véritable bourreau de travail.
Pourtant, aucune de ses œuvres n'est aussi bien parvenue à s'imposer que Les Funérailles des roses. Il faut dire que cette plongée joyeusement foutraque dans l'underground tokyoite ne se contente pas d'être l'un de ces OFNI que l'on décortique d'un air amusé pour briller en société. C'est aussi un manifeste empoisonné, à la fois exaltant de par son inventivité et son refus des codes mais dont l'ironie mordante dézingue sans ménagement ces essais arty qui ont une fâcheuse tendance à se prendre un peu trop au sérieux.

 

cinéma, révolution et drag-queens


Œuvre méta par excellence, Les Funérailles des roses aborde le 7ème Art sous plusieurs angles : comme une illusion collective, comme un « travestissement » de la réalité, comme le témoin et le point de départ d'une Révolution. Matsumoto opère une succession de constats qu'il illustre non pas par des discours abscons (il y en a mais ce sont des leurres) mais par l'image et par des ruptures de tons et de styles. Et le spectateur de participer à la réflexion en étant régulièrement sorti du « confort » de la fiction par des intermèdes documentaires où l'on peut observer l'équipe de tournage au travail sur une scène d'amour et où les acteurs sont interviewés. L'illusion est brisée, le cinéma est un mensonge et la réalité est en coulisses. A moins que ...

Réinterprétation queer de la tragédie de Sophocle, Œdipe Roi, le film de Toshio Matsumoto brouille les pistes et ne se contente pas de suivre la logique d'un docu-fiction classique avec des allers et retours d'un niveau de réalité à un autre. Malicieux, le cinéaste brouille les pistes et refuse de choisir entre le divertissement et la dissertation. Il insère des phylactères dans une engueulade en plans fixes, il rend hommage au burlesque dans des saynètes en accéléré (dont Kubrick, dit-on, se serait inspiré pour illustrer une célèbre partie de jambes en l'air dans Orange Mécanique), il filme caméra à l'épaule et avec bonne humeur communicative des étudiants en cinéma qui se défoncent copieusement après avoir tenté un trip devant un court-métrage expérimental foireux et boursouflé, il rend compte de la contestation dans les rues de Tokyo, il cite le regretté Jonas Mekas et verse dans un gore crapoteux, cheap et excessif et enfin, plus anar que jamais, il parasite le drame intense des dernières minutes avec les commentaires décalés d'un présentateur comme sorti d'un sketch des Monty Python !

On pouvait craindre de s'emmerder comme devant du Godard post-68 mais Les Funérailles des roses, en contradiction totale avec son titre (où les « roses » font référence à la communauté gay) est un joyeux bordel, quelque part entre Ed Wood, Brian de Palma et Paul Verhoeven. Etonnant, non ?

Alan Wilson








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